Haft. II-07 Wayétsé- Urgence repentir

 

II-07* Chabbat WAYETSE

 

 

 

 

L'URGENCE DU REPENTIR

וְעַמִּ֥י תְלוּאִ֖ים   & וַיִּבְרַ֥ח יַֽעֲקֹ֖ב

 

וַיִּבְרַ֥ח יַֽעֲקֹ֖ב שְׂדֵ֣ה אֲרָ֑ם  (Hochéa 12, 13).

Le prophète Hochéa rappelle ici que Hachèm a protégé le patriarche 

Ya'akob lorsqu'il  "s’est enfui au champ d’Aram"

(c'est-à-dire chez Laban l'Araméen). Il fuyait alors la colère 

de son frère 'Essaw à qui ilvenait d'acheter le droit d'ainesse. 'Essaw se sentait lésé parce son père avait donné à Ya'akob la bénédiction qu'il lui destinait.

 

Cette protection divine s'est étendue à tout le peuple d'Israël au cours des générations suivantes. Hachèm "a guidé et protégé son peuple tout au cours de sa traversée du désert, a pris soin de lui, a assuré sa subsistance. Mais celui-ci, dans son orgueil, n'a pas toujours voulu se rendre compte de tout... l'amour dont il l'a entouré" [1]. C'est ainsi que les contestations de Moché et les rebellions n'ont pas manqué pendant la traversée du désert, malgré la proximité dans le temps de grands miracles. L'éloignement des prescriptions divines, s'est renouvellé bien des fois pendant les siècles suivants, la conséquence étant le châtiment divin.

La haftara de cette semaine est tirées du prophète Hochéa’ qui a vécu au 8ème siècle avant l’ère courante (vers 750-722 AEC [2]) quelque deux siècles avant la destruction du premier Temple. Comme les prophètes Yicha'ya (Isaïe), 'Amos et Mikha (Michée), Hochéa’ (Osée) a vécu le long déclin du royaume d'Ephraïm [3] et les infidélités du peuple envers Hachèm font que les prophètes donnent des avertissements pressants pour que les comportements changent. Ils annoncent aussi l’alliance indéfectible de Hachèm pour son peuple, en un pacte éternel. A cette époque Israël, est dans une situation critique: c'est "un otage qui ne devra son salut qu’à l’amour" de Hachèm [4].

Or, malgré les infidélités du peuple hébreu, Hachèm ne l'en aime pas moins, et lui envoie Ses prophètes pour qu'il retrouve les principes de justice de son Dieu.  Car, de Lui seul vient le salut. Israël peut revenir à Lui et mériter à nouveau Sa protection et Son affection[5].

Entre le début du chapitre 12 et la fin du chapitre 14, le prophète a fait de cuisants repproches à l'encontre du royaume d'Ephraïm. Il rappelle la clémence de Dieu à l'égard d'Israël. Il note que tout ce qu'ils possèdent provient de la bienveillance divine.

 

Ce royaume était près de la destruction car ses rois et son peuple avaient abandonné la voie droite tracée par Moché notre maître.  Et le prophète annonçait, catégorique : תֶּאְשַׁם֙ שֹֽׁמְר֔וֹן כִּ֥י מָֽרְתָ֖ה בֵּֽאלֹהֶ֑יהָ  « Elle est coupable, Chomrone (Samarie), car elle s’est rebellée contre son Dieu » (Hochéa 14,1).

Il avait rappelé auparavant que Hachèm avait retardé Sa sentence : אֵ֞יךְ אֶתֶּנְךָ֣ אֶפְרַ֗יִם אֲמַגֶּנְךָ֙ יִשְׂרָאֵ֔ל  « Comment te donnerais-je, Ephraïm, te livrerais-je, Israël ? » (Hochéa 11,8).

Il menaçait: Hachèm n'allait pas supporter plus longtemps une telle conduite:  הִכְעִ֥יס אֶפְרַ֖יִם תַּמְרוּרִ֑ים וְדָמָיו֙ עָלָ֣יו   "Ephraïm a irrité! Amertumes !  Son sang est sur lui" (Hochéa 12, 15),

Il précisait que les coups lorsqu'ils tomberaient, seraient terribles : "et sa flétrissure, son Dieu la retourne contre lui" (Hochéa 12, 15). Par la bouche du prophète Hochéa', Hachèm avait indiqué quel était le niveau de la peine encourue אֵ֚יךְ אֶתֶּנְךָ֣ כְאַדְמָ֔ה אֲשִֽׂימְךָ֖ כִּצְבֹאיִ֑ם  « Comment te donnerais-je en Adma, te mettrais-je comme Tséboïm ? » (Hochéa 11,8).  Les noms cités sont  ceux de deux villes détruites avec Sodome et Gomorrhe!

 

Hachèm parle aux habitants du royaume du Nord : Il tente de les retenir, au bord du gouffre. Il leur rappelle que c'est Lui qui les fit sortir d'Egypte, du pays d'esclavage (Hochéa 12,10). Il les met devant la réalité de leur situation : וּמוֹשִׁ֥יעַ אַ֖יִן בִּלְתִּֽי׃   "hors moi pas de sauveur" (Hochéa 13,4). Il leur reproche leur ingratitude אֲנִ֥י יְדַעְתִּ֖יךָ בַּמִּדְבָּ֑ר בְּאֶ֖רֶץ תַּלְאֻבֽוֹת׃ "Moi, je t’ai connu au désert, en une terre calcinée." (Hochéa 13,5).כְּמַרְעִיתָם֙ וַיִּשְׂבָּ֔עוּ שָֽׂבְע֖וּ וַיָּ֣רָם לִבָּ֑ם עַל־כֵּ֖ן שְׁכֵחֽוּנִי׃  "En leur pâturage, ils se sont rassasiés; et, rassasiés, leur cœur s’est exalté. Sur quoi, ils m’ont oublié !" (Hochéa 13,6).

 

Dans le dernier verset du livre - verset qui est aussi le dernier de cette haftara - il est écrit   כִּֽי־יְשָׁרִ֞ים דַּרְכֵ֣י יְהוָ֗ה וְצַדִּקִים֙ יֵ֣לְכוּ בָ֔ם   « les routes de Hachèm sont droites ; les justes vont sur elles" (Hochéa 14,10). On peut voir là un nouveau rappel du nom d'Israël (mot dont la racine est Yachar, droit). La lutte de Ya'akob contre l'ange de 'Essaw a été mentionnée וַיָּ֤שַׂר אֶל־מַלְאָךְ֙ "Il a lutté contre l'ange » (Hochéa 12,5).

Ne désespérant pas d'un soudain repentir collectif, le prophète lance un dernier avertissement, tout le mal prévisible peut encore être évité.

שׁ֚וּבָה יִשְׂרָאֵ֔ל עַ֖ד יְהוָ֣ה אֱלֹהֶ֑יךָ כִּ֥י כָשַׁ֖לְתָּ בַּֽעֲו͏ֹנֶֽךָ׃

« Retourne, Israël, à Hachèm ton Dieu, car tu as trébuché dans ton erreur » (Hochéa 14,2). קְח֤וּ עִמָּכֶם֙ דְּבָרִ֔ים וְשׁ֖וּבוּ אֶל־יְהוָ֑ה « Prenez avec vous les paroles et retournez à Hachèm » (Hochéa 14,3). Des paroles de repentir suffisent אִמְר֣וּ אֵלָ֗יו כָּל־תִּשָּׂ֤א עָו͏ֹן֙ וְקַח־ט֔וֹב   « Dites-lui: 'Supporte tout le tort et prends le bien !' » (Hochéa 14,3).

Il est question ici de bien - ce qu'on n'attendait pas vu l'avalanche de repproches. Le prophète leur rappelle peut-être qu'ils ne doivent pas perdre tout espoir de pardon: même au fond du gouffre à cause de leurs fautes, les enfants d'Israël ne sont pas démuni de bonnes actions. Il reste toujours une étincelle divine même dans le pire des mécréants, et elle suffit à rallumer une foi entière et une conduite parfaite.  Et pour cela, il est inutile de sacrifier des veaux sur l'autel, la parole de repentir suffit : וּֽנְשַׁלְּמָ֥ה פָרִ֖ים שְׂפָתֵֽינוּ  « Payons les veaux [de] nos lèvres ! »(Hochéa 14,3).

Il est question ici aussi d'une qualité fondamentale d'Israël : être fondamentalement bon. Aussi bas qu'il a pu tomber, il saura entamer un jour un processus de repentir, et reviendra à son Dieu pour reprendre sa mission. Lorsque Dieu rugira comme un lion pour annoncer la fin des temps, les enfants d'Ephraïm accourront pour affirmer une fidélité renouvelée à Dieu.

 

La mention de Ya'akob au début de la haftara et l'allusion à Israël à la fin, indiquent le parcours du patriarche qui est exposé par les lectures à la Torah en cette période de l'année. Le mention d'Israël ne vient pas sans raison dans la bouche du prophète Hochéa'.

Peut-être n'est-il pas trop tard pour sauver les habitants du royaume d'Ephraïm? Peut-être n'est-il pas trop tard pour qu'ils reviennent dans la voie droite des ancêtres, qui valut à Ya'akob (Jacob) d'être appelé Israël par l'ange de 'Essaw (Esaü) à la fin de leur long combat [6]. Pendant la lutte, l'ange apprit à connaître la persévérance de Ya'akob, sa capacité à faire face à l'adversité même avec des opposants particulièrement rusés ou forts. Il l'avait déjà montré auparavant en tenant tête à Laban, et était reparti de chez lui avec de grandes richesses acquises honnêtement malgré toutes les tromperies de son oncle. Il était reparti aussi avec une belle famille qui démontrait que Hachèm lui venait en aide, même en-dehors des limites de la Terre de Kéna'an qu'Il avait donnée à Abraham.

Ya'akob venait aussi de démontrer que rien ne le décourageait quand il se sentait dans son bon droit, même contre un 'ange dont il aurait pu craindre la puissance surnaturelle! L'ange reconnut sa défaite, d'autant mieux qu'il ne pouvait s'attarder car en ce jour c'était son tour de sanctifier Hachèm. Ya'akob le laissa partir après avoir demandé et reçu une bénédiction. C'est alors que l'ange donna à son adversaire le nom d'Israël. Ce faisant, il reconnaissait que le nom de Ya'akob ne ferait plus allusion au talon (qui pouvait faire penser à 'Essaw le destin de son frère était d'être foulé aux pieds" par lui). Ya'akob prenait un nom d'une autre dimension. Mais le patriarche resta toujours aussi modeste. Plus tard, Hachèm confirmera la bénédiction de l'ange et l'attribution du nom d'Israël. Il lui promettra aussi, comme à ses pères, de lui donner le pays de Kéna'an (Canaan) [7].

 

Le prophète Hochéa’ a déclaré וְשָׁ֖ם יְדַבֵּ֥ר עִמָּֽנוּ׃ "A travers lui, Il nous parla" (Hochéa’ 12, 5), faisant allusion à la bénédiction que Hachèm a donnée à Ya'akob. Mais le motעִמָּֽנוּ  ("avec nous") laisse entendre que Hachèm destinait aussi cette bénédiction à la descendance de Ya'akob et que cela reste valable pour tous les temps, et pour  tous. Cela concerne aussi les descendants du patriarche les plus éloignés de l'héritage spirituel de Ya'akob qui peuvent bénéficier de l'aide divine pour peu qu'ils s'éloignent résolument du service des idoles et qu'ils reviennent sincèrement vers Lui. De la sorte, il sera possible à tous de cheminer sur lederekh émet (chemin de la vérité), le chemin prescrit par Hachèm "avec une démarche assurée et non pas en boitant" [8], comme le fît Ya'akob dans notre paracha.

C'est là le message destiné aux habitants du royaume d'Ephraïm qui s'étaient perdus maintes fois dans les pratiques idolâtres. Le parcours du patriarche est une leçon : d'abord seul et démuni de tout [9] lorsqu'il quitta le pays en fuyant la colère de son frère, il revient riche, entouré d'une grande famille et en ayant obtenu la bénédiction d'un ange qui le gratifie du nom d'Israël. Tout cela parce que Ya'akob a su rester fidèle à son Dieu.

Le royaume d'Ephraïm, fautif, qui portait aussi le nom de "royaume d'Israël resta sourd aux avertissements du prophète. Il en résulta l'exil des dix tribus. Un exil qui prendra fin, selon la parole des prophètes, lorsque viendra le Messie qui réunira les descendants du royaume d'Ephraïm à ceux du royaume de Yéhouda.

 

NOTES


[1] R' J. Schwarz (1996), p. 71.

 

[2]  A. Abécassis.

 

[3] Ce royaume est également appelé royaume du Nord ou d'Israël. Egalement appelé selon le nom de sa capitale, royaume de Shomron (Samarie). Il a été créé comme royaume distinct de celui de Yéhouda après la mort du roi Chélomo (Salomon). Mais pour des raisons de concurrence spirituelle avec le royaume de Yéhouda, les rois d'Israël ont voulu éviter que leur peuple n'aille à Jérusalem. Ils ont donc favorisé des cultes idolâtres

 

[4] A. Chouraqui, traduction du Tanakh. Douze Inspirés ­ Shné-’Assar .

 

­

[5] R' J. Schwarz (1996), p. 71.

 

[6] Ya'akob, attaqué par l'ange sur la rive de la rivière Yabok où était revenu seul rechercher des petits récipients oubliés au camp précédent. Mais Ya'akob parvint à tenir face à ce redoutable adversaire qui lui causa une sérieuse blessure à la hanche. Mais à la fin, Ya'akob contraignit l'ange de 'Essaw à déclarer forfait.

 

[7] Voir: Béréchit 35, 9-1 2.

 

[8] R' J. Schwarz (1996), p. 84.

 

[9] Après avoir été rattrapé par le fils de 'Essaw qui lui laissa cependant la vie malgré l'ordre de son père - mais comme un klal (principe) indique qu'un "pauvre est comme un mort", il pensait avoir tout de même obéi.

 

 

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