Types de haftarotes

 

Les différents types de haftarotes

 

Ce ne sont pas les Sages de la Michna (Tanïm) ou de la Guemara (Amoraïm) qui ont défini les versets des Prophètes choisis pour ces occasions. L’ordre de lecture établi n’étant pas fixé à ces époques. A l’époque de la clôture du Talmud, les Richonim indiquent qu’il n’existait pas un séder des haftarotes, mais chaque synagogue lisait à sa convenance des textes des Prophètes, dans lesquels était décelé un lien avec la Paracha

[1].  « C’est seulement durant la période des Guéonim que furent établis les lectures des Haftarotes, et là se situe l’origine de la diversité des coutumes entre les communautés séfarades, ashkénazes, yéménites ou italiennes. »[2]

 

Haftarotes reliées au sujet de la paracha hebdomadaire

L’extrait choisi comme haftara dans les livres des prophètes est généralement relié au texte de la section de la Torah lue publiquement devant l’assemblée (paracha). Cet extrait des prophètes présente des proximités thématiques, sémantiques ou lexicales avec le texte de la paracha.

C’est le type de haftarotes le plus connu, avec celui relatif aux lectures des moments particuliers de l’année. Chaque chabbat, un passage des livres des Prophètes (Nébiim) est lu publiquement, et son choix a reposé sur la proximité du sujet abordé, plus ou moins direct, avec le thème rencontré dans la Paracha de la semaine[3].

 

Haftarotes lues à certaines occasions

 

Semaines particulières du calendrier religieux (fêtes, Roch ‘Hodech, jeûnes, chabbat spéciaux).

Pendant certains chabbats[4] des versets lus dans les Prophètes sont choisis parmi ceux qui évoquent cette période de l’année. Ces haftarotes ne sont donc pas reliées directement à la paracha comme pour les chabbats ordinaires. Tel est le cas pour

- les haftarotes des chabbats des fêtes (chabbat H’ol hamo’ed Pessa’h ou chabbat H’ol hamo’ed Souccot) ;

- les quatre haftarotes lues avant Pessa’h (période dite des ‘Quatre sections’) :  chabbat chékalim, chabbat zakhor, chabbat para, chabbat ha’hodech  chabbat Hagadol ;

- les haftarotes lues à partir du 17 Tamouz jusqu’à Roch hachana, (on les désigne sous le nom d’haftarotes de consolation).

 

Outre ces deux catégories de haftarotes, auxquelles sont biens familiarisés les fidèles, il faut savoir que d’il a existé d’autres catégories de haftarotes. Nous les présentons ci-dessous. La plupart sont tombées en désuétude, mais d’autres survivent sous une forme ou une autre.

 Occasions de la vie familiale

Une coutume achkénaze: le chabbat ’hatan (Yicha’ya 61,9-62,9) 

 

Dans les pays de rites ashkénaze et italien une coutume veut qu’on lise une Haftara en l’honneur d’un marié, le Chabbat ‘hatan (Pour les Achkénazes, c’est le chabbat avant la date du mariage). Les communautés de rite italien lisent d’abord la haftara : Yicha’ya 61,9-62,9 suivie de la haftara de la semaine[5].

On avait l’habitude de lire le texte commençant par « Sous Assis » où des jeunes mariés sont mentionnés: שׂ֧וֹשׂ אָשִׂ֣ישׂ בַּֽיהוָ֗ה תָּגֵ֤ל נַפְשִׁי֙ בֵּֽאלֹהַ֔י כִּ֤י הִלְבִּישַׁ֨נִי֙ בִּגְדֵי־יֶ֔שַׁע מְעִ֥יל צְדָקָ֖ה יְעָטָ֑נִי כֶּֽחָתָן֙ יְכַהֵ֣ן פְּאֵ֔ר וְכַכַּלָּ֖ה תַּעְדֶּ֥ה כֵלֶֽיהָ׃ כִּ֤י כָאָ֨רֶץ֙ תּוֹצִ֣יא צִמְחָ֔הּ וּכְגַנָּ֖ה זֵֽרוּעֶ֣יהָ תַצְמִ֑יחַ כֵּ֣ן ׀ אֲדֹנָ֣י יְהוִ֗ה יַצְמִ֤יחַ צְדָקָה֙ וּתְהִלָּ֔ה נֶ֖גֶד כָּל־הַגּוֹיִֽם׃ « Tel un fiancé ornant sa tête d’un diadème, telle une jeune épouse se parant de ses joyaux… » (Yécha’yahou 61, 10-11).

Certains considèrent que la lecture de cette haftara du ‘hatan repousse l’extrait des prophètes lu un chabbat ordinaire, liée à la paracha de la semaine. D’autres considèrent que cette haftara habituelle des chabbats ordinaires ne peut être ignoré, et une coutume s’est parfois imposée : les deux haftarotes sont lues, l’une après l’autre[6]. C’est le cas pour la lecture dans les communautés italiennes[7].

Tout le monde s’accorde cependant pour reconnaître que la haftara du ‘hatan n’a pas la force de repousser les haftarotes lues lors des chabbat spéciaux (disposant d’une Haftara spécifique – celle d’un jour de fête par exemple). Dans ce cas, c’est la haftara prescrite qui est lue[8].

 

 Une coutume ancienne : A l’occasion du décès d’un Sage

Une ancienne coutume, voulait que la semaine du décès d’un érudit, soient lus, le passage relatant la mort du Cohen Eli et la capture de l’Arche de l’Alliance par les Philistins[9]. Dans ce passage il est mentionné גָּלָ֥ה כָב֖וֹד  מִיִּשְׂרָאֵ֑ל  « La gloire d’Israël s’est effacée » (I  Chémouel 4, 22)[10]. Après le décès de Rabbi Chérira Gaon, c’est R’ Haï Gaon, son fils, qui fut intronisé dans ses fonctions. A cette occasion la communauté lut des versets des Prophètes[11] : וַיִּקְרְב֥וּ יְמֵֽי־דָוִ֖ד לָמ֑וּת וַיְצַ֛ו אֶת־שְׁלֹמֹ֥ה בְנ֖וֹ לֵאמֹֽר׃  « Les jours de David approchaient de leur fin » (I Mélakhim 2, 1) – passage relatant le décès de David et l’intronisation, à sa suite, de son fils Chélomo ». Le Chabbat suivant la mort du Rambam, des communautés marquèrent l’événement par une lecture spéciale des Prophètes tirée du chapitre 1 du livre de Yéhochoua’ et qui comprend les mots évocateurs : « Moché Mon serviteur est mort »[12]. D’autres lurent des versets contenant les mots déjà cités plus haut : מִיִּשְׂרָאֵ֑ל  גָּלָ֥ה כָב֖וֹד  « La gloire d’Israël s’est effacée » (I  Chémouel 4, 22)[13] .

 

Traces d’anciennes lectures des prophètes dans le rituel

Rituel quotidien:  ouba Létsion

Il existe une coutume affirmant que, tous les jours, après la prière de Cha’harit, une lecture d’extraits des Livres des Prophètes se faisait après celle de la lecture de passages de la Torah[14]. Suivaient ensuite des extraits de la Michna et de la Guémara[15].

Ces dispositions furent modifiées pour ne pas prolonger le temps de l’office collectif[16] ; cependant, le souvenir en serait resté dans le rituel comme en témoigne, chaque jour de semaine l’inclusion des versets suivants tirés des prophètes (plus précisément de Yécha’yahou 59, 20-21) : וּבָ֤א לְצִיּוֹן֙ גּוֹאֵ֔ל וּלְשָׁבֵ֥י פֶ֖שַׁע בְּיַֽעֲקֹ֑ב נְאֻ֖ם יְהוָֽה׃ וַֽאֲנִ֗י זֹ֣את בְּרִיתִ֤י אוֹתָם֙ אָמַ֣ר יְהוָ֔ה רוּחִי֙ אֲשֶׁ֣ר עָלֶ֔יךָ וּדְבָרַ֖י אֲשֶׁר־שַׂ֣מְתִּי בְּפִ֑יךָ לֹֽא־יָמ֡וּשׁוּ מִפִּיךָ֩ וּמִפִּ֨י זַרְעֲךָ֜ וּמִפִּ֨י זֶ֤רַע זַרְעֲךָ֙ אָמַ֣ר יְהוָ֔ה מֵֽעַתָּ֖ה וְעַד־עוֹלָֽם׃  «Ouba Létsion Goél oulchavé fécha’ béya’akob, néoum H… Va-ani Zot Bériti otam amar H, rou’hi acher ‘alékha… ».

Cette lecture ne se fait pas le chabbat après l’office de Cha’harit car un passage des Prophètes (Haftara) est lu après la Torah. En revanche le passage « Ouba Létsion Goél… Va-ani Zot Bériti… » fut déplacé et introduit dans la prière de Min’ha.

 

Rituel de Min’ha, le chabbat 

 

 

Le texte “goalénou”, est lu dans certaines communautés originaires d’Afrique du nord [17] avant la téphila de Min’ha le chabbat. Certains voient dans ce texte le rappel d’une tradition ancienne où un extrait des prophètes était lu non seulement le matin du chabbat mais aussi l’après-midi[18].

Comme on a pu le constater, certaines traditions de lecture des haftarotes n’ont pas été maintenues de nos jours. Seules subsistent celles qui sont en relation avec la section hebdomadaire de la Torah, et celles qui sont relatives à "un évènement" marquant du calendrier (fêtes, jeûnes, chabbats spéciaux).

Parmi les autres haftara du passé, celle du chabbat ‘hatan est la seule à s’être maintenue dans certaines communautés.

 

 Des longueurs différentes

Mais existe-t-il une longueur idéale?  R’ Abudraham zatsal a enseigné en 1340 que la longueur préférée est celle de 21 versets afin de correspondre à ce qui est stipulé dans le Talmud (T.B. Megilla 23a).

Ce nombre 21 reflèterait  aussi  le minimum de trois versets pour être acquitté de la lecture pour chacun des sept hommes montant à la Torah (produit de 3 x 7). Ces remarques sont intéressantes en ce sens qu’elle viennent renforcer l’opinion déjà exposé de ce rabbin: la lecture de la haftara viendrait remplacer celle de la lecture publique de la Torah[19]. La communauté se rendrait de la sorte libre (patour) de la lecture de la paracha hebdomadaire. Mais cette longueur idéale n’est pas celle de la plupart des haftarotes actuelles.

A deux reprises des livres entiers sont lus comme haftara : c’est le cas du livre de ‘Obadia qui comprend le 21 versets qui composent l’intégralité de ce livre (haftara du chabbat Wayichla’h selon le rite séfarade); et ce celui de Yona (les quatre chapitres sont lus comme haftara l’après-midi du Yom Kippour).

 

 


[1] Echkol (Ed. Albak, Tome I p. 171), ainsi que dans le Késsef Michné Téfila, ch. 12, 12. Cit.  Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[2] Cité dans "Hamakhria" rapporté par Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[3] Cit. : Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[4] Situés au milieu des jours de Souccot et Pessa’h,  ou à certaines dates précises. La haftara  est dite : « Méein Haméora »

[5]  Sidour de coutume italienne :  סדר תפלות כמנהג איטאלייאני, 2010,  ירושלים, p. 69 (édition Hebrewbooks.org, p. 78).

[6]  Or’hot ‘Haïm, lecture de la Torah, 62 ; Aboudraham sur les Haftarot et Méïri. Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[7]  סדר תפלות כמנהג איטאלייאני, 2010, ירושלים , p. 69 (édition Hebrewbooks.org, p. 78).

[8]  Rama O.H. 428, 8.  Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[9] Passage se trouvant dans le livre de I Chemouel. Coutume instaurée par R’ Saadiya Gaon זצוק"ל - Cit. : Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[10] Chaaré Sim’ha du Maharits Geout t. II p. 68. Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[11] Cela à la suite d’une lecture spéciale de la Torah: יִפְקֹ֣ד יְהוָ֔ה אֱלֹהֵ֥י הָֽרוּחֹ֖ת לְכָל־בָּשָׂ֑ר אִ֖ישׁ עַל־הָֽעֵדָֽה׃  « Que Hachèm, D.  des esprits, [institue un chef] sur cette communauté » (Bamidbar 27, 16).  Selon Séfer You’hasin, ch. 3- Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[12] מֹשֶׁ֥ה עַבְדִּ֖י מֵ֑ת וְעַתָּה֩ ק֨וּם עֲבֹ֜ר אֶת־הַיַּרְדֵּ֣ן הַזֶּ֗ה אַתָּה֙ וְכָל־הָעָ֣ם הַזֶּ֔ה אֶל־הָאָ֕רֶץ אֲשֶׁ֧ר אָֽנֹכִ֛י נֹתֵ֥ן לָהֶ֖ם לִבְנֵ֥י יִשְׂרָאֵֽל׃  (Yéhochoua’ 1, 2)

Cela à la suite d’une lecture spéciale de la Torah : la section des bénédictions et des malédictions.  Selon Séfer You’hasin, ch. 3- Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5. Aboudraham, Séder Hahaftarot (Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5).

[13] Selon Séfer You’hasin, ch. 3- Cit.: Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[14] Rapportée par le Pardess (édition Erenreich, p. 1) et le Chibolé Haléket (ch. 44) - Cit. : Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[15] Cit. : Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5

[16] « Au fil des ans, cette coutume s’estompa conséquemment à la pauvreté qui s’étendait, et qui forçait chacun à se presser à chercher son gagne-pain », lit-on dans Méorot hadaf hayomi, N° 406, pp 4-5.

[17] Algérie, Libye et Tunisie, précise le sidour « Téphilat ha’hodech ».

[18] Voir : R’ David Settbon (2006), ‘Alé hadass,  Le livre des minhaguim tunisiens (2 vols.). Vol. 1. Minhaguim. Kiryat Séfer, 576 p., chap. 6, 54 (pp. 237-238 Ed. fr.).

[19] Rosenberg (2001)

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