Sciences et médecine

 

Sciences et médecine

 

En plus de leurs études de la Torah et du Talmud plusieurs Sages de Provincia ont fait avancer les connaissances en sciences et en médecine. 

 

Les mathématiques et l’astronomie furent leurs matières de prédilection. En plus des rabbins scientifiques ou médecins sélectionnés dans cet ouvrage, il a existé de très nombreux autres médecins et savants juifs en Provincia (1). Les recenser tous ne fait pas partie des objectifs de cet ouvrage: nous ne prétendons pas à l'établissement d'une liste exhaustive (2). 

Le rôle principal de la transmission des sciences arabes revient aux juifs, par l’intermédiaire des traductions en hébreu, latin etc., résumés surtout en hébreu, et œuvres originales, bien que basées sur des sources arabes (3). Or, par ses enseignements et ses œuvres, Rabbi Abraham ibn Ezra fut parmi les premiers à disséminer les connaissances des arabes et de la communauté judéo-espagnol aux juifs de Provincia dans les domaines des sciences, de la médecine et de la philosophie.

Nous sommes confondus par l’envergure des connaissances dans ces domaines profanes de certains rabbins de Provincia aux 13e et 14e siècles. Parmi ceux-là mentionnons les richonim Rabbi Lévi ben Guerchom, Rabbi Echtori HaPar’hi et Rabbi Yedaya HaPnini.

Les œuvres scientifiques des Sages de Provincia furent importantes non seulement pour les Juifs mais aussi pour les non – juifs. R' Echtori HaPar’hi (1280-1345) par exemple, alla à Montpellier à 19 ans pour étudier l’astronomie avec son oncle Jacob ben Ma’hir, et il a traduit le DeRemediis, œuvre médicale de prime importance de Armengaud Blaise. Or, puisque le texte latin a disparu, toute les traductions subséquentes de cette œuvre furent basées sur le texte hébreu d Echtori HaPar’hi.  Rabbi Lévi  ben Guerchom a préparé des tables astronomiques pour le pape. L’Almanach dudit  Jacob ben Ma’hir (1240-1308) en traduction latine fut utilisée par Dante dans sa Divine Comédie, et ses recherches furent citées avec respect par les fondateurs de l’astronomie moderne, Copernique et Kepler.

Enfin, la faculté de médecine à Montpellier fut influencée par des médecins juifs. En effet, parmi les médecins exerçant leurs fonctions à Montpellier on trouve Moïse ben Samuel ibn Tibbon (de la famille célèbre des traducteurs), Yedaya HaPnini et un des grands de la célèbre faculté de médecine – ce même Jacob ben Ma’hir (Profatius) -- talmudiste, traducteur important et savant brillant, de la famille des ibn Tibbon  et de Rabbi Mechullam ben Jacob, Roch Yeshiva de Lunel.

Le plus distingué et le plus original de tous les astronomes et mathématiciens juifs au Moyen Age fut Rabbi Lévi ben Guerchom (Ralbag, Gersonides, 1288-1344). Par ailleurs, non seulement ses commentaires sur la Torah occupe une place d’honneur dans les Mikraot Gedolot mais aussi exception faite de Maïmonide, il fut le philosophe juif médiéval le plus important. En tant que médecin il composa le Sefer Mich’ha sur un remède contre la goutte. Il traita de l’algèbre (Sefer Maaseh ‘Hochev), de la géométrie (commentaire sur les cinq premiers livres d’Euclid) et innova en trigonométrie (cinquième livre de Sefer Mil’hamot Hachem).

Ces Rabbins ne se contentèrent pas de transmettre des connaissances, iles furent des inventeurs et des pionniers scientifiques. Ralbag a mis au point un instrument (« le bâton de Jacob ») afin d’améliorer les mesures astronomiques. Ce faisant, il a découvert le principe de la camera obscura,  la chambre noire sur lequel est basée l’appareil photographique. Sous une forme de plus en plus perfectionnée, le bâton de Jacob servit pendant plusieurs siècles dans la navigation. C’est l’instrument qui accompagna les grands explorateurs de l’époque de la Renaissance, et auquel ils se fièrent pour leurs calculs. Vasco de Gama, Magellan et même Christophe Colomb s’en servirent. Il fut utilisé couramment pendant trois siècles par les  navigateurs et bien plus longtemps encore pour les cadastres. Enfin, selon le professeur (et Rabbin) Nachum Rabinovitch (4),  Gersonide fut le premier à utiliser la technique de l’induction mathématique d’une façon systématique

Pour ces érudits les sciences étaient d’une importance primordiale. Rabbi Abraham ibn Ezra affirmait que la maîtrise de ces sujets aide à l’étude de la Torah (Sefer Yessod Mora). Yedaya HaPnini de Béziers est allé plus loin. Il croyait que les sciences et la philosophie formaient un tout avec la Torah et le Talmud. Dans une lettre écrite pendant la controverse autour des œuvres de Maïmonide vers 1304 il déclara: « les Juifs de Provincia ne sauront pas renoncer à la science. C’est comme l’air qu’on respire. Même si Josué apparaissait pour nous le défendre, jamais ils n’accepteront de lui obéir, car ils se battent en pensant à tout l’honneur du grand maître (Rambam) et de ses livres. Et pour défendre sa sainte doctrine, ils sont prêts à mettre en jeu leurs biens » (5).

 

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NOTES

(1) Nous avons choisi de ne retenir qu'une cinquantaine de Sages, les plus importants de ceux qui ont contribué au limmoud Torah en Provincia et dont les enseignements sont encore disponibles de nos jours. 

(2) Ainsi en est-il par exemple pour R' Moïse ben Josuée de Narbonne (vers 1300-1362, Perpignan, Cerbère). Egalement nommé Mestre Vidal Bellshom ou Maestro Vidal Blasom. Ce rabbin catalan était aussi médecin (et également philosophe, exégète et traducteur).   Outre ses travaux sur le philosophe arabe Averroes, il est l'auteur d'un traité de médecine (Oraḥ Ḥayyim) et d'ouvrages rabbiniques. Parmi ces derniers, nous relevons: un commentaire sur  Le Guide des égarés (Vienna, 1852) ; un ouvrage sur la terminologie de ce même Guide des égarés: Perush mi-Millot ha-Higgayon; un commentaire sur les Lamentations; un traité sur le libre arbitre (Ma'amar bi-Beḥirah) écrit en réaction à l'ouvrage de R' Abner de Burgos sur le sujet (Iggeret ha-Gezerah) and publié à Metz (1849). Voir:  https://en.wikipedia.org/wiki/Vidal_of_Tolosa

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mo%C3%AFse_Narboni

http://www.jewishencyclopedia.com/articles/11109-moses-ben-joshua-of-narbonne-maestro-vidal-blasom 

 (note de l'éditeur)

 

(3) Selon le Professeur D. Romano. mano, David (1977), "La transmission des sciences arabes par les Juifs en Languedoc"    dans Vicaire et Blumenkranz (eds), Juifs et judaïsme en Languedoc, page 363.

 

(4) Archives for the History of Exact Sciences, vol. 6 (1970), pp. 237-248.

 

(5) Ketav HaHitnatslut, fin, dans Teshuvot HaRashba 318).

 

Pour citer l'ouvrage dont fait partie cette page (mise en ligne le 20 octobre 2015 à Montpellier):

Y. Maser (2015), Les Sages de la Provincia (2e éd.), Institut Rabbi Yesha’ya, Hotsaat Bakish, Montpellier. http://editionsbakish.com/node/1723 et suivantes

ISBN numérique: 979-10-90638-06-8.

 

 

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