1. La prière de Moché

 

(c) Hillel Bakis, 2013 - La voix de Jacob, Tome 5 

 

 

45* WAET’HANANE (Débarim 3, 23 – 7, 11)
 
La prière de Moché
 
 וָֽאֶתְחַנַּ֖ן אֶל־יְהוָ֑ה בָּעֵ֥ת הַהִ֖וא לֵאמֹֽר׃  
« Et il implora Hachèm  ... » (Débarim 3, 23). Avant de traverser le Jourdain, Moché prie car il sait que Dieu a pris un décret contre lui : il ne pourra pas entrer en Terre sainte.
Dans la paracha ‘Houkat(Bamidbar 20, 8[1]est égale à celle du mot תפלהTéphila (prière)[2] soit 515[3] et que leur efficacité est grande.
RACONTER – La prière de Moché. Le Midrach raconte que Moché se dit : « Je vais supplier Hachèm, afin qu’il ait pitié de moi et exauce mes prières. »[4]Il espérait pouvoir entrer dans le pays d’Israël car : « J’ai commencé à conquérir la terre de Si’hon et de ’Og, je suis tenu de continuer jusqu’au bout et d’aller conquérir le pays d’Israël ». Il existe en effet un principe qui affirme  que « celui qui a commencé une mitsva doit la terminer ».
Mais Hachèm ית"שn’a pas suivi le raisonnement de Moché : וְלֹ֥א שָׁמַ֖ע אֵלָ֑י « Il ne m’a pas entendu » et Sa réponse était catégorique  וַיֹּ֨אמֶר יְהוָ֤ה אֵלַי֙ רַב־לָ֔ךְ אַל־תּ֗וֹסֶף דַּבֵּ֥ר אֵלַ֛י ע֖וֹד בַּדָּבָ֥ר הַזֶּֽה׃et le message était : רַב־לָ֔ךְ« C’en est assez ! »  (Débarim 3, 26). 
Moché comprit qu’il avait besoin d’aide, et alla voir le ciel, la terre, les astres et les montagnes, la mer, et même un ange pour qu’ils puissent plaider sa cause auprès d’Hachèm. Le ciel et la terre répondirent : Mieux vaudrait que nous prions pour nous car, bientôt nous serons anéantis, comme il est écrit : שְׂאוּ֩ לַשָּׁמַ֨יִם עֵֽינֵיכֶ֜ם וְֽהַבִּ֧יטוּ אֶל־הָאָ֣רֶץ מִתַּ֗חַת כִּֽי־שָׁמַ֜יִם כֶּֽעָשָׁ֤ן נִמְלָ֨חוּ֙ וְהָאָ֨רֶץ֙ כַּבֶּ֣גֶד תִּבְלֶ֔ה וְיֹֽשְׁבֶ֖יהָ כְּמוֹ־כֵ֣ן יְמוּת֑וּן  « Levez vos yeux vers les cieux et regardez vers la terre au-dessous, car les cieux, comme de la fumée, se sont dissipés et la terre comme un vêtement se fane. Et ses habitants comme des poux périssent » (Yécha’yahou 51,6). Les étoiles, le soleil, la lune et les hautes montagnes lui répondirent : « Nous avons déjà assez à faire avec nos prières. ». La mer lui répondit : « Qu'est-ce qui t'arrive Moché ? La Présence divine se trouvait constamment à ton côté droit et, maintenant, voilà que tu me demandes de prier pour toi ? » Lorsque Moché entendit la mer rappeler la partage de Yam Souf et les miracles de sa jeunesse, il alla trouver l’ange qui se trouvait le plus haut dans le ciel. Il lui demanda de prier pour lui, mais s’entendit répondre : « D'après ce que j'ai entendu dire, ma prière ne servirait à rien. » Moïse pleura[5] ; aussi, le Saint, béni soit-Il le consola en expliquant : « Le temps est venu pour Yéhochoua’ de devenir roi d'Israël. » Moché vit dans cette réponse une possibilité de conserver la vie. Il affirma alors qu’il était prêt à devenir l’élève de Yéochoua’ ; Hachèm ית"שlui répondit : « Si c'est ce que tu désires, eh bien d'accord ! ».
Cela montre que d’une certaine manière, la prière de Moché a eu un résultat positif.
 
Moïse se rendit de très bonne heure au cours de Torah que Yéhochoua’ donnait au peuple. A la fin, la communauté demanda à Moché : « Explique-nous ce que Yéhochoua’ a dit » mais Moché  répliqua : « Je ne peux plus le faire moi-même ! » Alors il dit au Maître du monde qu’il désirait mourir[6].
Hachèm lui dit : עֲלֵ֣ה ׀ רֹ֣אשׁ הַפִּסְגָּ֗ה וְשָׂ֥א עֵינֶ֛יךָ יָ֧מָּה וְצָפֹ֛נָה וְתֵימָ֥נָה וּמִזְרָ֖חָה וּרְאֵ֣ה בְעֵינֶ֑יךָ כִּי־לֹ֥א תַֽעֲבֹ֖ר אֶת־הַיַּרְדֵּ֥ן הַזֶּֽה׃ « Monte au sommet du Pisga, et porte tes yeux vers la mer et vers le nord, et vers le sud et vers l’est ! Et vois de tes yeux ; car  tu ne traverseras pas ce Jourdain »(Débarim 3, 27). Alors, Moché comprit que même ses ossements ne le franchiraient pas, contrairement à ceux de Yossef qui furent emportés lors de la sortie d’Egypte et transportés pendant la traversée du désert. Moché demanda : « Maître de l'univers, en quoi suis-je pire que Yossef le juste ? » Il entendit pour toute réponse : « Tu n'es pas digne de pénétrer sur ta terre, car tu l'as reniée quand tu es alléchez Yitro. Ses filles ont dit : ‘Un Égyptien est venu nous aider à  puiser de l'eau.’ Tu aurais dû répliquer : ‘Je ne suis pas Egyptien, je suis un Hébreu.’ Yossef agit tout autrement lorsque la femme de son maître l'accusa  il répondit :‘J’ai été enlevé de force de la terre des Hébreux où je me trouvais !’ C’est pourquoi il mérita d’être enterré sur cette terre »[7].
Tout en multipliant ses prières, Moché le fit humblement : notons que nous ne lisons pas Waetpallel « il pria », mais וָֽאֶתְחַנַּ֖ן « il implora…». La prière de Moché est humble, il fait appel à la générosité gratuite de Dieu (’Hinam / don gratuit). Le verbe a une racine qui vient de ‘Hinoun (supplication), ‘Hanoun, ’Hen (la Grâce divine). L’attitude de Moché est très différente de celle d’Iyob (Job), prophète des Nations : הִנֵּה־נָ֭א עָרַ֣כְתִּי מִשְׁפָּ֑ט  יָ֝דַ֗עְתִּי כִּֽי־אֲנִ֥י אֶצְדָּֽק׃« Voici donc, j’ai préparé le jugement. Je le sais, que j’ai raison » (Iyob13,18)[8]. Au lieu de faire appel à la Grâce divine, comme Moché, il considère que la situation qui lui est faite est injuste. 
Pourquoi cette prière ? Moché voulait démontrer au peuple l’importance de la prière. Moché avait demandé à entrer dans le Pays d’Israël : pour pratiquer les 613 Mitsvot de la Torah, il lui fallait traverser le Jourdain, certaines mitsvot ne pouvant se pratiquer que sur la Terre d’Israël[9]. Il n’obtint pas cela mais sa prière fut en partie exaucée : il fut autorisé à contempler le pays d’Israël en totalité. Par cet exemple la Torah démontre que toute prière est suivie d’un résultat. Les Sages enseignent : « aucune prière n’est vaine » et « Hachèm  exauce les requêtes de tous les Juifs ». R’ Ya’akob ’Addès א’’שליט remarque que Hachèm « utilise parfois une certaine prière dans un autre domaine que celui dans lequel elle a été exprimée ; néanmoins, la plupart du temps, Hachèm  exauce la personne dans le domaine où elle a prononcé sa prière. » [10] Dans le cas de Moché, il était nécessaire qu’il soit enterré hors d’Israël, comme on le comprendra par la parabole suivante.
RACONTER – La pièce de cuivre et la pièce d’or. Alors qu’il sortait de l’auberge avec ses amis, un homme tenait à la main la monnaie qu’il avait reçue après avoir payé son repas. Soudain, une pièce de cuivre lui échappa. Comme il faisait sombre il comprit qu’il serait très difficile de trouver la pièce perdue… Il avait besoin d’aide. Mais ses amis ne voudraient jamais se donner du mal et perdre du temps pour retrouver une pièce de cuivre de très faible valeur ! Or, lui, tenait à chacune de ses pièces car on n’a pas envie de gaspiller de l’argent honnêtement gagné. On en connaît la valeur. Il lui vint une idée : il prit dans sa bourse une pièce d’or et la jeta au sol. Alors, il s’écria : « Des pièces sont tombées de ma bourse ! J’ai même perdu une pièce d’or ! ». Evidemment, tous ses amis vinrent près de lui pour l’aider à retrouver cette pièce d’or. L’un d’eux alla demander de la lumière à l’aubergiste et revint avec une lampe. La pièce d’or fut retrouvée, et, par la même occasion, la pièce de cuivre fut aussi récupérée.
Hachèm dit à Moché: « Si tu es enterré hors d’Israël, grâce à tes mérites, lors de la venue du Messie, ceux qui sont mort dans le désert pourront rejoindre cette terre » [11]. Moïse mourut le 7 adar, anniversaire de sa naissance, car Hachèm « mène la vie du juste à son terme, exactement comme on boucle une boucle » [12][13]
 
 


[1] ו  (6) +א(1) +ת  (400) + ח(8) +נ(50) +ן(50) = 515
[2] ת  (400) + פ(80) +ל(30) +ה(5) = 515. On retrouve la même guématria pour שירה(chant).Voir Sifri, cit. Ba’al hatourim, dans les mikraot guédolot, p. 65, Ed. Hamaor.
[3] א"ר יצחק מפני מה היו אבותינו עקורים מפני שהקב"ה מתאוה לתפלתן של צדיקיםT.B. Yébamot 64a .
[4] Midrach Tan’houma, cit: R’ Ya’akov Achkenazi de Janow (1622), Tséénah Ureenah, Trad. française [5]Midrach Tan’houma, cit: Tséénah Ureenah, p. 818.
[6]Tséénah Ureenah, p. 818-819.
[7]MidrachDébarim Raba 2, 9 ; MidrachBamidbar Raba 19, 13, cit. Tséénah Ureenah, p. 819-820. Voir : בָּֽא־אֵלַ֞י הָעֶ֧בֶד הָֽעִבְרִ֛י אֲשֶׁר־הֵבֵ֥אתָ לָּ֖נוּ לְצַ֥חֶק בִּֽי׃ « Le serviteur hébreu que tu nous as amené est venu vers moi pour se moquer de moi » (Béréchit 39,17)
[8] Voir Rachi sur le premier mot (Débarim 3, 23).                                                                        
[9] Voir R’ David Sabbah (1996), La Bible. Le commentaire de la Tora, tome 5, Editions Phidal, Montréal.[10] R’ Ya’akob ’Addès (v. 2006), Comment s’attacher à Hachèm, p. 80, Jérusalem, sans date.
[11] MidrachRaba, cit. Tséénah Ureenah, p. 820.
[12] Ce qui veut dire que sa vie n’a pas été écourtée, comme c’est le cas pour les pécheurs. Avant de mourir, Moché bénit le peuple et implora son pardon : « Je vous ai souvent causé des tourments afin que vous étudiiez la Torah. Pardonnez-moi. » Les enfants d’Israël lui demandèrent son pardon, car « nous t'avons si souvent mis en colère. »Tséénah Ureenah, p. 819.
[13] Autres orthographes pour Vaét'hanan: Vaét'hannane, Vaet’hannanne, Va-ethchanan

 

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