44* Débarim

 

 

Dévarim (1,1 – 3, 22)

הַדְּבָרִ֗ים Paroles

 

Les livres précédents relatent la création du monde et celle de l’humanité ; ils racontent comment les dessins de Hachèm n’ont pu être portés par l’ensemble de l’humanité, cela a débouché sur une inévitable sélection : parmi les nombreux enfants d’Adam, Abel (mais il fut assassiné par Kayin) et Chèt lui ressemblaient: les autres furent comparés à des dattes de mauvaises qualités[1]. Dans les générations suivantes le projet adamique passa par Enoch fils de Chèt, puis par Noa’h, Chèm et ‘Eber (grand-père d’Abraham[2]). Ces individus « représentent le cœur de l’humanité, ils ressemblaient à Adam et étaient appelés fils de Dieu ; la perfection physique et morale, la longévité, les sciences, la puissance, leur avaient été accordées » [3]. L’idéal adamique s’est retrouvé assumé par les patriarches puis par les Enfants d’Israël. Le premier livre de la Torah raconte la vie des patriarches.

Le second livre montre l’avènement d’un peuple sur la scène de l’histoire : son asservissement, sa libération, puis une lente migration dans le désert et ses péripéties. La libération de l’esclavage et les grands miracles qui l’ont accompagnée auraient dû favoriser l’éclosion d’une grande spiritualité mais une partie du peuple ne put supporter une telle spiritualité, et un veau d’or fut érigé. Ce fut une grave erreur car la représentation de la spiritualité dans la matière risque de devenir idolâtrie. Certains y tombèrent, notamment ceux qui s’étaient joints au peuple hébreu récemment. Moché obtint le pardon de Hachèm pour Son peuple, et il reçut l’ordre de construire le Tabernacle : une manière pour le Saint, béni soit-Il, de tenir compte des besoins du peuple de représenter la sainteté en se servant de la matière de ce monde-ci. Le second livre de la Torah rend compte en détail des prescriptions divines quant à la réalisation du Tabernacle (matériaux, fabrication, aspects techniques et comptables).

Le troisième livre montre la constitution d’une nation dotée d’une législation très spécifique. L’objectif est indiqué : les Enfants d’Israël peuvent et doivent accéder à la sainteté (קְדֹשִׁ֣ים תִּֽהְי֑וּ כִּ֣י קָד֔וֹשׁ אֲנִ֖י יְהוָ֥ה אֱלֹֽהֵיכֶֽם׃ : « Parle à toute la communauté des Enfants d'Israël et dis-leur : Vous serez saints ! Car Je suis saint, Moi Hachèm votre Dieu » Wayikra 19, 2). Il s’agit d’un objectif fixé tant au niveau individuel (Hachèm entend résider en chacun), qu’au niveau collectif (le Sanctuaire sera situé sur le territoire des Hébreux, ce qui impose des devoirs). Les prescriptions relatives à la réalisation du Sanctuaire et à son fonctionnement sont au centre de tout le troisième livre, et on les retrouve aussi dans les premières parachas du quatrième livre (jusqu’à Béha'alotékha où il est question de la ménora).

Le quatrième livre de la Torah indique l’organisation des tribus autour du camp des Lévites situé au centre. Au centre du camp des Lévites se trouvait le michkane. Le livre de Bamidbar montre comment les Hébreux apprennent à vivre dans le cadre légal fixé, de manière à atteindre l’objectif de sainteté tant au niveau des prêtres que du peuple. Il se termine par le rappel des quarante-deux étapes, l’ordre divin de déposséder les Cananéens, la description des limites du pays et la désignation des chefs de la nouvelle génération appelés à remplacer Moché et Aharon une fois passé le Jourdain : Yéhochoua’ et El’azar, le nouveau grand-prêtre.

Le cinquième livre que l’on aborde à présent, est une « répétition de la Torah » par Moché. Au terme de l’Exode, Moché rappelle les péripéties heureuses[4] ou malheureuses[5] survenues pendant les quarante dernières années. Il retrace l’histoire des enfants d’Israël depuis la sortie d’Egypte jusqu’aux abords de la Terre de Kéna’ane : du Sinaï à Kadèch (1, 19-46) jusqu’aux plaines de Moab (Chap. 2 et Chap. 3). Moché adjure les Hébreux de respecter la Loi divine. Il insiste sur la protection divine qui pendant les quarante dernières années a protégé les Hébreux malgré les dangers venus d’autres peuples (’Amalek) et des difficultés liées au milieu naturel (manque d’eau et de nourriture inhérents à un long séjour dans le désert). Hachèm a fourni de l’eau ;  il a fourni des aliments (la manne, et même de la viande ; les nuées de gloire faisaient écran aux dangers du désert).

Mais ce livre va au-delà de la reformulation d’événements et de lois présentés dans les quatre premiers livres de la Torah: il parle du futur. Il affirme que la protection divine va accompagner les Hébreux lors de la conquête de la terre de Kéna’an לֹ֖א תִּֽירָא֑וּם כִּ֚י יְהוָ֣ה אֱלֹֽהֵיכֶ֔ם ה֖וּא הַנִּלְחָ֥ם לָכֶֽם׃  « Vous ne les craindrez pas, car c’est Hachèm, votre Dieu, qui combat pour vous » (3, 22). Il anticipe la conquête du Pays כִּֽי־תָבֹ֣א אֶל־הָאָ֗רֶץ אֲשֶׁ֨ר יְהוָ֤ה אֱלֹהֶ֨יךָ֙ נֹתֵ֣ן לָ֔ךְ וִֽירִשְׁתָּ֖הּ וְיָשַׁ֣בְתָּה בָּ֑הּ « quand tu viendras dans le pays que Hachèm, ton Dieu, te donne, et que tu en hériteras et y habiteras… » (Débarim 17,14). Moché engage le peuple à rester attaché à la Torah,  dans le pays que Hachèm a donné à leurs ancêtres et où il les fait entrer. Il détaille la législation religieuse et morale, mais aussi sociale et politique, prescriptions indispensables en vue de l’organisation territoriale du pays une fois chaque tribu installée sur ses terres.

Ce livre se termine par la mort de Moché, la succession étant parfaitement assurée par Yéhochoua’ investi par Hachèm.[6].

 


[1] R’ Yéhouda Halévy, Le Kouzari, apologie de la religion méprisée, Trad. Charles Touati, Verdier, p. 26, et note 130.

[2] La tradition rabbinique parle de la maison d’étude de Chèm et ‘Eber (Ya’akob alla y étudier). Abraham disciple de ’Eber, fut appelé העברי - ha’ivri, l’Hébreu (Béréchit 14,13).

[3] R’ Yéhouda Halévy, Le Kouzari, Verdier, p. 26, et note 130.

[4] Don de la Loi ; pardon divin après la faute ; nuées, construction du Tabernacle…. 

[5] Manque d’eau ; Veau d’or ; la révolte de Kora’h ; le désespoir qui suivit le rapport tendancieux des explorateurs ;  la médisance contre Moché ; la débauche dans les plaines de Moab ; mort d’Aharon ; les guerres pour approcher de la Terre donnée par Hachèm… 

[6] Autres orthographes pour Débarim: Devarim, Dévarim [7] Traduction R' Y. R. Dufour chalita.

 

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