04. Tunis, après 1948

Récits sélectionnés tirés du manuscrit de William Rahamim Belhassen, Toi mon Israël. 

 

04. Tunis, après 1948

 

Depuis la proclamation de l’indépendance d’Israël, la vie n’était plus ce qu’elle était.

Les Juifs de Tunis étaient la proie de sentiments forts. Israël était en nous. Il occupait nos rêves pendant la nuit. Il était présent en notre esprit dans notre vie de tous les jours et on y pensait à chaque instant. Les difficultés vécues là-bas par Israël et ses enfants étaient vécues comme s’il s’agissait d’une catastrophe nationale.

Les échos des combats de l’Irgoun et du Lehi nous laissaient haletants et notre imagination multipliait par dix les affrontements qu’ils menaient. Et lorsqu’un de ces héros nationaux payait de sa vie ou était pendu dans les prisons britanniques d’Akko ou de Jérusalem, c’était alors toute la jeunesse juive et sioniste de Tunis qui était en deuil pour les Dov Gruner et autres grands héros d’Israël. Plusieurs couples donnèrent les prénoms de ces héros à leur premier-né.

Que devint cette vie paisible de Tunis où nous vivions sans souci du lendemain ? Nous vivions heureux en Tunisie et surtout à Tunis, nous vivions comme dans une sorte de paradis. Nous n’avons pas le droit de le nier, nous les juifs, nous étions estimés et considérés par la population arabe. Le jour de Kippour était proclamé, par le Bey de Tunis, comme journée solennelle et fériée. Jamais nous ne connurent de haine des arabes et nous vivions en bon voisinage dans un respect mutuel. Je me souviens avoir assisté à l’enterrement d’un de nos grands rabbins. Sa majesté le Bey de Tunis honora le défunt en suivant à pied du cimetière de l’avenue de Londres à la grande synagogue de l’avenue de Paris. Naturellement les mauvaises langues diront que les Arabes de Tunisie nous laissèrent en paix grâce à la protection du gouvernement français qui aurait été prêt à intervenir en cas de litige ou désordre national. Moi je continue à croire qu’il est possible de bien vivre, Juifs et Arabes, car ils ont tellement de points communs avec les Juifs. Comme nous, ils croient en un D.ieu unique, honorent l’alliance faite entre l’Eternel et Abraham pour la circoncision.  POURQUOI cette discorde, ces malentendus, pourquoi cette haine qui se déclenche chez nos voisins arabes alors qu’ils vécurent très, très longtemps avec nous les Juifs ?

Mais le peuple juif s’est réveillé de sa torpeur, il va prouver au monde qu’il est capable de défendre son pays, de protéger les siens et de vivre une vie digne d’être vécue et, si besoin est, de mourir fièrement l’arme à la main. Oui les Juifs veulent effacer cette image repoussante présentée par les antisémites, celle du « Juif au nez crochu », bossu et frôlant les murs, ayant même peur de son ombre. Ils savent que les Juifs d’antan ont maintes fois démontré leur courage au combat face à leurs ennemis pendant l’Antiquité.

Nous voulons vivre en paix, nous sommes assoiffés de cette paix et nous ne demandons pas mieux qu’enfin, nous puissions vivre en parfait accord avec tous ceux qui nous entourent. Mais ceux qui nous entourent rêvent de nous effacer de la mappemonde alors que le pays d’Israël y est à peine visible tant sa surface est petite.

Les Juifs n’ont jamais désiré faire la guerre avec qui que ce soit ! Mais aujourd’hui, nous prouvont et prouveront au monde que nous sommes capables d’affronter et même de battre, tous ceux qui veulent nous attaquer.

 

 

 

 

Mis en ligne sur editionsbakish.com, avril 2016. Révision: janvier 2018. 

© Hotssat Bakish et / ou © William Rahamim Belhassen.

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