LVJ 3-32* 2 Le cycle de la vie

 

 

Le cycle de la vie

 

« Compte pour toi sept années sabbatiques, sept années sept fois. Ce sont pour toi les jours de sept chabbats d'années quarante-neuf ans » (Wayikra 25-8). וְסָֽפַרְתָּ֣ לְךָ֗ שֶׁ֚בַע שַׁבְּתֹ֣ת שָׁנִ֔ים שֶׁ֥בַע שָׁנִ֖ים שֶׁ֣בַע פְּעָמִ֑ים וְהָי֣וּ לְךָ֗ יְמֵי֙ שֶׁ֚בַע שַׁבְּתֹ֣ת הַשָּׁנִ֔ים תֵּ֥שַׁע וְאַרְבָּעִ֖ים שָׁנָֽה׃

Ce verset a été commenté par R’ Abraham Zerbib זצ"ל : c'est au temps qui passe, qu’il fait allusion: « L’ordre est ici donné au Grand Sanhédrin de compter les années de chémita et du Yovel, mais l’enseignement moral de ces versets s’adresse à chacun. C’est à cela que fait allusion le début du verset : ‘tu compteras pour toi’ – c’est pour toi-même qu’il te faut compter sept fois sept années… » [1].

Il est écrit : וְקִדַּשְׁתֶּ֗ם אֵ֣ת שְׁנַ֤ת הַֽחֲמִשִּׁים֙ שָׁנָ֔ה  « Et vous sanctifierez l’année des cinquante ans »  (Wayikra 25, 10). R’ Ya’akob Abou'hatséra זצוק"ל enseigne : « L’homme qui, après plusieurs tentatives, n’a pas réussi à se repentir à l’âge de trente ou quarante ans, doit se ressaisir et se renforcer pour arriver au moins à se repentir avant l’âge de cinquante ans. Car s’il était paresseux et sans entrain jusqu’à ce jour pour faire téchouva, il doit s’empresser jusqu’à l’âge de cinquante ans… » [2]. Plusieurs siècles auparavant, R' Ibn 'Ezra זצ"ל  avait écrit le piyout (poème) intitulé Ben Adama qui décrit les grandes étapes de la vie humaine. A l'âge de 50 ans, l'homme "pense à ces jours de vanité, il s'assombri... effrayé qu'il est de l'imminence de sa fin" [3]. Ce piyout est chanté le jour de Kippour dans certaines communautés pour que les fidèles méditent sur l'importance de leur retour à une meilleure conduite, le cas échéant. R’ Abraham Zerbib זצ"ל précise en ce sens: « de même que le cinquantième jour est le temps du don de la Torah, de même l'homme arrivant à sa cinquantième année devra quitter toutes les contingences de ce monde-ci, et se sanctifier par l'étude de la Torah et la pratique des mitsvot, concentré sur l'acquisition de son propre perfectionnement » [4].

 

Etapes

Périodes

Caractéristiques

1

De la naissance à 7 ans

« La première période de sept ans constitue l’enfance au cours de laquelle commencent à bourgeonner sagesse et intelligence » [5]. [6]

2

De 7 ans à la majorité religieuse

La seconde période de sept ans voit les jeunes enfants progresser vers « l’obligation des mitsvot, car l'intelligence et la conscience se sont développées et en découle l'obligation des mitsvot » [7] - notamment des téphilines [8] ;

3

De 14  ans à 20 ans

« ces forces grandissent encore, jusqu’à entraîner la responsabilité devant le tribunal d'en haut, en cas de transgression des lois divines » [9] ; (au-delà de 20 ans) ;





4

De la 21ème année à 27 ans

 

« A la quatrième période sera atteinte une grande maturation des forces nécessaires à l’activité sociale, et nous pourrons nous croire arrivés à l'essentiel »[10]. Pourtant Rachi explique : « Ceux qui ne sont pas encore âgés de trente ans ne sont pas encore dans la plénitude de leur vigueur…» [11].

5

Du début de la 28ème  année à 35 ans

A la fin de la cinquième période, « il s’avère que l’on a déjà traversé la moitié de la durée de vie qui nous est destinée » [12] d’après le verset יְמֵי-שְׁנוֹתֵינוּ בָהֶם שִׁבְעִים שָׁנָה, ‘les jours de notre vie sont de soixante-dix ans’ (Téhilim 90, 10) [13].

De 30 à 50 ans, c’est l’âge de la vigueur ; c’est la période de la vie où les Kohanim étaient en service au Temple [14]. La Torah indique qu’ils commençaient leur service à 25 ans.

6

La sixième période de sept ans débute à 35 ans et mène à 42 ans ;

A la fin de la sixième période, « on dépasse la moitié de la durée de vie même pour ceux dont, s’ils ont de la vigueur, quatre-vingt ans »[15]. Si l’homme apprend à s’écarter du mauvais penchant pendant sa vie il franchira victorieusement ces « soixante-dix ans » pour entrer dans les quatre-vingt ans  וְאִם בִּגְבוּרֹת שְׁמוֹנִים שָׁנָה (Téhilim 90, 10).

7

La septième période de sept ans débute à 42 ans et mène à 49 ans ;

«  les années de croissance sont derrière nous, et celles de la vieillesse sont maintenant là, après une perte qui ne peut être retrouvée, comme dit le Talmud : ‘Malheur à celle qui est partie pour ne plus revenir – et qui est –elle ? la jeunesse !’  (T.B. Chabbat 152a) » [16].

Dès la 50ème année

Rachi explique : « passé cinquante ans, la vigueur commence à décliner » [17]. A partir de là, « vous sanctifierez l’année du cinquantenaire », en vous détachant des choses matérielles, en vous conduisant avec droiture et intégrité… [18]. Dès l’âge de 52 ans révolus, la personne accède à l’appellation respectueuse de « zaken » (notamment lors des montées à la Torah[19]).

 

L'année du cinquantenaire, il convient donc de se sanctifier, se détachant des choses matérielles, veillant avec un soin attentif à son perfectionnement spirituel seul à même de donner de la valeur au temps de l’homme. Cela, même si c’est pendant toute la durée de sa vie que l’on doit tenter se rapprocher de la perfection.

En effet, dès 60 ans les effets de la vieillesse peuvent commencer à se faire ressentir, ce que R' Ibn 'Ezra זצ"ל  décrit avec acuité: "Vous demandez ce qu'il [l'être humain] devient à soixante ans? Ses gestes sont ni évidents ni bien réglés car ses muscles sont lâches et faibles...". A soixante-dix ans "ses propos ne sont ni appréciés, ni écoutés; il n'est qu'un poids pour ses compagnons; un fardeau pour lui-même et pour sa canne". A quatre-vingt ans "il est une charge pour ses enfants; il n'a plus son cœur, ni ses yeux; mépris pour ses connaissances, railleries pour ses voisins". Après cet âge, "il est considéré comme mort: heureux l'homme qui se considère comme résident étranger, qui n'a dans son cœur de pensée et de réflexion que pour l'avenir de son âme et sa récompense" [20].

Rabbi Eli’ézer dit : « Repens-toi un jour avant ta mort » (Michna Abbot 2, 10) ; l’homme ne connaissant pas l’heure de sa mort [21] devra toujours se tenir prêt pour le huitième jour. « Il passera ainsi ses soixante-dix ans à se perfectionner » [22].

Puissions nous faire le meilleur usage possible du temps qui passe, dans la lumière de la Torah et des mitsvot, en ayant à l’esprit l’enseignement de Rabbi Tarfoun: רבי טרפון אומר היום קצר « la journée est courte »,  והמלאכה מרובה « la tâche est énorme », והפועלים עצלים  « les ouvriers sont paresseux », והשכר הרבה « le salaire est grand »,  ובעל הבית דוחק  « et le maître presse» [23].



[1] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31. Institut Gaï Yinassé, Centre d'Etudes sur le Judaïsme Algérien, Kiryat Arba', Israël, Texte hébreu (90 p.).

[2] R’ Ya’akob Abeh’ssera, Pitou’hé ’hotam, sur Béhar.

[3] R' Ibn 'Ezra, Piyout "Ben Adama". Trad. R’ Claude Brahami, L'arme de la parole. Kippour, p. 661.

[4] R’ Abraham Zerbib (5753), Pa’had Yits’hak.

[5] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[6] R’ David ‘Hanania Pinto א’’שליט enseigne: « l’homme ressemble en tout à la femme en ce qui concerne son perfectionnement sur terre » de même que la femme est impure pendant sept jours Car elle …a été la cause de ce que la vie de l’homme soit réduite à soixante-dix ans, c’est pourquoi sa réparation est d’être impure pendant sept jours (un jour pour dix ans,  de même, l’homme « ne se purifie qu’après être arrivé à la perfection, qui est exprimée par le huitième jour » [6], jour de la circoncision comme il est dit : « Le huitième jour on circoncira la chair de son excroissance » (Wayikra 12, 3) », R’ David ‘Hanania Pinto (5763), Pa’had David, Wayikra, pp. 80-84.

[7] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[8] Grâce aux téphilines, le jeune homme pourra « éliminer le 'levain' de son cœur, et entamer sans perte de temps le compte des sept fois sept années. Il se placera ainsi sur la voie du perfectionnement moral, et de l'accomplissement de la tâche spirituelle qui lui incombe ». R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p.33.

[9] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[10] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[11] Rachi sur Bamidbar 4, 2. « A trente ans la vigueur » : Abot 5,21

[12] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[13] Trad. littérale du verset : יְמֵי-שְׁנוֹתֵינוּ בָהֶם שִׁבְעִים שָׁנָה, וְאִם בִּגְבוּרֹת שְׁמוֹנִים שָׁנָה  --  וְרָהְבָּם עָמָל וָאָוֶן כִּי-גָז חִישׁ,    וַנָּעֻפָה.:  « Les jours de nos années font soixante-dix ans, ou, dans leur vigueur, quatre-vingts ans; car leur éclat n’est que peine et misère. Oui, vite fauchés, nous nous envolons » (Ps. 90,10, trad. A. Chouraqui).

[14] Rachi sur Bamidbar 4, 2. Voir aussi : Bamidbar 8,28.

[15] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[16] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 31.

[17] Rachi, sur Bamidbar 4, 2.

[18] R’ Abraham Zerbib, Pa’had Yits’hak, p. 32. Sur la sagesse des personnes âgées, Elihou ben Barakhel, s’adressant à Iyob (Job), remarque cependant que les jeunes peuvent être plus sages que les anciens:

אָ֭מַרְתִּי יָמִ֣ים יְדַבֵּ֑רוּ    וְרֹ֥ב שָׁ֝נִ֗ים יֹדִ֥יעוּ חָכְמָֽה׃
אָ֭כֵן רֽוּחַ־הִ֣יא בֶֽאֱנ֑וֹשׁ    וְנִשְׁמַ֖ת שַׁדַּ֣י תְּבִינֵֽם׃
לֹֽא־רַבִּ֥ים יֶחְכָּ֑מוּ    וּ֝זְקֵנִ֗ים יָבִ֥ינוּ מִשְׁפָּֽט׃

 « Je disais : ‘Les jours parleront, et les années nombreuses feront connaître la sagesse. Toutefois, un esprit est dans l’homme, et le souffle du Tout-puissant leur donne le discernement. Ce ne sont pas les grands qui sont sages, ni les anciens qui discernent ce qui est juste » (Iyob 32, 7-9).

[19] R’ Simon Darmon (1995), Le livre de nos coutumes selon Ribach, Rachbats, Rachbach et R. Yéhouda Ayache. Séfer minhaguénou zé hachoul’han hé’hadach, avril; 2e édition, Jérusalem, nov. 543 p.

[20] R' Ibn 'Ezra, Piyout "Ben Adama". Trad. R’ Claude Brahami, L'arme de la parole. Kippour, p. 661.

[21] Pessa’him 54b

[22] « Et même s’il meurt jeune, Dieu le lui comptera comme s’il avait complété ses soixante-dix ans à condition qu’il se soit perfectionné chaque jour, Dieu ajoutant les bonnes pensées aux actes (T.B. Kidouchin 40a). Tout cela est valide quand l’homme s’efforce de racheter les fautes de sa jeunesse : il arrivera alors à la perfection et au monde à venir. Son but doit être de lutter contre l’impureté pour arriver à la victoire des quatre-vingts ans… ». « Le huitième jour vient aussi faire allusion à la perfection et la victoire sur le mauvais penchant dans  la perfection du huitième jour « qui est le monde à venir » R’ David ‘Hanania Pinto (5763), Pa’had David, volume Wayikra , pp. 80-84.

 

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