Avec l’aide de D.
Sur le Korban Tamid
Par Shmouel Darmon
(notes de Hillel Bakis).
Dracha lors d’une séoudat mitsva après la brit-milah d’Ephraïm ben R' Eliyahou, Jérusalem, 18 août 2026.
A propos du sacrifice journalier (‘olat tamid), il est dit : שְׁנַ֥יִם לַיּ֖וֹם עֹלָ֥ה תָמִֽיד « Chenaïm léyom ‘ola tamid »[1].
La Torah aurait très bien pu se contenter du verset juxtaposé à celui-ci, en signalant qu’il faut sacrifier une brebis le matin, et une autre, au cours de l’après-midi. A priori, il n’était pas nécessaire d’énoncer de manière globale, qu’il faut en offrir « deux par jour » (chenaïm léyom).
La Torah veut nous enseigner quelque chose de plus. Un enfant d’Israël porte toujours deux signes : le Chabbat et la Brit Mila (durant la semaine, les Téfilines remplacent le signe du Chabbat). En effet, ces mitsvot sont appelées « ot », un signe. Si un garçon est circoncis le huitième jour (ou au-delà, si retard), c’est parce que dans Son amour pour le peuple d’Israël, Hachem a souhaité qu’en arrivant à la Berit Mila, le nouveau-né ait déjà à son actif au moins un Chabbat. Le jour de la Berit Mila, il pourra alors acquérir le second signe, en rentrant dans l’Alliance d’Avraham avinou. C’est là ce que la Torah veut nous dire, en parlant du nombre deux (chenaïm) : ce sont les deux signes. Dès le moment où l’enfant d’Israël acquiert ces deux signes, il se positionne du côté du jour, et non du côté de la nuit.
En effet, le fait d’être incirconcis implique l’existence d’un voile qui recouvre l’âme, en l’empêchant de briller pleinement. En retirant la ‘orla, le nouveau-né est éclairé par la venue d’une lumière et d’une sainteté spéciale, qui relève du jour. Grâce aux deux signes (Berit Mila et Chabbat/Téfillines), l’enfant d’Israël possède les outils lui permettant de gravir les échelons de la spiritualité.
C’est pourquoi la Torah déclare à la fin du verset précité : « ola tamid », littéralement « elle monte constamment ». Il s’agit de l’âme qui progresse de niveau en niveau, grâce à l’impulsion donnée initialement.
On peut y trouver une allusion dans le mot « yom ». La lettre Vav, centrale, vaut 6. Elle représente les six premiers jours profanes du nouveau-né. La lettre Mem finale correspond au Chabbat, parce que ce jour représente Mekor (mot qui débute par la lettre Mem), la source de la bénédiction. [La forme carrée et fermée de tous les côtés rappelle le te’houm Chabbat[2]] Il correspond au premier Chabbat du nouveau-né. Enfin, la lettre Youd, mise en avant puisqu’elle débute le mot, correspond au huitième jour. Nos maîtres nous enseignent que la lettre Youd correspond à Yessod, le fondement de la vie, là où s’effectue la circoncision[3].
D’après une autre lecture, il convient de lire l’expression « chenaïm léyom » de la façon suivante : deux pour « youd et mem final ». Ce sont les deux signes, car la lettre Youd correspond à la Berit Mila, tandis que le Mem final est corrélé au Chabbat. Toutefois, que fait-on du Vav central du mot « yom » ? La lettre Vav correspond aux six jours profanes, au cours desquels nous mettons les Téfilines (l’autre signe), constituées de lanières, ces dernières étant représentées par la lettre Vav. Pour quelle raison le Vav est-il associé aux Téfilines ? La lettre Vav est double[4], et sa forme rappelle les deux lanières qui pendent, en provenance des Téfilines de la tête. De plus, quand on positionne l’un des Vav horizontalement, et le second Vav verticalement, on fabrique un Dalet[5], ce qui n’est pas sans rappeler le nœud des Téfilines de la tête. De plus, le Dalet vaut 4[6], ce qui renvoie au carré qui a quatre côtés, ce qui fait allusion aux boîtiers de forme carrée des Téfilines. En outre, le chiffre 4 rappelle aussi les 4 compartiments des Téfilines de la tête. De plus, l’écriture développée Vav Vav vaut 12[7], ce qui renvoie aux douze points de couture situés sous le boîtier des Téfilines de la tête[8].
Tout cela correspond au secret du prénom Efraïm[9]. Pour quelle raison ? La lettre Aleph est décomposée en trois parties, soit un Youd supérieur, un Vav médian, et un Youd inférieur qui a la forme d’un Dalet, d’après le Ari zal[10]. Il est donc possible de substituer le Aleph à la lettre Youd. Les trois lettres centrales de Efraïm, soit le Pé, le Rech et le Youd, forment le mot « péri », un fruit. Il renvoie à la Brit Mila, car la coupure est faite dans le corps de l’homme, à l’endroit où l’homme produit des fruits. La Brit Mila est également associée à la lettre Vav, en rapport avec Yessod, la sixième Séfira depuis Hessed. Enfin le Mem final d’Efraïm est identique au Mem final du mot « yom ». Ainsi, dans cette perspective, le verset du korban Tamid s’éclaire d’un nouveau sens : « chenaïm léyom » devient : « les deux [signes] pour Efraïm, ce qui permet à son âme « ‘ola tamid », de monter constamment.
Ainsi, en vertu de ces enseignements, qu’Hachem élève toujours Efraïm de niveau en niveau, et qu’il fasse de lui la joie de ses parents et de ses grands-parents, amen.
NOTES
(de Hillel Bakis)
…את קרבני לחמי לאשי ריח ניחוחי תשמרו להקריב לי במועדו
את הכבש אחד תעשה בבוקר ואת הכבש השני תעשה בין הערבים
« Ceci est le sacrifice que vous aurez à offrir à l'Éternel: des agneaux âgés d'un an, sans défaut, deux par jour, holocauste perpétuel. Un de ces agneaux, tu l'offriras le matin; le second, tu l'offriras vers le soir » (Bamidbar 28, 3-4). Le Korban Tamid est le premier et le dernier sacrifice quotidien dans le Temple. Il symbolise la constance du service divin.
[2] Notion définissant la limite maximale au-delà de laquelle on ne peut pas marcher pendant Chabbat en dehors d’une ville ou d’un lieu d’habitation. Source : רְא֗וּ כִּֽי־יי נָתַ֣ן לָכֶ֣ם הַשַּׁבָּת֒ עַל־כֵּ֠ן ה֣וּא נֹתֵ֥ן לָכֶ֛ם בַּיּ֥וֹם הַשִּׁשִּׁ֖י לֶ֣חֶם יוֹמָ֑יִם שְׁב֣וּ | אִ֣ישׁ תַּחְתָּ֗יו אַל־יֵ֥צֵא אִ֛ישׁ מִמְּקֹמ֖וֹ בַּיּ֥וֹם הַשְּׁבִיעִֽי: « voyez que l'Éternel vous a donné le sabbat ; c’est pourquoi Il vous donne au sixième jour du pain pour deux jours. Que chacun reste à sa place, que personne ne sorte de chez soi le septième jour » (Chémot 16, 29).
[3] L’auteur fait référence aux liens entre la lettre Youd, le Yessod, et la Brit‑Milah. Dans sa lecture symbolique, la lettre Youd — placée en tête du mot yom/jour— renvoie explicitement à la Brit‑Milah. le Youd ne se contente pas d’ouvrir le mot : il en révèle la dimension profonde, celle du pacte de vie inscrit dans la chair. En effet, nos maîtres expliquent que la lettre Youd
- représente la goutte de vie, la contraction du divin, et le canal de transmission ;
- correspond à la Sefira de Yessod, le fondement même de la vie, lieu où s’accomplit la circoncision. Dans la tradition kabbalistique, Yessod = Brit = fondement de la vie, car c’est la Sefira qui représente la transmission de la vie, et la circoncision est le signe physique de cette fonction spirituelle.
[4] La lettre Vav est double. L’orthographe du mot vav est vav vav.
[5] Voir : Hillel Bakis avec la participation de Shmouel Darmon (2025), Une dimension méconnue de l'infini de la Torah : les lettres hébraïques et leurs forces ». Ce livre explore la symbolique, l'énergie cachée et la dimension mystique des lettres de l'alphabet hébraïque dans la tradition juive.
[6] Valeur numérique de la lettre Vav.
[7] Valeur numérique des deux lettres Vav.
[8] Les 12 coutures sont une halakha le-Moshe mi-Sinaï concernant la manière de fixer le boîtier, et la tradition les relie aux douze tribus. Les Téfilines de la tête correspondent aux mo’hin (forces intellectuelles), qui se déploient en douze canaux spirituels. Les douze coutures matérialisent ces douze conduits de lumière et font allusion aux douze permutations du Tétragramme.
[9] Le prénom Efraïm (אֶפְרָיִם) plonge ses racines dans le verbe hébraïque פר״ה, “porter du fruit, se multiplier”. Lorsque Yosef nomme son fils, il explique : “Car Dieu m’a fait fructifier (הִפְרַנִי), établissant explicitement ce lien (Béréchit 41, 52). Le Youd inséré dans le nom en amplifie le sens : Efraïm n’évoque pas seulement la fécondité, mais une fécondité accrue, une abondance qui se déploie au‑delà du simple accroissement. Le nom devient ainsi l’expression d’une bénédiction qui fructifie et se multiplie.
[10] Voir : Hillel Bakis avec la participation de Shmouel Darmon (2025), Une dimension méconnue de l'infini de la Torah : les lettres hébraïques et leurs forces ».
© Editions Bakish et/ou Shmouel Darmon. Août 2026