Provincia — Foyer des traducteurs

 

Provincia — foyer des traducteurs

 

Parmi les Sages de Provincia figurent des traducteurs, des amis de traducteurs et ceux qui ont parrainé des traductions.

Les premiers traducteurs arrivèrent avec leur famille d'Espagne lors des persécutions des Almohades à partir de 1145. Parmi les plus illustres, Joseph Kim'hi s'installa à Narbonne, et Joseph Ibn Tibbon à Lunel. Ils trouvèrent une communauté très accueillante, surtout à Lunel. Les ibn Tibbon constituèrent toute une dynastie des traducteurs: Judah ibn Tibbon, son fils Samuel, son petit-fils Moïse (traducteur de 30 oeuvres), le gendre de Samuel, Jacob Anatoli (œuvres astronomiques) et le neveu de Moïse, Jacob ben Ma'hir (traducteur et auteur en astronomie). Quant à la famille des Kim'hi, on compte des exégètes et des grammairiens en plus des traducteurs, voir p. nn et p. mmm.

Or, les familles Kim'hi et ibn Tibbon furent parrainés pour rendre en hébreu des œuvres importantes écrites en langue arabe. Ravad de Posquières et ses collègues ont demandé à Judah ibn Tibbon de traduire les Devoirs des cœurs de Ba'hya ibn Pekuda. Rabbi Jonathan de Lunel et ses collègues ont demandé à Samuel ibn Tibbon de traduire le Guide des égarés du Rambam, et le grand sage David Kim'hi, fils du doyen des traducteurs à Narbonne, a demandé à Abraham ben 'Hisdai de traduire le Sefer HaYesodot de Isaac Israeli.

Enfin, stimulé, encouragé (aussi financièrement) par le Roche Yechiva Rabbi Mechullam, le doyen des traducteurs à Lunel se mit à un série de traductions de difficulté croissante au cours de 25 ans. D'ailleurs Joseph Kim'hi, lui aussi, eut un programme semblable.

Hormis les œuvres en judéo-arabe dans les domaines de la médecine, la philosophie, la philologie, la grammaire, l'astronomie et autres sciences, plusieurs ouvrages classiques du judaïsme de langue arabe furent traduits en hébreu (le Kusari de Judah Halévi et  Le livre des croyances et des convictions de Saadia Gaon traduits par Judah ibn Tibbon, les Devoirs des cœurs de Ba'hya ibn Pekuda traduit par Judah ibn Tibbon et par Joseph Kim'hi, et le Guide des égarés de Maimonide par Samuel ibn Tibbon),

Par leur choix, les traducteurs peuvent assurer ou non la survie d'un texte. Effectivement, ils décident de ce qui sera à la disposition des lecteurs de la langue cible. En outre, par leur rôle de révélateur ils ont assuré que, sur le plan européen, la riche foison de ces traductions furent disponibles non seulement pour des Juifs mais aussi pour des Chrétiens. D'ailleurs, selon Cecil Roth parmi d'autres, dans la majorité des cas les savants chrétiens avaient accès aux progrès intellectuels des arabes et même aux idées des sages de la Grèce antique grâce aux traductions des Juifs en hébreu, et de là en latin (C. Roth,The Jewish Contribution to Civilization, p. 52; J. Jacobs, Jewish Contributions to Civilization). Enfin, grâce à leur apport à la renaissance du 12eme siècle, ils eurent des répercussions pour la renaissance subséquente...

 

Pour citer l'ouvrage dont fait partie cette page (mise en ligne le 17 octobre 2015 à Montpellier):

Y. Maser (2015), Les Sages de la Provincia (2e éd.), Institut Rabbi Yesha’ya, Hotsaat Bakish, Montpellier. http://editionsbakish.com/node/1723 et suivantes

ISBN numérique: 979-10-90638-06-8.

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