Les signes musicaux

(c) Hillel Bakis, 2009-... 

 

 Les signes musicaux

 

La tradition de chanter les livres bibliques est ancienne. On en trouve une mention dans la Torah, lorsque Moché donne l’instruction aux enfants d’Israël « d’écrire ce chant et de l’enseigner » וְעַתָּ֗ה כִּתְב֤וּ לָכֶם֙ אֶת־הַשִּׁירָ֣ה הַזֹּ֔את וְלַמְּדָ֥הּ אֶת־בְּנֵֽי־יִשְׂרָאֵ֖ל שִׂימָ֣הּ בְּפִיהֶ֑ם לְמַ֨עַן תִּֽהְיֶה־לִּ֜י הַשִּׁירָ֥ה הַזֹּ֛את לְעֵ֖ד בִּבְנֵ֥י יִשְׂרָאֵֽל׃  (Débarim 31,19). Il est question du chant הַֽאֲזִ֥ינוּ הַשָּׁמַ֖יִם, au chapitre 32 de Débarim.

Outre les voyelles (« points-voyelles »), le texte imprimé de la Bible comporte d’autres signes servant à indiquer la mélodie (plusieurs mots servent à les désigner : en hébreu té’amim au pluriel ; ta’amé hamikra  (טעמי המקרא -signes mélodiques de la lecture de la Torah) ; ou  ta’am au singulier ; tropp en yiddich ;  trope, neume, glyphe, en français).

La lecture du texte biblique relève de la Loi orale ; tant pour la lecture proprement dite (séparations entre versets, séparations entre mots, voyelles) que pour la cantilation (té’amim, signes de cantilation). « Moché répétait au peuple la Loi avec les mêmes sons et la même mélodie qu'il avait lui-même entendus de la bouche de Dieu » affirme le Midrach Yalkout Chim'oni [1].

Au retour de Babel, ‘Ezra a été mis en place le système mélodique pour la lecture publique de la Torah et du Tanakh. Cette lecture suit une tradition remontant aux prophètes et aux membres de la Grande Assemblée à qui l’interprétation de chaque mot a été révélée. Elle fut mise par écrit entre le 6ème et le 10ème siècle par l’école de Tibériade (Massorètes) [2].

Les té’amim ont une grande importance[3] ; leur connaissance est indispensable pour lire convenablement et comprendre la Torah.

Les signes mélodiques (té’amim) de la haftara sont ceux du système prosaïque de la Torah, (représentation graphique et noms). Mais ils se chantent sur un air distinct de ceux de la Torah, étant tout particulièrement mélodieux. Il existe cependant des haftarot qui se lisent sur un air particulier : celles lues pendant la période triste des trois semaines (ben amétsarim entre le jeûne du 17 tamouz et celui du neuf ab[4]).

L’apprentissage d’une haftara est grandement facilité aujourd’hui par suite de l’existence d’enregistrements téléchargeables au format numérique sur des sites internet, ou de haftarotes enregistrées sur Compact Discs (CD). On se refèrera par exemple aux enregistrements du Dayan Zermati א’’שליט[5], ou à des enregistrements disponibles sur plusieurs sites[6].

Voici à tire d’exemple, une adresse où télécharger la haftara de Béréchit chantée en té‘amimes tunisiens[7].

Certaines traditions de lecture des té’amim ont été transcrites au moyen de la notation musicale ordinaire afin de faciliter leur enseignement. Remarquons que les notes de musique se lisent alors de gauche à droite tout comme les noms des té’amim en caractères latins. Le nom des différents accents diffère selon le rite[8]. Voir par exemple : une tradition achkénaze[9]; une tradition yéménite [10].

 

 

 


[1] Cit. Karsenti D. (1991), « Présentation et description des accents de la cantilation biblique: les ‘te’amim’ », Kountrass, pp. 23-43.

[2] La tradition a été mise par écrit à partir du 6ème et jusqu’au 10ème siècle, par les sages de Tibériade (massorètes, nakdanim) afin de préciser la bonne manière de lire la Bible et éviter que ces connaissances relevant de la Torah orale ne se perdent par suite de la dispersion ; le mot Nakdanim vient de Nékoudah, ponctuation. La démarche est parallèle à celle qui a conduit à mettre par écrit la Michna plusieurs siècles auparavant. Ont été aussi enseignés le kéré (ce qui doit être lu) et le kétiv (ce qui est écrit dans le texte consonantique) ; la division des versets et des 54 sections, etc.

[3] « Imaginez, en français, quelqu'un qui lirait ou parlerait sans faire les pauses marquées par les signes de ponctuation : ce serait ridicule, comme s'il récitait une leçon ; ainsi, souvent, entend-on lire le texte de la Torah, les psaumes ou les prières. Simplement, parce que les gens n'ont pas appris à lire selon le sens donné par les té’amim. Et ils risquent alors de prier sans comprendre le sens de la phrase ni des mots »  (R’ Y. R. Dufour, Modia’, 2003).  L’importance de ces accents  se mesure à cet extrait d’un poème de Rabénou Tam זצ"ל : « Eloqim li maghén, béyadi tsar miguén, bé hétivi naguén mélakhim oumécharétim »  Eloqim me protège, et Il éloigne de moi tous les tourments ; je ferai de mon mieux pour enseigner les règles du chant des téâmim au sujet des mélakhim [signes de ponctuation] et des mécharétim [signes qui les accompagnent] cit. R’ Y. R. Dufour, Modia’, 2003.

[4] Entre l’anniversaire de la brisure des premières tables de la Loi suite à la faute du veau d’or et le 9 ab, jour de la faute des explorateurs (en entendant leur rapport, les enfants d’Israël pleurèrent sans raison) et anniversaire de la destruction des deux Temples (conformément à ce que Hachèm avait dit: « Vous avez pleuré sans raison, Je fixerai pour vous des pleurs pour toutes les générations » (Midrach).

[5] R' Zecharia Zermati, Roni vésimhi, L'enregistrement precis et inedit de toutes les Haftarot de l'annee selon les rites: Algerien- Algerois- Marocain, Editions Torat Emet. Douze CDs comprenant l'ecoute et l'apprentissage didactique de tous les Maftirim et Haftarot des 5 Livres de la Torah (fêtes et Chabbatot particuliers inclus), selon les lois des Sages d'Afrique du nord et les precisions du Rav Ich Matsliah. Une formation complete. Chantés selon les rites d'Algérie, du Maroc et de Tunisie sont postés sur le site de l’Institut Torat Emet, Jérusalem. Entendre un extrait: http://www.toratemet.net/21292/Haftara_haftarot_parasha_lecture_Torah 

[6] Voir

- Abdelhak, R’ Moché, Haftara Tétsavé, 41’58’’ (http://www.torah-box.com/search.php?q=haftara) ; Yitro, 45’25’’ (http://www.torah-box.com/search.php?q=haftara)

- Kadoche Yaniv, Haftara Térouma, (lecture selon les accents marocains), 06’51’’ (http://www.torah-box.com/rav/divers,42.php) ;

- Houzi Benjamin (http://www.alliancefr.com/judaisme/cyberthora/haftarah/).

Voir aussi :

- Ort : lien pour les té'amim ackénazes http://www.bible.ort.org/intro1.asp?lang=1 . Accès au chant des parachas et haftaras.  http://www.bible.ort.org/books/cant4.asp

- Alliance : lien http://www.alliancefr.com/judaisme/cyberthora/paracha/index.html . Sur cette page, accès possible aux pages parallèles dans le rite sépharade.

Autre site : http://parachat.free.fr/

[8] Voir liste et tableau de synthèse dans l’annexe 3 de notre ouvrage : Bakis H. (2009), La voix de Jacob, vol. 2.

[9] R’ Arthur A. Chiel (1971), Guide to Sidrot and Haftarot, Ktav Publishing House Inc., New York, 347 p., voir pp. 6-8. Consultable en ligne: http://www.hebrewbooks.org/33435. Voir G.R’ Dr. J.H. Hertz, Pentateuch and haftorahs, 2eme édition, Soncino Press, London (édition de 1962, pp. 1045-1048).

[10] Voir par exemple :   אלטביב, יחיא בן סלימאן  (1950), הפטריות לכל השנה, ירושליםhttp://hebrewbooks.org/31942, 298 p.

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