Une partition de musique. Commentaire sur II Mélakhim 3,15

Dracha pour le premier hazguir du père de l’auteur

par Hillel Bakis (2003, Région parisienne)

שְׂאוּ-יְדֵכֶם קֹדֶשׁ;    וּבָרְכוּ, אֶת- יְיָ.

(Téhilim 134, 2) [1]

וְעַתָּ֖ה קְחוּ־לִ֣י מְנַגֵּ֑ן וְהָיָה֙ כְּנַגֵּ֣ן הַֽמְנַגֵּ֔ן וַתְּהִ֥י עָלָ֖יו יַד־ יְיָ ׃

« Et maintenant, amenez-moi un musicien. Et, tandis que le musicien faisait de la musique, l’esprit de Hachèm s’empara du prophète » (I.I Mélakhim 3,15)

Ces mots du prophète Elicha’ (Elisée)[2] font allusion à la musique et au musicien dans une page du second livre des Rois.

C’est pourquoi cette dracha[3] est dédiée à la mémoire de mon père et maître Ya’akov Bakis ז"ל qui était musicien. Amateur de solfège et de musique instrumentale, il aimait aussi lire les Téhilim et chanter des pièces de la liturgie juive. Chaque occasion était bonne pour cela. Lors des anniversaires de ses petits-enfants, il entraînait les présents à chanter divers airs dont : Baroukh habah (fin du hallel), ygdal élokim ‘Haï, Bar-Yo’haï…

Yéhochafat (Josaphat), roi de Yéhouda était parti en guerre contre le Roi de Moab. Allié de Yéhoram (Joram) Roi d’Israël et du Roi d'Edom, Yéhochafat était en grande difficulté. L’armée s’était égarée dans le désert et l’eau manquait après sept jours de marche. Les troupes allaient perdre la bataille. C’est alors que le Roi de Yéhouda souhaita consulter Hachèm ית"ש. Les trois rois se rendirent chez Elicha’, disciple du prophète Eliyahou et prophète lui-même, car Yéhochafat voulait entendre la parole divine et savait qu’elle était sur les lèvres d’Elicha’. A cette époque et depuis la mort de Chélomo, la Terre d’Israël était divisée en deux royaumes. Le royaume d’Israël avait pris pour capitale Samarie ; ses rois avaient dressé des idoles dans un temple construit dans cette ville et ils avaient entraîné leur peuple au péché. Yéhoram était un très grand pécheur et il agit mal aux yeux d’Hachèm (II Mélakhim 3, 2)[4].

Elicha’, à qui il était demandé de faire connaître la parole divine, était contrarié à ce moment précis et, en conséquence, il n’était pas en condition pour prophétiser à cause de la colère qu’il ressentait contre le Roi d’Israël. Par égard pour le Roi de Yéhouda, Elicha’ accepta cependant la mission qui lui était confiée, mais il lui fallait se mettre en condition pour recevoir l’inspiration prophétique.

וְעַתָּ֖ה קְחוּ־לִ֣י מְנַגֵּ֑ן « Et maintenant, amenez-moi un musicien ». Elicha’ demanda qu’on lui joue de la musique : il eut besoin de se rendre joyeux à cause de la colère qu’il éprouvait envers le Roi d’Israël. « Et si, à cause d’une colère, il eut besoin d’un musicien pour que la prophétie s’établisse sur lui, à plus forte raison quand l’homme s’installe dans l’affliction des souffrances, si tel est le cas, où donc trouvera-t-il en lui une attache avec son D.ieu ? »[5]

Du fait de cette intention, la joie qu’Elicha’ éprouvait alors était la « joie d’une mitsva »[6]. Après quoi, וְהָיָה֙ כְּנַגֵּ֣ן הַֽמְנַגֵּ֔ן  « tandis que le musicien jouait de son instrument »וַתְּהִ֥י עָלָ֖יו יַד־יְיָ ׃  « l'esprit de Hachèm s'empara du prophète » et il prophétisa[7]. Il dit alors : « Ainsi a parlé Hachèm : Creusez dans ce torrent cavités et cavités. Ainsi dit Hachèm: Car vous ne sentirez pas de vent et vous ne verrez pas de pluie et cependant ce torrent sera rempli d'eau et vous aurez à boire, vous, vos troupeaux et vos bêtes. C'est encore trop peu aux yeux de Hachèm : il livrera aussi Moab en votre pouvoir » (II Mélakhim 3, 15-18)[8]. Comment comprendre ce passage biblique ?

Premier niveau d’explication

Chanter ou jouer un morceau de musique met l’individu dans une humeur joyeuse[9]. Grâce à la musique, Elicha’ a pu recevoir la présence divine et transmettre sa parole. En demandant de la musique, Elicha’ suivait au fond l’illustre exemple du Roi David qui enseigne : la musique peut apporter l’inspiration nécessaire pour une élévation spirituelle de l’individu qui l’écoute. Les Téhilim font aussi l’apologie du cœur joyeux[10].

La joie inspire le prophète et le poète וַֽאֲנִ֤י ׀ בְּחַסְדְּךָ֣ בָטַחְתִּי֮  יָ֤גֵ֥ל לִבִּ֗י בִּֽישׁוּעָ֫תֶ֥ךָ אָשִׁ֥ירָה לַֽיְיָ  כִּ֖י גָמַ֣ל עָלָֽי׃ « Mais, moi, je suis assuré dans ton chérissement. Mon cœur s’égaye dans ton salut » (Téhilim 13, 6)[11]. Les Sages חז"ל enseignent ce qui suit lorsqu’ils expliquent les indications se trouvant au début de certains psaumes[12]. Lorsqu’un psaume commence par les mots מִזְמוֹר לְדָוִד ‘Lédavid, Mizmor’ (Pour David, un cantique) : alors, cela signifie que « la Chékhina s'est arrêtée sur lui et qu'ensuite il a chanté »[13]. La situation est inverse lorsque le psaume commence par les mots לְדָוִד מִזְמוֹר ‘Mizmor lédavid’ (un cantique, pour David) cela a pour signification que David s'est d’abord mis à chanter, puis « la Chékhina s'est arrêtée sur lui. »[14] Notons que parmi les dix termes de louanges du livre des Téhilim[15], plusieurs concernent directement la musique : mélodie נגון, cantique מזמור, chant שיר. On pourrait même élargir cette remarque à la plupart des termes utilisés, comme étude, prière ou actions de grâces qui sont inséparables de leurs mélodies.

Le Talmud enseigne encore à propos des paroles bibliques וְעַתָּ֖ה קְחוּ־לִ֣י מְנַגֵּ֑ן: « ‘Je loue quant à moi la joie’ : c’est la joie que l’on éprouve en pratiquant un commandement religieux. Ce que dit le Roi Chélomo (לִשְׂח֖וֹק אָמַ֣רְתִּי מְהוֹלָ֑ל וּלְשִׂמְחָ֖ה מַה־זֹּ֥ה עֹשָֽׂה׃ « A la joie [j’ai dit] : A quoi sers-tu ? »[16]) fait allusion à l’euphorie ressentie dans l’accomplissement d’un acte qui n’est pas religieux. Cela enseigne « que la présence divine ne réside ni après un état de mélancolie, ni de paresse, ni de rire, ni de moquerie, ni de gaîté, ni après une discussion banale, mais après une joie résultant de l’accomplissement d’une pratique religieuse, comme il est dit : ‘Et maintenant, amenez-moi un musicien’. Tandis que celui-ci jouait de son instrument, l’esprit de Hachèm s’empara de lui »[17]. R’ Yéhouda enseigne au nom de Rab que la joie facilite l’étude. Elle modifie les performances de l’individu[18]. Son efficacité va au-delà : elle modifie l’humeur voire l’inconscient, puisque le Talmud affirme au nom de R’ Na’hman que la joie suscite des rêves heureux.

Conclusions pratiques. En temps normal, il convient de ne pas se laisser envahir par la tristesse ou se complaire dans la mélancolie. Après les périodes douloureuses qui suivent la perte d’un être cher ח"ש, il faut se résoudre à mettre fin à la période de deuil, après le temps fixé. Comme l’écrit justement R’ Marc Bauer: « La mort a ses droits, mais des droits qui doivent connaître des limites… Sachons retourner courageusement vers la vie qui attend de nous des réalisations nouvelles. »[19] Voilà donc un premier niveau de sens des mots Ve-haya kenaguen ha-menaguen.

Second niveau d’explication

On sait que la parole biblique véhicule plusieurs niveaux de sens, comme un diamant qui décomposerait la même lumière en soixante-dix éclats. Soyons donc plus attentifs à propos de la traduction de «Ve-haya kenaguen ha-menaguen ». Ces mots, que disent-ils aussi ? Tels qu’ils apparaissent dans ce verset, leur traduction serait plutôt : « Quand le musicien devenait musique ! », si on suit la lecture de R’ Akiva Tatz[20]. Lorsque le musicien, le virtuose, atteint un niveau d’inspiration exceptionnel, il devient musique pour ainsi dire : on ne peut plus distinguer entre ce qui revient à ses mouvements physiques, aux caractéristiques de son instrument, à la partition qu’il interprète. Tout concourt à la perfection qu’il offre à ceux qui l’écoutent[21]. Il est musique !

נָ֘כ֤וֹן לִבִּ֣י ﭏ־הִים נָכ֣וֹן לִבִּ֑י    אָ֝שִׁ֗ירָה וַֽאֲזַמֵּֽרָה׃

ע֤וּרָה כְבוֹדִ֗י ע֭וּרָ֥ה הַנֵּ֥בֶל וְכִנּ֗וֹר    אָעִ֥ירָה שָּֽׁחַר׃

Mon cœur est ferme, ô D.ieu ! Mon cœur est ferme ! Je chanterai et chanterai ! Éveille-toi, mon âme ; éveillez-vous, harpe et lyre; j’éveillerai l’aube ! (Téhilim 57, 8-9).

 

« Quand le musicien devenait musique ! » Alors, le prophète véhicule la parole divine[22]! Avec la musique, la beauté est perceptible dans ce monde[23]. La tradition affirme même que le chant donne une force considérable à l’étude de la Torah[24] et à la prière[25]; il a une relation directe avec la fin de l’exil, comme il est dit

אָ֣ז יָשִֽׁיר־מֹשֶׁה֩ וּבְנֵ֨י יִשְׂרָאֵ֜ל אֶת־הַשִּׁירָ֤ה הַזֹּאת֙ לַֽיְיָ וַיֹּֽאמְר֖וּ לֵאמֹ֑ר אָשִׁ֤ירָה

« Alors, chantera Moché et les fils d'Israël ce chant… » (Chémot 15,1).

Avec chaque bonne action effectuée pendant la vie, tout être humain produit une sorte de musique qui s’élève harmonieusement vers le Créateur[26]. Comme le Roi David et toute la Maison d’Israël lorsqu’ils escortèrent l’arche de Hachèm ית"ש, poussant des cris de joie et faisant sonner le son du cor[27], tout être humain rend grâce à D.ieu par chacune de ses bonnes actions. L’ensemble des bonnes actions d’une vie révèle la beauté de l’âme. Cette beauté-là est supérieure à celle de la musique : perceptible dans ce monde-ci, elle l’est également dans le monde à venir.

Le morceau de musique joué par mon père, de mémoire bénie, s’est, hélas, achevé le 22 Ab 5762. Mais le musicien seul a disparu ! Sa musique subsiste[28] et chante à travers son souvenir ! De même qu’un musicien d’aujourd’hui peut interpréter les partitions des grands musiciens d’autrefois, il est toujours possible de faire vibrer en ce monde l’harmonie de la partition musicale jouée par Ya’akov Bakisז"ל : celle d’un homme juif respectueux de la Torah et qui aimait célébrer D.ieu par le chant[29]. Que cela soit une consolation pour ceux qui l’ont aimé, fortifiant chacun dans la pratique des mitsvots et l’attente du Messie, bientôt et de nos jours. Amen ![30]

Instruments de musique du temps de la Bible

Mosaïque décorant la synagogue « la Griba » d’Acco. 2010


NOTES 

[1] En exergue à cette dracha je dédie à mon père une remarque sur son patronyme בקיש formulée par le Gaon R’ David Abouhatsira א’’שליט. "Chaque lettre de ce nom correspond à une des initiales des mots d'un verset : בקיש c’est שְׂאוּ-יְדֵכֶם קֹדֶשׁ; וּבָרְכוּ, אֶת יְיָ" 'Levez vos mains au sanctuaire, bénissez Hachèm' (Téhilim 134, 2)». R’ David Abouhatsira א’’שליט a fourni ces explications en montrant le mot בקיש de « éditions Bakish »  בקיש הוצאת sur la couverture de notre édition des Fragments de R’ Yécha’ya Bakish זצ"ל  que je lui remettais (entrevue à son beth hamidrach, Naharia, août 2005). Cette indication suit une règle classique d’interprétation rabbinique à partir de la décomposition d’un mot en lettres, initiales d’autres mots (raché tévot ; notarikon). Le Ps 134 est le dernier des Téhilim de la série des quinze Chir haMa’alot correspondant à la montée des 15 marches du Temple de Jérusalem par les Lévites.

[2] Elicha’ s’était mis au service d’Eliyahou le Prophète, comme il est dit :אֱלִישָׁ֣ע בֶּן־שָׁפָ֔ט אֲשֶׁר־יָ֥צַק מַ֖יִם עַל־יְדֵ֥י אֵֽלִיָּֽהוּ׃ « qui a versé l'eau sur les mains d’Eliyahou » (II Mélakhim 3,11).

[3] Hazguir, Synagogue Ben Ich ‘Haï, Communauté de Choisy-le-Roi – Orly – Thiais, Val-de-Marne- 22-23 Sivan 5763.

[4] Mélakhim = Livre biblique des Rois.

[5] R’ Simon Labi, Ketem Paz, 349b-350a, cit. Ch. Mopsik, note 15, p. 61, Zohar, tome 3, Verdier 1991

[6] Rachi, cit. Talmud Babli (T.B.) Chabbat, éd Safra, p. 30b3

[7] וַיֹּ֕אמֶר כֹּ֖ה אָמַ֣ר יְיָ עָשֹׂ֛ה הַנַּ֥חַל הַזֶּ֖ה גֵּבִ֥ים ׀ גֵּבִֽים׃ כִּֽי־כֹ֣ה ׀ אָמַ֣ר יְיָ לֹֽא־תִרְא֥וּ ר֨וּחַ֙ וְלֹֽא־תִרְא֣וּ גֶ֔שֶׁם וְהַנַּ֥חַל הַה֖וּא יִמָּ֣לֵא מָ֑יִם וּשְׁתִיתֶ֛ם אַתֶּ֥ם וּמִקְנֵיכֶ֖ם וּֽבְהֶמְתְּכֶֽם׃ וְנָקַ֥ל זֹ֖את בְּעֵינֵ֣י  יְיָ וְנָתַ֥ן אֶת־מוֹאָ֖ב בְּיֶדְכֶֽם׃ La Bible du Rabbinat français traduit וְנָקַ֥ל זֹ֖את בְּעֵינֵ֣י  par "C'est encore trop peu aux yeux...".

[8] Traduction : Bible du Rabbinat français, 1966, Colbo, Paris.

[9] Certains airs peuvent susciter tristesse ou émotions diverses ; ici, la musique dont on parle est joyeuse.

[10] Ps. 13, 6 ; Ps. 16, 9 ; Ps. 28, 7 ; Ps. 84, 3.

[11] Trad. A. Chouraqui.

[12] Il s’agit des premiers mots de certains Téhilim, mots donnant des indications relatives à l’instrumentation ou au chant accompagnant les paroles. Ainsi « Les cantiques qui contiennent les mots Nitsouah et Nigoun ont trait au monde à venir. Le terme Maskil indique la nécessité d'un interprète ». Ils sont interprétés comme venant de Natsat (vaincre) et Goun (protéger) T.B. Pessa’him 117a.

[13] לדוד מזמור מלמד ששרתה עליו שכינה ואחר כך אמר שירה T.B. Pessa’him 117a.

[14] מזמור לדוד מלמד שאמר שירה ואחר כך שרתה עליו שכינה - T.B. Pessa’him 117a.

[15] Triomphe ניצוח, chant נגון, intelligence משכיל, cantique מזמור, chant שיר, bonheur אשרי, louange תהלה, prière תפלה, action de grâce  הודאה, Halélouia הללויה. « Et le plus grand de tous, c’est Halélouia qui contient le Nom [de D.ieu] et [Sa] louange regroupés ensemble [donc un composé de deux mots distincts] » R’ Yéhochoua’ ben Lévi, cit. Pessa’him, trad. R’ I. Salzer, Verdier, 1986, t. 2, p. 357). On lit dans le Zohar hakadoch : « Quand David eut l'inspiration concernant la guéoula (libération finale), il composa (tiqén) les dix sortes de chants qu'il y a dans les psaumes. » (I Zohar 23b, cit. R’ Dufour) « Il composa ces 10 sortes de psaumes quand il a vu qu’Israël faisait téchouva (retour à la Torah) avec joie. » Tiqouné Zohar, Zohar 'hadach 167a et 23b cit. R’ Dufour).

[16] Kohélèt 2, 2.

[17]Talmud babli, Chabbat, 30b. Trad. D. Elbèze, Colbo, 1972, Paris, p. 101 – ושבחתי אני את השמחה שמחה של מצוה ולשמחה מה זה עושה זו שמחה שאינה של מצוה ללמדך שאין שכינה שורה לא מתוך עצבות ולא מתוך עצלות ולא מתוך שחוק ולא מתוך קלות ראש ולא מתוך שיחה ולא מתוך דברים בטלים אלא מתוך דבר שמחה של מצוה שנאמר (מלכים ב ג) ועתה קחו לי מנגן והיה כנגן המנגן ותהי עליו יד ה'  . Voir aussi : T.B. Pessa’him 117a. « La présence divine ne se manifeste pas lorsqu’on se laisse aller à la paresse ou à la tristesse, à la plaisanterie, à la frivolité, ou aux paroles futiles mais [elle se manifeste] seulement grâce à la joie mise à accomplir un commandement » (II Mélakhim 3, 15).

[18] « Comment la puissance supérieure pourrait-elle être attirée par un être triste et s’établir sur elle, alors qu’elle est préoccupée par ses maux et ses souffrances A cause de ses soucis, cette personne est tenue à l’écart de toute perception spirituelle car la puissance supérieure n’advient qu’à travers la joie du corps, puisque les forces psychiques dépendent des forces corporelles qui sont leur siège ? » R’ Simon Labi, Ketem Paz, 349b-350a, cit. Ch. Mopsik, note 15, p. 61, Zohar, tome 3, Verdier 1991

[19] « Le deuil du Juif recule toujours devant les nécessités impérieuses de la vie et devant les exigences matérielles que comporte la mort d'un proche. Ainsi, le premier devoir d'Abraham se présente‑t‑il sous la forme de la recherche d'une sépulture digne. Le deuxième sera celui du mariage du fils. De l'un et de l'autre ressort le principe de ne jamais laisser déborder la douleur, le chagrin, si légitimes qu'ils soient. Il est infiniment caractéristique que le deuil juif soit limité dans notre pratique à sept jours, ni plus ni moins ». R’ Marc Breuer, La thora commentée, Keren haSépher ve haLimoud, 1969 (rééd. 2001), ‘Hayé Sarah

[20] Traduction de R’ Akiva Tatz (2001), La trame de la vie, Targum Press, Jérusalem, pp. 167-171 (les développements ci-dessus sont inspirés de ces pages).

[21] « La musique est une expression de l'harmonie parfaite entre des éléments séparés, harmonie nécessaire pour la réalisation d'une nouvelle entité, d'une nouvelle expérience. C'est là la condition requise par la prophétie, considérer les différents éléments de la vie matérielle, pour les employer comme réceptacles de la sainteté, de la révélation » R’ Akiva Tatz (2001), La trame de la vie, Targum Press, Jérusalem, p. 170.

[22] Peut-être pourrait-on en dire autant pour le lecteur du sépher torah, immergé dans le processus de lecture et l’assemblée qui l’écoute avec attention. Tous accèdent alors à une autre dimension. Le texte de la Torah ne se lit pas ; il est chanté au moyen des signes de cantilation dont la mélodie est méticuleusement transmise de génération en génération. Le lecteur de la Torah est aussi un chanteur, peut-être peut-on lui appliquer ces mots : «Ve-haya kenaguen ha-menaguen » et donc comprendre que, pendant que le lecteur de la Torah lit, il « devient musique », accédant - et faisant accéder l’assemblée - à la perfection de la Torah.

[23] D’où la nécessité, pour les officiants, de s’efforcer de rendre leur prière parfaite du point de vue de la Loi, mais également aussi mélodieuse que possible.

[24] La mélodie est une parure pour les paroles de Torah. Voir : « La Torah monte par le chant » R’ Dufour, Modia’, http://www.modia.org/musique.html

[25] Le chant est lié « à la prière, à la vie divine, à la relation au Créateur, à Sa présence mais aussi au processus d'amélioration du monde, c'est lui qui permet le tri des forces positives et négatives, il en est un moteur » R’ Dufour, Modia’, http://www.modia.org/musique.html.

[26] Voir יְיָ לְהֽוֹשִׁיעֵ֑נִי וּנְגִֽנוֹתַ֧י נְנַגֵּ֛ן כָּל־יְמֵ֥י חַיֵּ֖ינוּ עַל־בֵּ֥ית יְיָ׃ « Hachèm m'a sauvé ! Nous ferons résonner les cordes de nos instruments, tous les jours de notre vie, dans la maison de Hachèm » (Yécha’ya 38, 20).

[27] וְדָוִד֙ וְכָל־בֵּ֣ית יִשְׂרָאֵ֔ל מַֽעֲלִ֖ים אֶת־אֲר֣וֹן יְיָ בִּתְרוּעָ֖ה וּבְק֥וֹל שׁוֹפָֽר׃ « Et David et toute la maison d’Israël escortaient l’arche de Hachèm avec des cris de joie et au son du cor » (II Chémouel, 6, 15). David ajoutera : « C’est pourquoi je te célébrerai, Hachèm, parmi les nations et à [la gloire de] Ton Nom, je chanterai des cantiques » עַל־כֵּ֛ן אֽוֹדְךָ֥ יְיָ בַּגּוֹיִ֑ם וּלְשִׁמְךָ֖ אֲזַמֵּֽר׃ (II Chémouel, 22, 50).

[28] Lorsque Yéhouda s’adressa au Ministre égyptien qui voulait retenir Benyamin (il ignorait que ce ministre n’était autre que son frère Yossef) il lui dit : כִּי־אֵיךְ֙ אֶֽעֱלֶ֣ה אֶל־אָבִ֔י וְהַנַּ֖עַר אֵינֶנּ֣וּ אִתִּ֑י« Car comment remonterais-je près de mon père et l’enfant n’est pas avec moi ? » (Béréchit 44, 34). On comprend facilement le sens littéral de ces mots lus dans Wayigach. Mais ces mots ont aussi un sens allusif : « Car comment remonterais-je près de mon père » lorsque mon âme sera rappelée par D.ieu, si, alors, on ne pourra dire « l’enfant est avec moi » ? Si mes enfants ne restent également dans la religion de leurs pères ?

[29] On retrouve ici le verset du Roi David : נָכוֹן לִבִּי ﭏהִים, נָכוֹן לִבִּי; אָשִׁירָה, וַאֲזַמֵּרָה. « Mon cœur est ferme [exact], ô D.ieu, mon cœur est ferme ; je chanterai et je célébrerai [Tes louanges] » (Téhilim 57,8).

[30] La veille de cet hazguir, la paracha Béa’alotékha était lue dans chaque communauté. Aussi avons-nous introduit cette dracha comme suit : וַיְדַבֵּ֥ר יְיָ אֶל־מֹשֶׁ֥ה לֵּאמֹֽר׃ דַּבֵּר֙ אֶֽל־אַהֲרֹ֔ן וְאָֽמַרְתָּ֖ אֵלָ֑יו בְּהַעֲלֹֽתְךָ֙ אֶת־הַנֵּרֹ֔ת אֶל־מוּל֙ פְּנֵ֣י הַמְּנוֹרָ֔ה יָאִ֖ירוּ שִׁבְעַ֥ת הַנֵּרֽוֹת׃   “Et Hachèm parla à Moché, disant : Parle à Aharon et dis-lui : ‘Quand tu feras monter les lumières, les sept lampes éclaireront vers le vis-à-vis de la face du candélabre,’” (Bamidbar 8, 1-2).

Après la citation des versets commençant la paracha, nous avons indiqué l’idée d’élévation contenue dans le mot בְּהַעֲלֹֽתְךָ֙ (Béha’alotkha- "quand tu feras monter") et fait la relation avec ce jour d’azguir qui marque l’élévation de l’âme de mon père ז"ל. Ce mot concerne les lampes  אֶת־הַנֵּרֹ֔ת de la ménora du Temple de Jérusalem et il est réconfortant de constater cette coïncidence, alors que cette cérémonie de l’hazguir voit en même temps l’inauguration, dans cette salle de prière, d’une veilleuse que ma mère chérie תחי' dédie à la mémoire de Ya’akov Bakis fils de Hillel et Yasmina ז"ל.

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(c) Hotsaat Bakish. Texte publié dans le volume 1 de La voix de Jacob. Commenter Béréchit (2013). Révisé et mis en ligne le 15 août 2021 à Kiryat Ata.