Préface de Hillel Bakis

Y. Maser

Les Rabbins du Sud de la France au Moyen Âge et leurs écrits

Les Sages de Provincia

Hotsaat Bakish, Montpellier, 2016 — VIII-216 p.

Les Rabbins du Sud de la France au Moyen Âge et leurs écrits

À propos de l'ouvrage

Auteur : Y. Maser
Éditeur : Hotsaat Bakish — Institut Rabbi Yesha'ya, Montpellier, 2016
Thème : Les Sages juifs de Provincia (Languedoc, Provence, Roussillon) du XIe au XIVe siècle
Préface : Hillel Bakis, éditeur


Préface à la première édition imprimée

Par Hillel Bakis, éditeur

L'auteur a rouvert le chantier de cette recherche en juillet 2015. Il a choisi notre site pour que ses résultats soient mis à la disposition du lectorat le plus large. Il nous a confié la brochure reprographiée en 2002, que nous avons scannée avec un logiciel de reconnaissance de caractères afin de restituer un texte exploitable. Entre juillet et novembre 2015, Y. Maser ainsi que le Pr. Simone Maser, son épouse, se sont penchés sur ces chapitres et y ont apporté des retouches, des précisions et des compléments. Nous-même avons procédé, en plein accord avec l'auteur, à quelques légères modifications et additions. À présent, nous sommes en mesure de publier une édition imprimée de ce texte.

Après quelques considérations générales, Y. Maser présente des synthèses thématiques sur les contributions des Sages de Provincia à l'étude du Talmud, de la Kabbale, de la traduction, de la médecine et des sciences. Plus de cinquante notices ont été préparées — sans prétendre à l'exhaustivité, tant cette région fut riche en rabbins et savants [5]. L'auteur a choisi de ne retenir que les plus importants parmi ceux dont les enseignements sont toujours disponibles, car nombreux sont les manuscrits inédits ou disparus. Des tableaux synthétiques complètent ce travail.

L'auteur s'intéresse depuis longtemps à l'étude de la Torah [6]. Dans le présent ouvrage, il montre l'étendue de la contribution de ces Sages, tant dans ses chapitres thématiques (Talmud, Kabbale, traduction, halakha…) que dans ses notices biobibliographiques [7]. Il rappelle aussi leur précieuse affirmation : le Roua'h hakodech les a directement inspirés.

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Les sources juives nomment « Provincia » le sud de la France. En ces lieux vécurent des communautés dont l'histoire mériterait d'être mieux connue [9]. En partie restituée [10], elle révèle un passé remarquable : Narbonne était une principauté juive au temps de Charlemagne — l'une des rares villes d'Occident ayant conservé des relations commerciales actives avec le reste du monde, où les Juifs étaient les principaux agents du commerce [11]. Ce terreau permit le développement d'institutions et d'académies talmudiques qui perdurèrent jusqu'au XIVe siècle, et dont est issue une part de la production littéraire des Richonim. Dans cette région de Provincia, les Juifs contribuèrent à la préparation de la Renaissance européenne par leurs traductions et leurs activités dans le domaine médical et scientifique.

Alors que l'édition de cet ouvrage était largement engagée, le magazine Kountrass Famille a publié un dossier sur « Les Juifs de Provence » [8]. La concordance de cette initiative venant de Jérusalem avec celle de notre Institut nous donne à méditer. Peut-être est-il temps de mieux se pencher sur la production des rabbins médiévaux des terres de Provincia pour bénéficier de l'apport considérable de ces Richonim dans tous les domaines de la pensée juive, et dans le transfert de connaissances vers la culture et la science européenne.

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La belle tradition juive de Provincia fut complètement détruite suite à l'expulsion et à la spoliation des biens. Une des routes prises par les exilés d'Angleterre (1290), de France (1306, 1394) et d'Espagne (1492) les mena vers la Terre d'Israël. C'est de Montpellier [12] que partit le géographe et botaniste Rabbi Echtori ben Moché HaPar'hi [13] (v. 1282–v. 1357), suite à l'expulsion de 1306. Il s'installa plusieurs années à Perpignan — qui n'appartenait pas alors à la France — avant de faire sa 'alia. En Israël, il rédigea un traité de halakha [14] sur les lois relatives à la Terre d'Israël, tout en livrant de nombreuses informations sur son histoire, sa géographie, sa faune et sa flore. Il identifia 180 sites mentionnés dans le Tanakh et le Talmud, dont Modi'in [15], et acheva le premier livre écrit en hébreu sur la géographie d'Erets Yisrael (1322) [16].

Dès le début du XIXe siècle, Chateaubriand apporta son témoignage suite à sa visite de Jérusalem. Parlant des Juifs, il écrit que ce petit peuple — dont l'origine précéda celle des grands empires de l'Antiquité — existe encore, sans mélanges, dans les décombres de sa patrie, et que si quelque chose parmi les nations porte le caractère du miracle, c'est bien ce peuple [17].

Hillel Bakis
Éditeur — Institut Rabbi Yesha'ya
Kiryat Ata, mai 2016

Nos publications

  • Collection Dérekh mitsvotékha
  • Ben ba lanou (circoncision) — Tome 1, Tome 2
  • Mitzvot
  • Références halakhiques
  • Michna beroura (traduction chap. 242)


[1] Ses références nombreuses sont détaillées à la fin de l'ouvrage.

[2] Maser, Yitschak (2002a), Les Sages de Provincia. Les Rabbins de Provincia et leurs écrits. Document reprographié, Montpellier, 151 p.

[3] Maser, Yitschak (2002b), « Ravad and the Sages of Provincia », Mail.Jewish Mailing List, Vol. 36 n° 42, 6 juin 2002. ottmall.com

[4] Huser, A. & de Mecquenem, C. (2009), « Tsarfat et Provintzia, aspects des judaïsmes médiévaux européens », Archéopages, n° 25, pp. 26-33.

[5] Sur la transcription des noms hébraïques : שׁ → « ch »/« sh » ; ק → « c »/« k »/« q » ; וּ → « ou »/« u » ; ח/כ → « 'h »/« kh »/« ch ». Ainsi, un même nom sera transcrit parfois Asher ben Shaul ou Acher ben Chaoul, Joseph Kaspi ou Joseph Caspi, etc.

[6] Il a traduit La voix de la Thora du Rabbin Elie Munk (The Call of the Torah), publié chez ArtScroll Mesorah Publications en cinq volumes (1992-1995), Brooklyn, NY.

[7] Voir la partie « Notices biobibliographiques ».

[8] R' H. Kahn (2015), dossier « Les Juifs de Provence », Kountrass Famille, n° 187, juillet-août 2015, pp. 42-63, Jérusalem.

[9] Voir notamment Raymond Brotons (1997), L'histoire de Lunel, de ses juifs et de sa grande école : Du Ier au XIVe siècles. Imp. Arceaux 49, Montpellier, 283 p.

[10] Voir : Gustave Saige (1878), Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 39, pp. 255-322 ; Jean Régné (1912), Étude sur la condition des juifs de Narbonne, Narbonne, 268 p. ; Arthur Zückerman (1972), A Jewish Princedom in Feudal France 768-900, Columbia University Press ; Aryeh Graboïs (1997), « Le "roi juif" de Narbonne », Annales du Midi, vol. 109, n° 218, pp. 165-188.

[11] Gustave Saige (1878), p. 258.

[12] Les sources hébraïques nomment Montpellier : 'Ir hahar (ville de la montagne) ; 'Ir hakkodech (la ville sainte) ; Har Ga'ach (montagne du tremblement).

[13] Ce nom est également orthographié Ishtori Haparchi, Estori Haparchi ou Ashtori ha-Parhi.

[14] Sefer Kaftor wa-Pera'h / Livre du bouton et de la fleur (T. 1, Jérusalem, 1887 ; T. 2, Jérusalem, 1899 ; New York, 1958). Disponible sur hebrewbooks.org.

[15] Voir R' Yehossef Schwartz, Tévouot Haarets (XIXe s.) ; Jewish Encyclopedia : jewishencyclopedia.com.

[16] Encyclopaedia Britannica : britannica.com.

[17] François-René de Chateaubriand (1811), Itinéraire de Paris à Jérusalem, pp. 259-260 (éd. 1823, Londres).

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