06. L’envie d’alia

Récits sélectionnés tirés du manuscrit de William Rahamim Belhassen, Toi mon Israël. 

 

06. L’envie d’alia

 

J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai demandé à mes chers parents l’autorisation d’aller en Israël et suivre l’exemple de ceux que j’admire.

J’ai reçu de ma mère un NON sans appel !

Quant à mon père, religieux au possible, il ne pouvait renier tout ce qu’il lisait, chaque jour, dans sa prière matinale. N’est-il pas dit : « Je les ramènerai des quatre coins de l’horizon et le Néguev refleurira ». « Oui mon fils, je te comprends et approuve ton désir de monter en Eretz Israël, tu n’y es pour rien dans ce qui nous arrive, l’Eternel a décidé que le moment du retour sur cette Terre est venu et si chez toi et beaucoup d’autres, votre esprit est perturbé, cela est voulu par le Tout Puissant. Ne crains rien, tout se fera, tout arrivera, tout est question de temps et quand l’heure arrivera du grand retour, ni moi, ni ta mère, ni aucune force au monde ne pourra aller contre la destinée de notre Peuple ». Nous nous sommes embrassés car nos pensées et nos cœurs étaient liés tous les deux à cette lointaine Israël.

A la maison, la vie devenait intenable, le matin, à midi, comme le soir. Il n’y avait qu’un seul plat du jour : ISRAEL. Il m’arrivait d’élever la voix, d’être insolent envers cette admirable mère qui ne méritait pas les tracas que je lui donnais à longueur de journée. Elle était fatiguait de m’entendre geindre sans cesse. Mon père restait silencieux et ne voulait pas affronter ma mère, elle avait assez à faire avec moi.

Un jour, je décidais de risquer le tout pour le tout. Je montais d’un cran mon mauvais comportement. Je sentais bien que j’allais faire très mal à ma mère, à cette mère adorable de bonté et d’amour. Comment ai-je eu le courage de lui faire mal ? Je ne savais plus ce que je faisais, j’étais prêt à tout pour atteindre mon but, j’étais dans un état second. Mais entendons-nous, il était seulement question d’arracher à ma mère l’autorisation de monter seul en Israël. Rien d’autre.

Alors, m’adressant à ma mère, en élevant un peu la voix, je lui demande pour la centième fois :

- Autorise-moi à monter en Israël ?

-NON, me répondit-elle, tu ne monteras pas ; et tu peux agrandir tes yeux et élever ta voix, ça ne changera rien. Tu ne pars pas en Israël, un point final.

- C’est ton dernier mot ?

- OUI, c’est mon dernier mot et puis tu m’embêtes. Je te laisse, je vais à une visite et te laisse ruminer ton sale caractère.

-  Ecoute-moi Maman, si tu refuses de me laisser partir, je vais me suicider.

-  Ah bon ? Et bien chiche, suicide-toi !

 

Naturellement, elle ne pensait pas une seconde ce qu’elle venait de me dire ; elle me quitta et commença à descendre les escaliers. J’ai fait un compte rapide : j’avais le temps de monter à la terrasse pendant qu’elle descendait ce premier étage. J’arrivais très vite à la terrasse et l’ai vu sortir du seuil de notre maison. Et j’ai crié de toute la force de ma voix, ma mère s’est retournée et m’a vu à la terrasse. Je lui criais « Veux-tu me donner ton accord, pour la dernière fois ? »

« NON ! NON et NON ! » me répondit-elle.

Alors, je lui ai répondu « Regarde ton fils mourir ». J’ai franchi le parapet de la terrasse, me suis retenu d’une main sur le rebord et m’apprêtais à me jeter dans le vide. J’avoue honnêtement que dans ma volonté folle de lui arracher de force cette autorisation, j’étais prêt, oui j’étais prêt, à me jeter dans le vide, mais au fond de moi, je m’attendais à me casser un bras ou une jambe, sans plus car, un étage et demi ce n’est pas si haut que cela. Mais pour ma mère cette tentative de suicide était plus qu’elle ne pouvait supporter. J’avais atteint mon but. Désespérée en me voyant, elle hurla : « Non, ne te jette pas, ne te tue pas car je n’ai que toi, reste-moi en vie, j’accepte ton départ ». Et elle s’écroula, épuisée par ce que je venais de lui infliger, elle était terrassée, comme une bête blessée à mort. J’avais gagné, j’avais atteint mon but et je lui avais arraché enfin son accord car, je connaissais ma mère, elle n’avait qu’une parole et ne se rétractera jamais ; ce qu’elle avait prononcé, cela se faisait.

Je franchis en sens inverse le petit mur d’enclos et descendis à toute vitesse pour la rejoindre. Elle se réveillait à peine de son évanouissement grâce aux personnes nombreuses qui l’entouraient et qui avaient assisté à toute la scène. Que m’arrivait-il ? Je n’avais pas cette joie que j’attendais. J’avais vaincu ma mère, j’avais gagné mon voyage et pourtant c’était un William très triste, pas fier du tout de lui. Il avait terrassé une sainte mère qui avait tout donné à celui qui venait de lui faire tant de mal. Je me trouvais à ses côtés, les gens tout autour me criaient leur indignation et ils avaient raison. Je ne valais pas grand-chose.

J’essayais de la soulever, elle me repoussa. Je lui demande pardon pour ce que je venais de lui faire endurer. Elle me répondit méchamment : « Tu as gagné, tu as mon accord mais quant à te pardonner, je ne peux le faire car j’ai trop mal par ta faute et je prie D.ieu qu’il te fasse subir, par un de tes enfants à venir, ce que tu m’as fait subir aujourd’hui ». Je tentais à nouveau de l’enlacer, elle n’avait plus la force de me repousser et j’en profite pour l’embrasser longuement en la suppliant à l’oreille : « Pardonne-moi, ma maman chérie, pour l’amour d’Israël j’étais prêt à y laisser ma vie ».

Dès qu’elle m’a donné le feu vert, ma mère a immédiatement mis les choses au point : hors de question que je parte seul, elle ne pouvait accepter cela, ne serait-ce qu’un jour d’être loin d’elle à l’étranger. Quand elle a dit oui, c’était un OUI collectif qui comprenait : mon père, ma mère et moi. Oui, mon père et ma mère acceptait de me suivre en Israël.

 

Mis en ligne sur editionsbakish.com, avril 2016 

© Hotssat Bakish et / ou © William Rahamim Belhassen.

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