Une lettre brisée (waw)

 

 

Une lettre brisée (waw)

 

Dans de nombreuses éditions du ‘Houmach le waw du mot שָׁלֽוֹם est brisé (Bamidbar, 25, 12)[1]. Quelles sont les raisons avancées pour expliquer la forme de cette lettre ? On relève plusieurs explications:

- Le waw brisé du mot chalom suggère que, pour obtenir la paix, il faut y mettre du sien. Ainsi, il faut se « briser » un peu, réduire son ego, pour faire la place aux autres et obtenir la paix[2].

- Autre explication : Pin’has c’est le prophète Eliyahou ; Dieu annonce à Pin’has qu’il lui dévoilera les mystères de la Torah, mais pas de façon totale. Ce waw brisé du mot chalom fait allusion à cela[3]. La raison en est qu’Eliyahou ne pourra étudier à plein temps car il sera tenu d’assister personnellement à toutes les circoncisions des enfants d’Israël[4] ;

- La vie de Pin’has est à l’image de ce waw coupé : placée sous le signe de la paix à son début et à sa fin, mais interrompue en son milieu » par la violence[5].

- Pour finir, rapportons que le Ba'al Hatourim rapproche cette graphie des noms Ya’akov et Eliyahou, apparaissant exceptionnellement dans le tanakh avec une orthographe particulière. Ya’akov est rarement écrit יַעֲקוֹב avec un waw[6] alors que ce nom est généralement écrit sans le waw, avec un simple ‘Holam. Eliyahou est écrit אֵלִיָּה une seule fois sans waw (Mal-akhi 3, 23)[7], et non אֵלִיָּהוּ avec waw à la fin[8]. Cela enseigne que le patriarche Ya’akov a pris ce waw en gage et qu’il ne le rendra que lorsque Eliyahou viendra annoncer la venue du Messie ; alors son nom sera « chalem » plein[9]. Le waw du mot chalom est une référence au waw de Eliyahou (= Pin’has) conservé par Ya’akov en garantie pour le bénéfice de ses enfants[10]. Souhaitons qu’Eliyahou hanabi récupère très vite le waw manquant conservé en gage par Ya’akov abinou, en venant annoncer la venue du Machia’h. Amen !

 


[1] Cela est attesté par la tradition, et tel est l’aspect de cette lettre dans certaines éditions (dont Tikoun Ich Matslia’h), d’autres le remplacent par un yod. Des positions différentes sont cependant adoptées: R’ Akiba Eiger זצ"ל  parmi d’autres opte pour un petit waw  « abrégé » ; le Meiri de Perpignan et laisse un waw ordinaire dans son ouvrage Kiryat séfer - Remerciements à Yits’hak Earl Maser הי"ו  pour ces deux signalements. Avant d’exposer différentes explications sur la forme de cette lettre, constatons que Rav Yéhouda s’appuyant sur Chmouel  ainsi que Rav Na’hman apporte une lumière supplémentaire sur une loi de la Torah grâce à ce waw brisé du mot chalom, chalem. La Torah avait déjà enseigné qu’un prêtre présentant un défaut physique ne pouvait exercer des fonctions au Temple ; avec la déduction de Chmouel (qui lit le mot שלום   chalom comme s’il était écrit שלם (chalem = entier). Dans le cas d’un Cohen présentant un défaut physique, sur quoi s’appuie-t-on pour déclarer que le service effectué alors que le Cohen ignore ce défaut physique est invalide ? R'Yéhouda enseigne au nom de Chémouel: « Du texte de la Torah, car il est écrit: ‘Aussi, dit aux enfants d’Israël : voici, je donne mon alliance de paix’. Cela implique que lorsque le Cohen est entier (chalem) mais non pas lorsqu’il est ‘manquant’ ». La guémara objecte : « Mais le mot n’est pas chalem mais chalom ! » R' Na’hman répond : « La lettre waw qui apparaît dans le mot chalom est brisée’: elle peut être interprétée comme si le mot était écrit sans le waw »בעל מום דעבודתו פסולה מנלן אמר רב יהודה אמר שמואל דאמר קרא לכן אמור הנני נותן לו את בריתי שלום כשהוא שלם ולא כשהוא חסר והא שלום כתיב אמר רב נחמן וי"ו דשלום קטיעה היא: (T.B. Kidouchine 66b).

[2] Dracha du rabbin Drai, communauté ACI Mizra’hi, Lyon (juillet 2009).

[3] R’ Ya’akov Abouatsirah, Pitou’hé ’Hotam, Ed. fr, p. 422.

[4] Constatant ainsi qu’une de ses paroles n’était pas fondée : « ils ont abandonné Ton alliance » (I  Roi 19, 10), Eliyahou ne dispose pas de tout son temps.

[5] Michoul’han Gavoa  p. 218. Cit. Kountras news, juillet-août 2005.

[6] Une fois dans la Torah וְזָֽכַרְתִּ֖י אֶת־בְּרִיתִ֣י יַֽעֲק֑וֹב וְאַף֩ אֶת־בְּרִיתִ֨י יִצְחָ֜ק וְאַ֨ף אֶת־בְּרִיתִ֧י אַבְרָהָ֛ם אֶזְכֹּ֖ר וְהָאָ֥רֶץ אֶזְכֹּֽר׃ (Vayikra 26,42) et à quatre reprises dans le livre du prophète Yirméyahou, dont 30, 18; 33, 26) ;  46, 27 ; 51,19.

[7] הִנֵּה אָנֹכִי שֹׁלֵחַ לָכֶם, אֵת אֵלִיָּה הַנָּבִיא--לִפְנֵי, בּוֹא יוֹם יְיָ, הַגָּדוֹל, וְהַנּוֹרָא (Mal-akhi 3, 23). Ce cas unique apparaît tout à la fin du TaNaKh « Voici, Je vous envoie le prophète Eliyah, avant que n’arrive le jour de Hachèm, grand et terrible ».

[8] D’après Ba’al hatourim dans Mikraot guédolot.

[9] Explications à ce waw brisé : il prend l’aspect d’un yod (10) pour annoncer à Pin’has que le grand prêtre officiera dans le Temple du roi Chélomo où devaient se produire dix miracles quotidiennement ; il indique que la succession de grands prêtres de la descendance de Pin’has (80 grands prêtres dans le premier Temple, et 300 dans le second) connaîtra une brève interruption. Cette graphie étonnante suggère peut-être aussi une réflexion : une paix véritable ne peut être bâtie sur la violence (ici, la violence de Pin’has).

[10] Le Ba'al Hatourim  ajoute que le waw coupé en deux a l’apparence de deux yod (=10): ceci fait référence aux prélèvements en faveur des Kohanim (dix au Temple, dix dans le reste du pays). Cit. par Kountrass news, juillet-août 2005.

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