19 – Promesses non tenues et nouvelles désillusions

 

Récits sélectionnés tirés du manuscrit de William Rahamim Belhassen, Toi mon Israël. 

 

 

19 - Promesses non tenues et nouvelles désillusions

 

En France, l’Agence juive s’était engagée vis-à-vis de moi : il avait été convenu que je devais commencer à travailler à l’Agence Juive de Haïfa, dans le service de M. S. Rozen.

A mon arrivée en Israël, celui-ci m’a reçu très froidement, m’informant que ma place n’était pas vacante et que je devais attendre jusqu’au 15 septembre 1975 pour débuter mes activités. A la date convenue, je me suis donc présenté. Monsieur Rozen s’est adressé à moi d’une façon offensante, me faisant comprendre, qu’ici, personne n’avait besoin de moi et que j’aurais mieux fait de continuer à « faire » la belle vie en France pendant que les jeunes d’Israël se faisaient tuer dans les guerres. J’ai répondu que moi aussi j’ai servi Israël en veillant à ce que des milliers de bagages, cadres et containers arrivent à destination. Des dizaines de milliers de Juifs d’Afrique du Nord et d’Espagne ont été envoyés ici notamment grâce à mes soins. Pour tout cela, il fallait travailler sans relâche, des nuits et des jours. Je m’étais donné corps et âme pour la cause d’Israël, car telle était ma façon de servir Israël. « Baratin que tout cela, m’a-t-il rétorqué, ici personne n’a besoin de toi ! »

Je répondis : « Je vais en informer celui qui m’a fait venir ici pour qu’on me fasse travailler comme il a été convenu. Je pense que ce n’est pas correct de recevoir aussi mal un père de famille de six enfants ayant travaillé vingt ans pour l’Alya et qui commence une nouvelle vie en Israël. Maintenant, vous lui refusez d’assurer son gagne-pain ».

J’ai écrit une lettre détaillée au responsable de Marseille, lui faisant part de ma désillusion dans mon Alya qui, selon lui, devait être un exemple de réussite. S.  Rozen a été sermonné par son supérieur et, depuis, il mit un frein à  son attitude malveillante à mon égard.

 

A ces problèmes professionnels, s’ajoutaient les soucis du quotidien. Tout l’argent que j’avais ramené : vente de mon appartement et indemnités de mes vingt années de labeur, tout ce pécule donc était en train de fondre comme neige au soleil. En effet, non seulement on ne voulait pas de moi et on ne reconnaissait nullement mes services rendus ni mon grade de chef de service, mais encore on m’a attribué le grade le plus bas et le salaire mensuel que je percevais ne pouvait me permettre de vivre avec mes six enfants et ma femme. Moi, afin de ne pas l’inquiéter, j’ai pioché, petit à petit dans cet argent pour améliorer un peu notre train de vie car, en 1975, rares étaient les employés qui pouvaient se permettre d’avoir de quoi se payer une voiture comme celle que j’avais ramenée de Marseille et du mobilier tel que le mien, puisque tout ce que j’avais, venait de Marseille.

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Avec le temps, je me suis fait des amis. Même le chef de service qui m’avait si mal accueilli a fini par reconnaître avoir exagéré vis-à-vis de moi. 

 

Mis en ligne sur editionsbakish.com, 8 avril 2016 

© Hotssat Bakish et / ou © William Rahamim Belhassen.

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