Les plaies d’Egypte

Avec l'aide de D.

Les plaies d'Egypte. Commentaire sur les parachas Vaéra et Bo

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par  Samuel Darmon (1)

L'auteur de ce commentaire original nous propose ici un 'hidouch sur les dix plaies d’Egypte que la Torah présente dans les parachas Vaéra et Bo. Le nom de chaque plaie apparaît comme un message pour progresser dans l'amélioration de nos "midot" et ainsi, sortir véritablement d'Egypte. Car, nous dit l’auteur,  sortir d'Egypte c'est écarter les dix voiles qui masquent notre lumière, afin que rayonne notre potentiel. C'est sortir de l'emprise des "dix griffes de l'illusion » qui nous empêchent d' « accéder au monde de la liberté, c'est-à-dire au repentir (Techouva) qui représente la vraie connexion au divin ».          HB 

 

D'après une certaine grille de lecture, Pharaon représente le pouvoir de l'imagination. Il peut nous arriver de vivre dans une « Egypte mentale », entourée de barrières qui nous semblent pourtant bien réelles mais qui sont en fait imaginaires... Rabbi Na'hman de Breslev zatsal enseigne que le principal obstacle se trouve dans la tête. Le mot Israël possède les mêmes lettres que Li roch, à moi la tête ! C'est à dire qu'Israël représente l'état d'une personne confiante et qui prend conscience de son potentiel, en le dévoilant à l'extérieur. Or, Pharaon, Par'o, est associé à la notion de dévoilement. Autrement dit, c'est précisément l'obstacle qui a pour but de dévoiler nos propres capacités intérieures, que nous aurions continué à ignorer s'il n'y avait pas eu de confrontation ...

Les plaies d'Egypte sont dix étapes permettant de "frapper" l'imagination, afin que se dévoile le potentiel « Israël » de la personne. Mais pour cela nous avons besoin du Tsadik, Moché Rabénou, pour nous guider hors de l'obscurité vers la lumière. Moché est celui qui nous apprend notre nom, c'est-à-dire notre mission. En effet, Moché et Hachem, le Nom, ont les mêmes lettres ... Autrement dit, notre potentiel se trouve enfoui sous dix écorces (dans la Tradition, il s'agit des dix couronnes extérieures), et il va falloir dix coups, dix plaies, pour pouvoir faire émerger ce potentiel à la surface... Voici les noms des plaies que le Saint béni soit-Il administra aux Egyptiens : Sang, Grenouille, Poux, Bêtes sauvages, Peste, Ulcères, Grêle, Sauterelles, Obscurité, Mort des premiers-nés. Sortir d'Egypte, c'est accéder au monde de la liberté, c'est-à-dire au repentir (Techouva) qui représente la vraie connexion au divin. Mais auparavant, il faut pouvoir sortir des 10 griffes de l'illusion ...

1 -  Dam : le sang. Se taire, c'est parfois tuer... Quand on ne sait pas ce que pense l'autre, et qu'on imagine des tas de choses, pas toujours positives sur son compte, on est tombé dans la première écorce de l'illusion, représentée par le sang, dam. Dom, proche de dam, c'est le silence. Tout cela prend sa source dans le crime de Caïn. Caïn rumina son intention de tuer (verser le sang dam) en se confinant dans un silence coupable. L'absence de communication (dom le silence) dissimule et enfouit notre potentiel dans les profondeurs de notre âme, sans être mis en lumière... Notre potentiel réduit au silence, il faut le faire remonter à la surface par le pouvoir de la parole de sainteté.

2 -  Tsefardéa : les grenouilles (littéralement l'oiseau de la connaissance). Gare aux préjugés ! L'homme croit avoir accès à la connaissance (déa) mais celle-ci lui échappe comme l'oiseau qui s'envole (tsipor). Le remède consiste à délivrer la bouche pé (lettre pé) enfermée dans l'étroitesse (tsar) et le rocher (tsour) : (tsipor = tsour pé rocher - bouche). Il faut parler à D., notre Rocher, et lui confier ses propres manques, et sa difficulté. Alors nos problèmes s'envoleront avec l'aide de D.

3  -  Kinim : les poux. Divergence d'opinions et intolérance. Oui se dit ken, les kinim représentent ce qu'on pense être juste, ken est le socle, le piédestal, c'est-à-dire que l'on fait de sa propre vérité un socle. Le problème arrive quand chacun affirme détenir la Vérité : il s'agit des kinim (au pluriel). C'est moi qui ai raison ! Non, c'est moi, ... Le remède ? Il n'y a qu'un seul et unique diamant, la Vérité, qui projette son éclat dans toutes les directions. Au départ, on a l'impression que les lumières qui émanent des différentes facettes n'ont rien à voir, mais finalement, quand on se rapproche du diamant, on découvre qu'à un niveau supérieur, les faisceaux proviennent tous de la même source. L'impression de séparation provient de notre éloignement du Créateur. Dans les mondes supérieurs, tout est unifié au Créateur du monde béni soit-Il. Le danger ici-bas, consiste à s'emparer d'un éclat de vérité et à l'ériger en vérité absolue ... Un peu d'humilité, car que sommes-nous ? Ainsi, il faut également se départir de sa vérité personnelle, c'est-à-dire être en chemin, car si l'homme s'arrête en pensant être arrivé à destination, alors il cristallise et tue son propre éclat de vérité ...

4 -  Arov : les bêtes sauvages. Garde à la confusion mentale ! Il s'agit du troupeau désordonné et confus des pensées étrangères qui troublent et perturbent l'esprit de l'homme... A cause de cela, l'homme se décourage quand il voit que les pensées coupables et culpabilisantes le rattrapent et noircissent son futur... Le remède ? Il est caché dans les lettres mêmes d’Arov. Arov c'est aussi bo réa, "en lui un ami" ... Cela signifie que les pensées étrangères viennent aussi du Créateur. Il nous les envoie afin que nous les repoussions et qu'en retour, nous en récoltions un petit éclat de diamant, le point positif qu'elle contient. La pensée étrangère nous rappelle qu'avant la délivrance, nous devons connaître une phase de restriction et de maturation appelée ibour, la grossesse (Arov, la plaie des bêtes sauvages, et Ibour ont les mêmes lettres). Autrement dit, nous portons le fruit de notre propre délivrance à venir. Le remède ? En triomphant de la pensée étrangère et en la bonifiant, on enfante son propre salut ! La pensée étrangère est finalement une illusion. Ayons la sagesse de ne pas se laisser déstabiliser, nous goûterons alors au trésor qu'elle masque ...

5 -  La peste Dever... Savoir parler... Il s'agit du pouvoir de la parole : quand celle-ci est utilisée à bon escient, elle construit la paix dans le monde (davar, la parole). Par contre, elle peut se révéler aussi destructrice, à travers la médisance, le colportage, la calomnie, le mensonge ... C'est dever, la peste. La peste touche le bétail, c'est à dire que la mauvaise parole (dever) frappe les acquisitions de l'homme (la richesse était comptée, dans l'ancien temps, en nombre de têtes de bétail), ses points positifs. Le remède consiste à apprendre à utiliser notre langage comme il se doit, en sachant ce qu'il est permis de dire, et ce qu'il est interdit de dire : ce sont les lois du langage (cf le livre bien connu du Hafets hayim sur l'observance des lois du langage). Le pouvoir de la langue confère une illusion de puissance à son possesseur, comme il est écrit dans les Psaumes (12,5) : "Par notre langue, nous triomphons, qui serait notre maître ?".

6 -  Les ulcères ché'hin. Le monde des pulsions... Ce mot est relié à ché'hiya, l'inclination, le fait de se pencher, mais aussi à ché'hinout, la chaleur. Il s'agit de la pulsion qui se dissimule, tapie dans l'inconscient de l'homme. Elle incline, tel un serpent (ché'hin contient les mêmes lettres que na'hach le serpent) le corps de l'homme, afin de se livrer à son désir, en supprimant toute retenue. En effet, au moment où la pulsion s'exprime, l'esprit de l'homme est obnubilé par une seule et même chose : réaliser son envie et ressentir du plaisir ... Mais cette quête du plaisir s'évanouit et devient amertume après que l'objet même du plaisir a été atteint ... il n'engendre qu'insatisfaction et frustration ... De même, si l'Egyptien pensait se soulager temporairement parce que la plaie n'aurait touché que la partie externe et non interne, elle touchait en fait l'intérieur et l'extérieur ...  Le remède consiste à élever la pulsion, c'est à dire s'en servir pour une noble cause. Le plus bel exemple ? Les relations conjugales : la pulsion sexuelle est utilisée, dans le cadre de la Torah, en vue de servir son Créateur à travers un projet de vie : la naissance d'un enfant. 

7 -  La grêle Barad. L'illusion de l'égoïsme... Barad, ou bar dalet, en dehors (bar) du dalet, c'est à dire en dehors de la foi, représentée par la lettre Dalet. Or l'unité E'had, c'est a'h - dalet, c'est à dire le frère dalet ... Cela signifie que même si je suis au nord et que mon frère est au sud (le dalet représente aussi les 4 points cardinaux), nous faisons partie d'une seule et même unité. C'est là le sens de la plaie de la grêle, dans laquelle le feu et l'eau ont travaillé de concert ... Parce que l'égoïste pense qu'il est seul au monde, et que tout tourne autour de sa petite personne, il se détache (bar) de la foi (dalet) qui consiste au contraire à attacher toutes les âmes autour d'une même unité. Il subit alors l'épreuve du feu et de l'eau, parce que son égoïsme est un constat d'échec de son intégration dans la société : il aurait dû apprendre que l'eau et le feu peuvent aussi travailler ensemble. Des personnalités aussi opposées peuvent s'unir, au service de D., chacun dans son domaine, pour dévoiler la gloire du Créateur, chacun à sa manière. Mais l'égoïste sépare et n'unit pas. Il se noie en fait dans sa propre illusion, aveuglé par son orgueil démesuré ... Le remède consiste à se renforcer dans la foi, ce qui permet d'accéder à la dimension de l'humilité. On ouvre alors son cœur à l'autre, pour entendre son message, et recevoir son point positif. On comprend alors que nous sommes toutes et tous les maillons d'une même chaîne, nous sommes tous frères : é'had, Un, ahava, amour (même valeur numérique 13).

8 -  Arbé : les sauterelles. Gare à la manipulation ! Lorsqu'on fait partie d'un groupe, on se laisse fatalement influencer par lui, en bien ou en mal. L'union des individus en un tout homogène lui confère une grande force. Si cette force unificatrice des différentes tendances vise le bien, on peut construire quelque chose de merveilleux. A l'opposé, un groupe dont l'objectif est néfaste peut conduire le monde à la catastrophe... A qui profite finalement la manipulation ? A des chefs véreux, imbus de pouvoir et d'honneur, qui utilisent les autres comme des pions pour asservir leur appétit de domination et leur égoïsme immense, tout en faisant croire qu'ils servent l'intérêt du peuple ... Le remède ? Annule-toi devant les vrais Tsadikim, les saints piliers d'Israël, les bergers fidèles qui véhiculent l'enseignement millénaire. En s'attachant à eux, on formera de saints rassemblements qui auront un seul et même but : diffuser et répandre la connaissance du Créateur dans toutes les consciences. Il s'agit là du but ultime de la Création du monde : faire régner D. dans tous les esprits!

9 -  'hochekh : l'obscurité. Avant la destruction de la 10ème écorce de l'illusion qui marquera sa délivrance, l'homme doit se mesurer à sa propre obscurité. Cette obscurité est paralysante, elle empêche d'avancer ! Il s'agit du manque de volonté. Juste avant d'être sauvé, c'est un manque de volonté qui peut encore nous retenir dans les chaînes de l'exil... En effet, sans volonté de changer, il n'est guère possible de rompre les filets tendus par les illusions de Pharaon ! C'est d'ailleurs pendant la plaie des ténèbres qu'une partie du peuple juif disparaît dans l'obscurité. Ces gens n'avaient pas accepté le message du Tsadik. Ils préférèrent rester vivre dans leurs rêves, dans leurs illusions, chez Pharaon, dans leur prison mentale nommée Egypte... Ils ne voulaient pas changer, aller de l'avant, développer leur volonté. Autrement dit, prendre conscience de leur propre conscience... Alors ils sont laissés en terre égyptienne, noyés dans la plaie paralysante de l'obscurité : le manque de volonté les a tués...  

10 - Macat bekhorot : la mort des premiers-nés. Se souvenir de notre origine. La 10ème plaie marque la délivrance d'Israël, le potentiel de bien enfoui dans chacun d'entre nous. La destruction de la 10ème écorce de l'illusion est rendue possible par le souvenir de notre origine première. Nous sommes des premiers-nés ! Israël est la première pensée qui jaillit dans l'esprit du Créateur en créant le monde. Comme l'origine ultime de notre âme est au-dessus de tous les mondes, notre point positif est absolument indestructible, puisqu'il n'est pas de ce monde... C'est ce qui fait la grandeur d'Israël. Finalement, que peuvent donc faire les 10 écorces de l'illusion sinon de faire oublier l'origine sublime de l'âme d'Israël? Car les longues années de l'exil amer étaient venues pour souffler sur la flamme de l'âme juive, mais elles n'ont pu l'éteindre, parce que nous sommes au-delà du temps... Quand le dernier voile de l'exil tombe, la conscience libérée comprend que l'exil n'est qu'un leurre, une immense illusion : l'exil ne peut, éternellement, dissimuler la splendeur de l'âme d'Israël, l'exil est obligé d'avouer sa défaite. Le mal et toutes ses légions pensaient avoir le dessus, mais ils n'ont pu l'emporter. L'exil - illusion servit à Israël: il lui permit, à travers d'intenses souffrances, de ciseler, de sculpter, d'affiner sa foi en D., en gardant la secrète espérance de sa délivrance future. Et ce salut collectif sera d'abord précédé par un salut individuel, comme l'a promis le Baal Chem Tov zatsal.

Que le Créateur du monde nous aide à lever les 10 voiles qui masquent notre lumière, afin que le potentiel de chacun, de chacune, puisse illuminer son propre monde. Amen !

 

© Samuel Darmon  et/ou © Hotsaat Bakish

Mis en ligne le 5 février 2017 à Kiryat Ata

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NOTES

(1)  Samuel Darmon est présenté sur une autre page de ce site: http://editionsbakish.com/node/1649.

(2) Voir également ses autres commentaires parus sur ce site.  

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