18- Retour en Israël

 

Récits tirés du manuscrit de William Rahamim Belhassen, Toi mon Israël. 

 

18- Retour en Israël

 

L’immigration était au plus bas et l’Agence Juive a décidé de licencier une dizaine de pères de famille.

Les responsables de l’Agence ont organisé une soirée d’adieu pour ceux qui perdaient leur emploi et nous ont invités à leur dédier quelques mots les concernant. J’étais très peiné et j’ai demandé à prendre la parole devant mon directeur, Monsieur Simon S. et tous mes collègues.

J’ai déclaré que l’Agence Juive avait tort de renvoyer ces pères de famille qui avaient travaillé de nombreuses années et qui, désormais, auraient bien des difficultés pour retrouver un nouvel emploi. « L’Agence Juive qui cherche des candidats à l’immigration devrait, au lieu de renvoyer ces hommes, leur proposer un travail similaire et une maison pour les leurs et je suis sûr qu’il y aura des candidats pour l’immigration ».

 

Le directeur s’est alors levé et m’a demandé : « Toi qui fais l’avocat des autres, serais-tu prêt à monter en Israël si on t’offre un poste équivalent au tien et également un logement pour ta famille ; accepteras-tu de monter en Israël ? » Mis au pied du mur, je n’ai pas hésité et lui ai répondu : « Sans aucun doute, OUI, je suis prêt à être un exemple pour tous ceux qui m’entendent ».  Tous m’ont applaudi et l’un d’eux, Victor T., s’est levé et m’a encouragé : « Si tu montes en Israël, je te suivrais avec ma famille ». Mon discours a été transmis au grand responsable de l’Immigration, Monsieur Yéhouda Dominitz, et avisa mon directeur de venir à Marseille dans un mois.

Un mois plus tard, j’ai été invité à me présenter au bureau de mon directeur afin de rencontrer Monsieur Dominitz qui désirait s’entretenir avec moi. Je me suis présenté, comme convenu, et ce monsieur m’a demandé si j’étais toujours dans les mêmes dispositions. Il m'assura que lors de ma mutation en Israël des fonctions similaires me seraient confiées. Lorsque j'ai fait valoir que j'avais une nombreuse famille il répondit : « La maison, il n’y a pas de problème, tu auras deux appartements de trois pièces, puisque vous  et votre épouse avez six enfants et que vous vivez avec une mère paralysée".  Il ajouta: "Quant au travail, j’ai l’intention de vous muter au ‘Service Bagages’, soit au port de Haïfa soit à celui d’Ashdod. Mais en principe vous serez nommé à Haïfa. J’en ai déjà parlé au Chef du Personnel de Tel-Aviv, Monsieur Vered, qui a donné son accord pour vous muter".

 

J’ai montré mon salaire, lui ai dit que je touchais des allocations familiales pour six enfants : « J’ai une voiture et je suis arrivé, non sans peine, après dix-neuf ans de labeur acharné de jour et de nuit, à un standing de vie enviable. Je ne voudrais pas risquer l’avenir de mes enfants et la mienne par un coup de tête, car ma responsabilité est grande. Monsieur Dominitz, ne faites pas de moi, pour l’amour du ciel, un cas social, car ici je suis roi ». Il m’a répondu : « Je ne suis pas le concierge de l’Agence Juive. Je suis le Responsable de l’Immigration mondiale ».

Je l’ai prié de prendre en considération que ma mère était paralysée et qu’il faudra qu’une ambulance l’attende à l’arrivée de Lod et j’aimerais trouver un collègue de l’Agence qui m’aide à faciliter les formalités d’absorption. 

Le directeur et Monsieur Dominitz m’ont affirmé alors qu’ils feront de mon Alya un exemple mais qu’ils m’exigeaient une condition : celle d’être sans faute avant la fin juillet 1975, sous peine d’annulation de toutes les promesses. Je leur ai serré la main en leur disant : « A bientôt, en Israël ». 

Enfin, j’avais la grande joie d’annoncer la bonne nouvelle à ma Maman, elle en a pleuré de joie et moi aussi.

Je n’avais plus de temps à perdre. J’ai liquidé mon appartement au quart de sa valeur. Je n’ai pas eu le temps de vendre ma voiture, je l’ai laissé sur le trottoir. J’ai préparé mes bagages et mon mobilier que j’ai placé dans un container. Celui-ci est resté trois jours devant chez moi afin d’introduire les affaires, au fur et à mesure.

 

Quatre heures et demi de vol plus tard, à une heure du matin, nous survolions Tel-Aviv illuminée (1).

-------------

Note

(1)  L'auteur raconte ensuite des moments particulièrement durs pour lui et sa famille: à peine arrivés à l'aéroport, il fallut transporter sa maman Zaiza (zal) à l'hopital à cause d'un très grave problème de santé qui venait de se produire- Note de l'éditeur. 

 

Mis en ligne sur editionsbakish.com, 8 mail 2016 

© Hotssat Bakish et / ou © William Rahamim Belhassen.

Laisser un commentaire