Ouvertures sur la Philosophie en Provincia

 

 

Ouvertures sur la Philosophie en Provincia

 

Parmi les Sages de Provincia figurent des philosophes qui ont critiqué, développé et disséminé les idées aristotéliennes de Maïmonide et d’Averroès, et ont composé leurs propres œuvres philosophiques, tout en restant fidèles aux lois de la Torah. Cependant, la philosophie a suscité deux controverses qui ébranlèrent les communautés juives de Provincia, l’une en 1232 et autour des œuvres philosophiques de Maïmonide, et l’autre en 1305-1306 entre partisans et adversaires des études philosophiques et scientifiques.

Certains penseurs, comme le grand Rabbin Abraham ibn Ezra, ont introduit des idées philosophiques en Provincia au 12e siècle. D’autres, comme Judah, Samuel et Moïse ibn Tibbon ainsi que les Kimchi ont traduit des œuvres philosophiques de langue arabe en hébreu, les rendant ainsi accessibles s aux juifs de Provincia. Il est à noter que le Roch Yeshivah de Lunel, Rabbi Mechullam, a encouragé, voire parrainé cette initiative. Certains, au début de 13e siècle, connaissant bien les sciences, ont préparé des encyclopédies qui contenaient des idées philosophiques. C’est le cas de Abraham bar ‘Hiyya, de Guerchom ben Chlomo d’Arles et de Lévi ben Abraham de Villefranche, près de Perpignan. D’autres, tels Rabbi Joseph Kaspi, ont vulgarisé des textes philosophiques pour attirer le public juif.

 

Vers la fin du 13e et le début du 14e siècle, certains ont formulé des principes de foi à la base du Judaïsme. C’est le cas de Abba Mari ben Moïse de Lunel – pourtant antagoniste militant de l’enseignement philosophiques et scientifiques aux jeunes. Il inscrit ces principes dans le Sefer HaYaréach qui constitue le quatrième chapitre de son Minchat Kenaot, compte-rendu des lettre échangées lors du conflit de 1305-1306.  Plus soigneux et rigoureux de la formulation de ses principes fut rabbi David ben Samuel Kochavi dans le Chaar Hayesod de son Migdal David.

 

Enfin, malgré l’attitude négative envers la philosophie qui fut au cœur de la controverse maïmonidienne, certains Sages de Provincia ont affirmé avec force que la Torah et la Chochmah (la sagesse, i.e.la Philosophie) allaient de pair. Ces Sages essayèrent d’introduire des idées philosophiques dans leurs commentaires sur la Bible et le Talmud. Parmi eux figurent plusieurs Richonim renommés tels que Rabbi Abraham ibn Ezra, Rabbi David Kimchi et l’éminent philosophe Rabbi Lévi ben Guerchom (Gersonide).

 

Pour résumer, malgré le petit nombre de grands philosophes en Provincia (à part Gersonide) il y eut cependant beaucoup de participants de moindre importance qui défendirent et disséminèrent la philosophie avec enthousiasme – prédicateurs, traducteurs, rabbins avec un penchant pour la philosophie et enfin un visionnaire et explorateur d’idées remarquables  en la personne de Rabbi Lévi ben Guerchom.

 

On peut conclure que malgré les conflits de 1232 et 1306, le rationalisme au tournant du siècle avait non seulement pénétré les communautés de Provincia mais aussi faisait partie intégrale de la vie culturelle et religieuse. Dans une période relativement brève, le sud de la France a passé d’une étape réceptive à  une étape créatrice, de la sauvegarde des idées à l’innovation, et au 13e siècle, devint centre d’activité philosophique (1). 

 

 

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NOTE

(1) I.Twersky, "Aspects of the Social and Cultural History of Provencal Jewry", in Cahiers d’histoire mondiale 11 (1968-1969), 185.

 

texte de Y. Maser

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