Les trompettes de la liberté –

 

 

 

 

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Les trompettes de la liberté. Sur la paracha de Béha'alotekha

Par Rav Eliyahou Bakish [1]

Texte paru dans Actu J, mai 2025. Paris.

La paracha de Béha'alotekha mentionne deux trompettes d’argent (Nombres 10, 2). Leur son aigu et perçant guidait la communauté, signalant rassemblements, levées de camp ou événements sacrés. Elles symbolisent une gestion rigoureuse où chaque pas est guidé par D.ieu.

Notre paracha présente aussi un acte plus spontané : celui des demi-frères de Moché, Eldad et Médad (Targoum Yonatane sur Nombres 11, 26 ; Bamidbar Raba 15, 19). Dans un contexte où Moché est accablé par la charge de diriger seul (Nombres 11, 14), 70 sages sont désignés pour l’aider. Comme la division de 70 par 12 (tribus) ne donne pas un nombre entier, un tirage au sort entre 72 justes est organisé. Sur ces 72 personnes aptes à la fonction, seules 70 seront effectivement désignées (Sanhédrine 17a).

Afin de ne pas provoquer l’exclusion de deux sages, Eldad et Médad renoncent à cet honneur, acceptant le risque de ne jamais accéder à la prophétie (Rachi sur Nombres 11, 26). Hachem les récompense : alors que les 70 anciens prophétisent par l’intermédiaire de Moché — « Je prendrai de l’esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux » (Nombres 11, 17) — Eldad et Médad sont des prophètes indépendants. De plus, ils prophétisent en dehors de tout cadre officiel, au sein même du camp, à l’écart de la Tente d’Assignation.

Moché accepte la prophétie spontanée d’Eldad et Médad : « Puisse tout le peuple de D.ieu être prophète ! » Il réalise qu’un grand dirigeant suscite des leaders, car si le chef agit comme un parent, les suiveurs restent des enfants incapables de développer leurs propres compétences (Rav Jonathan Sacks). « Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Pourquoi les porter dans mes bras, comme une nourrice porte un nourrisson ? »

Si l’organisation stricte symbolisée par les trompettes est indispensable pour maintenir l’unité, elle ne doit pas étouffer la créativité spirituelle. Ce contraste révèle un équilibre subtil entre consignes et liberté.

Peut-on encadrer sans freiner ? Oui, mais la libre expression spirituelle exige, en retour, des fondations solides : connaissances, intégrité morale et fidélité à la halakha. Eldad et Médad, animés par leur sagesse, leur crainte de D.ieu et un amour sincère pour leur prochain, ont su atteindre ces sommets (Gilgoulé néchamot 1, 60 du Rama' mipano sur ‘Hagiga 3a).

Paradoxalement, c’est l’ordre qui rend possible la liberté spirituelle.

 

(c) Hotsaat Bakish et/ou R' Eliyahou Bakish, mai 2025

[1] Mohel, enseignant, auteur de plusieurs ouvrages, dont : La Couronne de son mari. Diffusion : BibliEurope, Paris.