Éliyahou Bakis
La couronne de son mari
Abrégé des lois de pureté familiale
עֲטֶרֶת בַּעְלָהּ

À propos de l'ouvrage
Auteur : Éliyahou Bakis, Enseignant et Mohel à Jérusalem
Éditeur : Éditions Bakish, 2021
Thème : Halakhot des lois de Nida et de pureté familiale
Préface
Par M. le Docteur Fabrice Lorin
Montpellier, 15 novembre 2020
À la lecture du livre d'Éliyahou Bakis j'ai beaucoup appris. S'il y a un objectif à un livre, c'est de nous apprendre — et cet objectif est atteint.
Voici un abrégé des lois de pureté familiale qui est une somme intellectuelle et qui reprend les halakhot du droit hébraïque. Le confinement lié à l'épidémie de Covid a conduit Éliyahou Bakis à éclairer le public sur cette thématique, et ce pour notre plus grand bien. Le lecteur apprend beaucoup : renforcement dans le respect de la Mitzva, processus de purification, mais aussi lois de « prises de distance » périodiques entre époux.
Auparavant je pensais que les lois de Nida étaient un domaine plutôt féminin, enseigné aux jeunes mariées par la Rabanit ou la Balanit dans les communautés. Qu'un homme réfléchisse et écrive sur ce sujet pouvait étonner. Mais dans l'histoire et dans les faits, ce sujet n'est pas un précarré féminin. Les hommes ont toujours été très impliqués — réponses rabbiniques aux questions posées par les fidèles, vérifications du sang, enseignement aux fiancés avant le mariage… À chaque époque les Poskim ont écrit des ouvrages sur ce sujet et ils consultaient les médecins si la nécessité se faisait sentir.
Pour la psychologie du couple, il est important que l'homme n'abandonne pas ce sujet à sa femme. Il pourra l'accompagner. Aussi, ne nous y trompons pas, La couronne de son mari est d'abord un hommage amoureux à l'épouse, véritable centre de gravité de la famille juive.
Certaines questions touchent à l'essentiel de la condition humaine juive : en situation extrême, dois-je privilégier la Mitzva de pureté familiale ou la première Mitzva de la Torah — croissez et multipliez — pour qui n'a pas encore engendré au moins un garçon et une fille ? Dois-je renoncer à la filiation, à la transmission, à la pérennité du peuple juif au nom de l'obéissance à un autre commandement ? La préséance est-elle à la pureté ou à la vie ? La ma'hloqet, la discussion est engagée et elle rejoint un débat plus général : si deux commandements s'opposent dans certaines conditions, auquel donner la priorité ? Par exemple le respect du Chabbat et celui de la circoncision du 8e jour.
L'auteur pose la question du droit ou du renoncement à la jouissance — une question centrale. Le juif est défié de choisir entre un processus primaire de désir pulsionnel avec satisfaction immédiate et un processus secondaire de retenue, d'ascèse et de sublimation. Notre société moderne met en avant l'individualisme et le droit à la jouissance en place des devoirs, des efforts et des obligations. Être orthopraxe n'est pas facile au XXIe siècle.
L'auteur pose ensuite la question de la construction d'un couple. Si la sexualité est une condition nécessaire, elle n'est pas une condition suffisante. La relation conjugale doit être plurielle, et la seule réduction au charnel apparaît dérisoire et au final une solution peu durable. Hélas ! Le trop grand nombre de divorces nous rappelle cette triste vérité.
Au-delà des arguments gynécologiques, Éliyahou Bakis insiste sur la fonction parentale et son dessein : mener les enfants vers une haute spiritualité. La transmission — une valeur juive essentielle. Me revient le célèbre aphorisme du Rabbi Na'hman de Breslav :
Oui, pensons au futur ! Et nos enfants sont le futur. L'anticipation est une valeur juive, car le judaïsme est une civilisation du temps plutôt que de l'espace.
Mais la figure centrale du livre, c'est le Mikvé puisqu'il conclut le processus de purification. Le Mikvé est un invariant, un linéament structurel au judaïsme. L'archéologie le recherche en priorité sur chaque site. Il est espace et temps. Espace pour la femme et assigné au temps de la femme — juste à l'intersection. Cet espace est une métonymie du corps de la femme. Un ventre gravide.
À chaque Tevila j'ai toujours été surpris par la dimension régressive de mes émotions. Comme un retour intra-utérin vers le temps des origines, vers le temps zéro. Une suspension dans l'eau et une suspension du temps. Peut-être s'agit-il du sentiment océanique décrit par Romain Rolland au Dr Freud en 1927 ? Un bain primordial afin de se purifier avant de renaître. Avec l'abolition du temps, le mikvé n'est dès lors plus qu'un espace, une immanence de quelques secondes…
Nous savons que toute construction bâtie est une représentation du corps propre de l'homme. Un dictateur à l'égo démesuré fera construire un bâtiment grandiose. À l'inverse, ne dit-on pas que le Temple est d'abord un temple intérieur ? Le judaïsme est passé par le désert et a appris à tout réduire aux fondamentaux. L'hébreu est une langue du désert. Plutôt que construire des pyramides, des palais, des murailles, des statues gigantesques, nous n'avons construit dans tous nos lieux de résidence — en Eretz Israël comme en exil — que l'essentiel absolu : le Mikvé. Le corps réduit à son essence symbolique : son creuset d'origine.
Le contexte de ce livre est l'épidémie de Covid. Elle touche l'humanité entière. Elle nous touche. « Dans l'histoire juive, la coïncidence n'existe pas », nous dit Elie Wiesel. En tant que président de communauté, l'épidémie et le confinement nous ont obligés à fermer les lieux communautaires et interrompre les rituels religieux. Synagogues, Mikvaot, enterrements sans 'Hevra Kadisha, sans famille ni amis…
Si la fermeture de synagogues n'a pas autant de conséquences que pour le christianisme — la prière solitaire dans une synagogue sans Minian est rarement pratiquée et le judaïsme est aussi une religion domestique — fermer les Mikvaot impacte directement la vie des femmes et les relations conjugales. Une femme non purifiée au Mikvé ne peut plus avoir de relations physiques avec son époux.
Nous avons dû prendre des décisions que nous savions impopulaires. La vie en était l'enjeu. וּבָחַרְתָּ בַּחַיִּים לְמַעַן תִּחְיֶה — « Et tu choisiras la vie afin que tu vives » (Deut. 30, 19). Nous sommes une religion de vie, un arbre de vie et un peuple vivant. Dès lors nous avons mis l'intérêt collectif au-dessus de tout intérêt particulier. Nous avons raisonné en médecin de notre communauté avec un unique objectif : préserver la vie. L'enseignement de Rabbi Na'hum nous a guidés : גַּם זוֹ לְטוֹבָה — Gam zou letova, « Ceci aussi est pour le bien » (Talmud, Ta'anit 21a).
Pour beaucoup, le confinement fut une épreuve personnelle. Nos proches ont été touchés et certains ont disparu. Les ressources économiques des familles ont été affectées. L'enfermement et la promiscuité dans de petits appartements, le télétravail tout en menant l'encadrement scolaire des enfants… le tout dans un climat de peur de la maladie et de la mort. C'est dans ce contexte d'épidémie que l'auteur pose la question de la vie juive, y compris dans des conditions extrêmes.
En raison de l'histoire familiale, cela m'a interrogé sur la vie des femmes en déportation. Comment les femmes déportées en camps de concentration ont-elles géré leurs saignements ? Erna Rubinstein, une Juive polonaise déportée à 17 ans, écrit à propos de son séjour à Auschwitz dans ses Mémoires publiées en 1986 : « Qu'est-ce qu'une femme sans splendeur sur la tête, sans cheveux ? Une femme qui n'a pas de règles ? » Le choc traumatique de l'arrivée au camp puis la dénutrition stoppaient les menstrues dès le 2e mois. Les jeunes femmes se pensaient désormais définitivement stériles. Les témoignages de rescapées rapportent qu'après la guerre, leurs cycles sont revenus avec la fécondité. Elles ont pu enfanter.
Et c'est un exemple de cette résilience incroyable du peuple juif comme de l'espèce humaine en général. Le roi Salomon écrivait dans les Proverbes :
Notre peuple en est l'illustration depuis plusieurs millénaires.
Une dernière remarque, en cette période de reconfinement, de couvre-feu, de révolte sociale, d'obéissance ou de désobéissance. Elle rejoint la question soulevée par Éliyahou Bakis sur l'obéissance aux Mitzvot. Socialement, nous sommes face à la dialectique entre liberté individuelle et discipline sociale. Si nous exigeons la protection, nous nous complaisons cependant dans la protestation et dans la méfiance. Big Mother pour nous protéger, Big Father contre lequel se révolter, et Big Brother aux manettes fantasmées de thèses complotistes souvent antisémites. Les combats politiques sont un jeu à somme nulle, une éternelle compétition.
Nous devons prendre de la hauteur, car nous ne nous en sortirons que collectivement. Le philosophe marrane Montaigne nous dit qu'il faut obéir aux lois, donc respecter la discipline sociale, mais nous devons toujours garder l'esprit libre :
Alors je vous souhaite une bonne lecture de ce livre d'Éliyahou Bakis, enfant de Montpellier devenu Mohel à Jérusalem, auteur et savant sur les traces de son père et Maître Hillel Bakis, et qu'HaShem nous protège !
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