Dépasser toponymie et géographie

  

 

Dépasser toponymie et  géographie

 

 

 

La Torah ne se lit pas uniquement au niveau du sens évident, décrivant un itinéraire, signalant les noms des étapes et régions traversées.  Il faut savoir dépasser toponymie et géographie. 

Des dimensions supplémentaires sont à rechercher à d'autres niveaux d’interprétation (PaRDeS) :

 

Ø  Pechat – les étapes sont indiquées par de simples noms de lieux, mais ces simples noms sont porteurs de sens comme le souligne la tradition.

§  A propos de וּמִמִּדְבָּ֖ר מַתָּנָֽה  Ramban זצ"ל  explique (1) « Depuis le désert il a été donné : ce puits … c’est dans le désert qu’il nous a été donné  » (le puits de Myriam) ce qui revient à lire mot à mot וּמִמִּדְבָּ֖ר מַתָּנָֽה. Le puits de Myriam avait suivi les Hébreux dans le désert, montant sur les montages, descendant dans les vallées. Finalement, il prit place au fond du lac de Tibériade (Ari zal a retrouvé son emplacement exact par inspiration divine (2). Ce puits « pouvait être vu du désert, car il se trouvait enfoui dans le lac de Tibériade : quelqu’un qui se trouve dans le désert voit distinctement dans le lac » comme une espèce de tamis : c’est le puits (3).

 

 

 

 

Ø   Derach – Des enseignements moraux sont déduits :

§  A propos de וּמִמִּדְבָּ֖ר מַתָּנָֽה   (4): si un homme fait de lui une sorte de désert que chacun peut fouler aux pieds, alors la Torah est pour lui un cadeau (מַתָּנָֽה) ;

§  A propos de ֽ וּמִנַּֽחֲלִיאֵ֖ל בָּמֽוֹת׃ : dès que alors la Torah lui est donnée, il devient un héritier de Dieu (lire נַֽחֲלִיאֵ֑ל   en séparant Na’hlou et El .( Alors, il accède à la dignité comme on le déduit de la succession des mots  וּמִנַּֽחֲלִיאֵ֖ל בָּמֽוֹת׃  (5).

 

Ø  Rémèz - Rachi explique que certains de ces noms sont de discrètes allusions aux fautes des Hébreux dans le désert, et non pas des noms de lieux.  Ainsi :

§  A propos de Ritma : les explorateurs médirent en revenant à Kadech, d’où le nom Ritma qui fait allusion aux genêts (Rétamim). Beaucoup de genêts y poussaient peut-être? Le nom de cette plante pourrait faire allusion à un épisode où le peuple parla contre Moché: (Téhilim 120, 3-4 fait allusion à la langue trompeuse’ רְמִיָּֽה׃ לָשׁ֥וֹן (6) - après avoir éteint ce feu, on croit tout danger écarté alors que la braise couve toujours : on ne se méfie pas de celui qui dit du mal contre nous par derrière (7);

§  A propos de Di Zahav. Il n’existait pas de localité nommée Di Zahav (ce nom fait ici allusion au Veau d’or  - zahav = or). אֵ֣לֶּה הַדְּבָרִ֗ים אֲשֶׁ֨ר דִּבֶּ֤ר מֹשֶׁה֙ אֶל־כָּל־יִשְׂרָאֵ֔ל בְּעֵ֖בֶר הַיַּרְדֵּ֑ן בַּמִּדְבָּ֡ר בָּֽעֲרָבָה֩ מ֨וֹל ס֜וּף בֵּֽין־פָּארָ֧ן וּבֵֽין־תֹּ֛פֶל וְלָבָ֥ן וַֽחֲצֵרֹ֖ת וְדִ֥י זָהָֽב׃ Ce sont là les paroles que Moché adressa à tout Israël en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine en face de Souf, entre Paran et Tofel, Laban, ’Hatsérot et Di Zahab” (Débarim 1, 1).

§  A propos de Tofel et Laban (Débarim 1, 1): ces mots ne correspondent pas à des noms de lieux mais font allusion au fait que les Hébreux ont parlé en termes désapprobateurs de la Manne. Taflou = ils ont couvert d’injures.  Laban = blanche (la manne était blanche).

 

Ø   Sod

§  Il existe une correspondance entre les 42 étapes et les 42 lettres du nom divin (8).

 
 


 

NOTES

1) Bamidbar 21, 18-19. 

2) Il a été rapporté au nom de R’ ’Haïm Vital זצ"ל « quand nous étions dans un bateau, face aux piliers de la vieille synagogue, mon rabbi [Ari zal] a pris un verre, l’a rempli d’eau d’entre les piliers, me l’a donné à boire et m’a dit : maintenant tu vas atteindre cette sagesse parce que l’eau que tu as bue provient du puits de Myriam. » Le puits se trouvait non loin du rivage, à proximité des thermes, face aux colonnes en ruines de la synagogue antique de Tibériade (selon le témoignage de Chémouel au nom de son père R’ Haïm Vital זצ"ל ; témoignage recueilli par R’ Yits’hak Tséma’h זצ"ל auteur de Naguid oumétsavé, début du 17ème s.).
Autres témoignages : le puits se trouve «en direction des thermes de Tibériade, à mi-chemin, au niveau des treize anciennes synagogues en ruines. Il y a là des rochers qui affleurent du lac, il faut marcher dessus quelques mètres : c’est là que se trouve le Puits.» (Hibat Yéroushalaïm» de R’ Haïm HaLévy Horowitz זצ"ל , 19ème s. Voir : A. Yudkewicz, http://irpourdemain.over-blog.com/90-categorie-10085594.html, juill. 2009).

Le puits se trouve au sud de la ville, à faible distance du tombeau de R’ Meir (selon le conducteur de la vedette qui nous y a mené dans l’été 2005 ; il affirmait rapporter les propos de rabbins qui lui avaient personnellement indiqué le lieu précis connu par tradition). 

3) Cit. R’ Elie Munk, Kol hatorah, sur Bamidbar 21, 18. 

4)  Bamidbar 21, 18-19.    

5)  Au contraire, s’il s’enorgueillit, il sera abaissé ; mais après son repentir, Hachèm le rehaussera comme il est dit כָּל־גֶּיא֙ יִנָּשֵׂ֔א וְכָל־הַ֥ר וְגִבְעָ֖ה יִשְׁפָּ֑לוּ וְהָיָ֤ה הֶֽעָקֹב֙ לְמִישׁ֔וֹר וְהָֽרְכָסִ֖ים לְבִקְעָֽה׃וְנִגְלָ֖ה כְּב֣וֹד יְהוָ֑ה וְרָא֤וּ כָל־בָּשָׂר֙ יַחְדָּ֔ו כִּ֛י פִּ֥י יְהוָ֖ה דִּבֵּֽר׃ « Tout val sera relevé, toute montagne et colline seront rabaissées; la sinuosité sera plane, les crêtes, une trouée !  Alors, la gloire de Hachem se découvrira; et toute chair, d'un coup, la verra, car la bouche de Hachèm a parlé » (Yécha’yiahou  40, 4-5). T.B. Erouvin 54a (cit. R’ E. Munk, Kol hatorah, sur Bamidbar 21, 18, p. 213).

6)  גִבּ֣וֹר שְׁנוּנִי֑ם עִ֗֝ם גַּֽחֲלֵ֥י רְתָמִֽים׃ חִצֵּ֣י  Littéralement: « Des flèches acérées d’un guerrier, des braises de genêt. » Ce que la tradition comprend  « [ La mauvaise langue tue de loin comme] des flèches acérées d’un guerrier, [et son feu est difficile à éteindre tel celui] des braises de genêt. »

7)   Rachi selon Béréchit Raba  98, 19, et Radak, commentaires cit. par R’ A. J. Rosenberg, 1991, p. 480.

8)  « Au sujet de ce Nom, rav Yéhouda a enseigné au nom de Rav : ‘On n’a le droit de révéler le Nom de quarante-deux lettres qu’à quelqu’un qui se comporte de manière réservée et modeste, qui ne se met pas en colère et qui ne s’obstine pas à faire valoir ses droits. Et celui qui connaît ce Nom et n’en use pas à la légère est aimé en-haut et populaire en-bas ; il héritera des deux mondes: celui d’ici-bas et celui à venir’ (T.B. Kidouchine 71a). On peut donc dire, par association, que les quarante-deux étapes énumérées par notre paracha correspondent aux quarante-deux lettres du Nom sacré. Les quarante années qui ont séparé la sortie d’Egypte de l’entrée en Erets Yisraël ont constitué un processus d’élévation spirituelle, à laquelle ont contribué ces quarante-deux lettres ». R’ J. Kohn (2006), techouvot.com, message 2702. 

 

 

 

 

 

 

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