Haftara – Roch hachana, 1er jour

 

I-1 Roch hachana, 1er jour

Indications liturgiques – Les Sépharades [1], les Achkénazes [2] et  les Yéménites [3] choisissent un même extrait des prophètes (I Chemouel 1,1-2,10). Il en va de même pour les Sfardes [4] et les ‘hassidé Habad  [5].

 

 

Roch hachana, 1er jour - Haftara commune aux différentes coutumes

(I Chemouel 1,1-2,10)

וַיְהִי֩ אִ֨ישׁ אֶחָ֜ד 

La force de la priere

Le premier jour de Roch hachanah la lecture de la Torah relate la naissance de Yits'hak dont la mère, Sarah, avait été stérile très longtemps (Bérèchit chap. 21). Mais Hachèm a entendu ses prières et lui a donné un fils alors que cela semblait totalement impossible vu son âge très avancé.

C'est la naissance de Chémouel, futur prophète, qui est relatée par la haftara. On y relate comment ‘Hana, restée stérile, a prié avec ferveur pour avoir un enfant. 'Hana était l'épouse d'Elkana, un lévite vivant dans la montagne d'Ephraïm, qui avait l'habitude de se rendre avec sa famille à Chilo (localité où était installé alors le tabernacle) lors des trois fêtes de péleringage.

La haftara relate ce qui se produisit lors de l'un de ces pélerinages. Avec Elkana étaient venues également ses deux épouses, 'Hana, mais aussi Pénina qui, elle, avait eu plusieurs enfants. 'Hana pria, mais en la voyant prier, ‘Eli le grand-prêtre, pensa qu'elle était ivre. Car ‘Hana pria d’une manière particulière : וְחַנָּ֗ה הִ֚יא מְדַבֶּ֣רֶת עַל־לִבָּ֔הּ רַ֚ק שְׂפָתֶ֣יהָ נָּע֔וֹת וְקוֹלָ֖הּ לֹ֣א יִשָּׁמֵ֑עַ וַיַּחְשְׁבֶ֥הָ עֵלִ֖י לְשִׁכֹּרָֽה׃ « Et Hana, elle, parle en son cœur. Seules ses lèvres bougent et sa voix ne s’entend pas » (I Chémouel 1,13). ‘Éli la croit ivre et il lui en fit reprocheוַיֹּ֤אמֶר אֵלֶ֨יהָ֙ עֵלִ֔י עַד־מָתַ֖י תִּשְׁתַּכָּרִ֑ין « Jusqu’à quand t’enivreras-tu ? » (I Chémouel 1,14). ‘Hana expliqua que tel n’était le cas, mais qu’elle priait Hachèm. 'Eli comprit sa méprise, et prit la mesure du chagrin et de la grande piété de cette femme qui debout priait de toute son âme. Il lui réponditלְכִ֣י לְשָׁל֑וֹם וֵֽאלֹהֵ֣י יִשְׂרָאֵ֗ל יִתֵּן֙ אֶת־שֵׁ֣לָתֵ֔ךְ אֲשֶׁ֥ר שָׁאַ֖לְתְּ מֵֽעִמּֽוֹ׃  « Va en paix ! » et il lui annonça que Hachèm allait exaucer sa demande ». 'Hana s'en retourna heureuse, persuadée que sa prière serait exaucée.

Après quoi, וַֽיִּזְכְּרֶ֖הָ יְהוָֽה׃   ‘Hachèm se souvint d’elle (I Chémouel 1,19). et ‘Hana fut enceinte.  

Ce souvenir établit une liaison forte entre cette haftara et le premier jour de l’année juive, car c’est en un tel jour que Hachèm s’est souvenu de ‘Hana (comme d’ailleurs de Sara, dans une occasion similaire)[6]. De plus, ce jour est appelé également yom hazikarone « jour du souvenir »[7].

 

‘Hanna donna naissance à un fils, le futur prophète Chémouel.

Lorsque, l’année suivante, vint le temps du pèlerinage familial annuel, ‘Hana annonça qu’elle se rendra au tabernacle de Chilo lorsque l’enfant sera sevré « alors je le mènerai, afin qu’il paraisse devant l’Éternel et qu’il habite là pour toujours » (I Chémouel 1, 22). Ce qu’elle fit avec l’assentiment d’Elkana, son mari.

La haftara se termine sur un cantique qu’entonna ‘Hana à cette occasion, un chant de grâce. Ce chant est « l’un des dix cantiques embrassant l’histoire du monde » [8]. Le dernier cantique sera chanté à la fin de l’exil, au temps du Machia’h. Les cantiques de cette catégorie de ne renvoient pas à un simple sentiment de joie, mais à la perception de l’harmonie du monde et de l’enchaînement des événements étalés sur plusieurs centaines d’années. Par son cantique, ‘Hana exprime sa compréhension de son parcours : les années de détresse qu’elle a vécues n’étaient qu’une préparation à la naissance de son fils ce qui « allait transformer non seulement sa vie, mais aussi... tout le cours de l’histoire d’Israël » [9].  

Elle proclama à cette occasion : יְהוָ֖ה מֵמִ֣ית וּמְחַיֶּ֑ה מוֹרִ֥יד שְׁא֖וֹל וַיָּֽעַל׃ יְהוָ֖ה מוֹרִ֣ישׁ וּמַֽעֲשִׁ֑יר מַשְׁפִּ֖יל אַף־מְרוֹמֵֽם׃ « Hachèm fait mourir et vivre ; descendre au Chéol et en remonter... L’Éternel appauvrit et enrichit ; il abaisse, et aussi élève » (I Chémouel 2,6-7).

En ce jour appelé Yom hazikaron (jour du souvenir) on a, par la lecture de la paracha, pris conscience que Hachèm s'est souvenu, en son temps, de notre matriarche Sarah et a mis fin à sa stérilité. C'est à la même conclusion que l'on aboutit avec la lecture de la haftara, ‘Hana étant à son tour exaucée. En ce jour de Roch Hachana, jour du jugement de chacun, cette haftara vient opportunément rappeler combien une prière sincère est efficace, comment elle peut renverser une situation qui pouvait sembler bloquée. Une prière qui appelle la compassion divine.

 

[1] Séfer hahaftarot de l’institut Or ha’hayim, Jérusalem, 2001, voir : « Tables des haftaroteses des chabbats et des fêtes », pp 6-7 et pp. 241-244. Cet ouvrage indique les haftarotes selon les coutumes séfarades, achkénazes et yéménites. Lorsqu’aucune restriction n’est signalée la haftara indiquée est retenue par ces trois coutumes.

[2] Séfer hahaftarot de l’institut Or ha’hayim,, pp 6-7 et pp. 241-244.

[3] Séfer hahaftarot de l’institut Or ha’hayim, pp 6-7 et pp. 241-244.

[4] Même sélection pour la tradition sfarde (Europe de l'Est, tradition 'hassidique): selon Ma'hzor hachalem Choméa' téphila, Roch hachana, Nosa'h sfard, Brooklyn, N.Y., pp. 194-197.

[5] Karnei Hod Torah Lubavitch (1995), ספר ההפטרות , New York, 239 p. 154-157 (167-170 de l’édition Hebrewbooks) ; R’ Chaïm Miller (2006), The Gutnick Edition Chumach, Book of Haftaros, p. 166-169.

[6] Rachi sur T.B. Méguila 31a, cit. R’ Miller (2006), Gutnick Ed., pp. 166-170; cit. ‘Houmach Safra, Artscroll, p. 1302.

[7] T.B. Roch Hachana 11b, cit. R’ Miller (2006), Gutnick Ed, pp. 166-170.

[8] Targoum de Chir hachirim (1,1), cit. Houmach Safra, Artscroll, p. 1301-1303.

[9] Houmach Safra, Artscroll, p. 1301-1303.

 

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