10. Gagner sa vie

 

Récits sélectionnés tirés du manuscrit de William Rahamim Belhassen, Toi mon Israël. 

 

10. Gagner sa vie

 

A cette époque, pour travailler, il fallait courir s’inscrire ici ou là, avec obligation de pointer à l’Office du Travail pendant vingt quatre jours pour obtenir, sans certitude, quinze jours de travail. Pourquoi, sans certitude ?

Car ceux qui ont un métier tel que électricien, menuisier, charpentier, maçon, peintre, mécanicien, etc, tous cela sont recherchés à la loupe et pris immédiatement. Quant à nous qui n’avion aucune spécialité on nous employait pour détruire et déblayer les maisons en ruine, faire l’aide maçon ou l’aide peintre ou encore aller dans les vergers cueillir les oranges ou les citrons.

Mais obtenir du travail dans ces sous-métiers n’étaient pas facile. Les chefs de chantiers ou les patrons des vergers nous faisaient patienter sous un soleil de plomb avant d’être choisi pour un travail quelconque. Ces chefs parlaient Hébreu, Yiddish et Allemand. Nous autres, pauvres de nous autres qui ne parlions aucune de ces trois langues, nous retournions souvent bredouille car ceux qui parlaient une de ces langues étaient favorisés et trouvaient moyen d’être embauchés.

Un jour que nous cherchions du travail, mon neveu Charles et moi, nous nous sommes rendus à la Histadrout où on nous avait demandé de nous présenter. Nous ne connaissions pas cet organisme. Des gens nous ont reçus dans les bureaux et nous leur avons demandé de nous procurer du travail. Ils nous ont questionnés pour savoir si nous avions un métier : plombier, électricien ou autre. A un moment ils ont prononcé un mot que nous n’avons pas compris mais que l’on a cru être le mot « ’Hérout. » On a pensé qu’ils voulaient parler du parti politique ‘Hérout (Liberté), parti de droite qui est né de l’Irgoun. L’Irgoun était une organisation armée qui a combattu contre les Anglais.  Comme nous étions des fervents du Bétar, nous leur avons dit que nous étions du Bétar et que nous étions fiers du parti ‘Hérout. Malheureusement, ce gens-là appartenaient au Palmah c’est-à-dire qu’ils appartenaient à une force politique complètement opposée[1] au ‘Hérout. Nous étions tellement contents qu’ils nous aient compris que nous nous sommes mis à chanter une chanson du Bétar. Ils nous ont laissé terminer, nous ont poussés vers la porte de leurs bureaux. Ils nous ont frappés et c’est à coups de pieds sur le bas du dos que nous avons été dirigés vers les marches. Ce n’est que de justesse que nous ne sommes pas tombés dans les escaliers. Cette correction inattendue nous a appris qu’en Israël, il fallait d’abord savoir à quel parti nous avions affaire.

Si j’avais su tout cela avant de quitter Tunis, je n’aurais pas agi comme je l’ai fait pour les ruiner, ceux que j’aimais !!!

Car notre capital fondait à une cadence effrayant.

------

Note

(1) Le 22 juin 1948, des membres du Palmah ont affronté ceux de l’Irgoun au large de la plage de Tel Aviv. L’Irgoun tentait d’introduire des armes destinées à leur organisation chargées sur le cargo Altalena. Ben Gourion ordonna une opération menée par Ygal Allon et Yitz’hak Rabin. Pour empêcher que ces armes ne soient débarquées, le Palmah a coulé le navire au canon. Quatorze membres de l’Irgoun furent tués ainsi qu’un membre du Palmah. Note de l’éditeur.

 

Mis en ligne sur editionsbakish.com, le avril 2016 

© Hotssat Bakish et / ou © William Rahamim Belhassen.

Laisser un commentaire