Les faux prétextes de Kora’h

 

Moussar

 

Les faux prétextes de Kora’h 

 

La paracha montre Kora’h cherchant querelle à Moché, et le triste résultat de cette dispute. Quels sont les motivations réelles de Kora’h ?  [1]

Kora’h était un Lévite, cousin germain de Moché, les pères de Moché et de Kora’h étant frères [2].  Kora’h n’éprouva aucune jalousie lorsque Moché obtint la royauté, ni lorsque Aharon - également fils de ‘Amram - devint Grand-Prêtre, car, selon les règles bibliques concernant l’héritage, l’aîné disposait de deux parts (ainsi, Yossef– considéré comme aîné à la place de Réouben - donna-t-il naissance à deux tribus). ‘Amram, premier des quatre fils de Kéhat, avait obtenu deux parts (les fonctions de ses enfants Moché et Aharon). Cela ne choqua pas Kora’h qui ne trouva là rien d’anormal.

Lorsque son cousin Elitsafan fils de ’Ouziel obtint une fonction honorifique, la direction du clan de Kéhat [3], Kora’h estima que c’était une injustice à son égard. Elitsafan fils de ’Ouziel descendait du quatrième fils de Kéhat alors que Kora’h descendait du second fils de Kéhat. Selon lui, cette fonction aurait dû lui revenir de droit !

Dans l’absolu, le point de vue de Kora’h pouvait s’expliquer. Il aurait pu exposer à Moché la cause de son mécontentement, présenter ses arguments et énoncer ses prétentions. Moché lui aurait expliqué que ce n’était pas lui qui avait décidé mais Hachèm ית"ש. Kora’h aurait alors dû admettre qu’il n’y avait pas lieu de tenir rancune à son cousin qui appliquait les décisions divines. Mais Kora’h avait déjà choisi une posture excluant le dialogue. Il s’est laissé emporter par son sentiment d’injustice, persuadé que Moché l’avait volontairement écarté. Incapable de maitriser sa jalousie, il lui a cherché querelle en déplaçant le problème pour que son action ne paraisse pas motivée par des raisons personnelles (son éviction des postes honorifiques) [4], mais par l’intérêt collectif (contestation de la hiérarchie et nature du pouvoir de son cousin). Certains prétextes ont l’air d’être valables mais ils sont inspirés en fait par des raisons profondes moins solides, et même carrément troubles. Ils ne peuvent conduire à la solution du vrai problème jamais identifié ni discuté.

De ce fait, Kora’h se mit dans son tort puisque c’est la nature divine de l’inspiration de toutes les actions de Moché qu’il avait contestée. C’est contre la Loi du Sinaï qu’il s’élevait. D’où l’exceptionnelle sanction divine : Kora’h et sa troupe furent avalés par la terre ou frappés par le feu du ciel. Contrairement à Kora’h [5], il convient de traiter les problèmes à leur juste niveau !

 


[1]  Inspiré par une dracha de R’ Laurent Berros, Synagogue Ben Zakaï, Montpellier (v. 2002).

[2]  וּבְנֵ֣י קְהָ֔ת עַמְרָ֣ם וְיִצְהָ֔ר וְחֶבְר֖וֹן וְעֻזִּיאֵ֑ל « Et les fils de Kéhat : ‘Amram, et Yits-har, et ’Hébron, et ’Ouziel » (Chémot 6,18) ; וּבְנֵ֖י יִצְהָ֑ר קֹ֥רַח « Et les fils de Yits-har: Kora’h… » (Chémot 6, 21). Lévi eut trois fils : Mérari, Kéhat  et Guerchon  וּבְנֵ֖י לֵוִ֑י גֵּֽרְשׁ֕וֹן קְהָ֖ת וּמְרָרִֽי׃ (Béréchit 46, 11). Kéhat eut quatre fils: ‘Amram, Yits-har,’Hébron et ’Ouziel. Les descendants de Lévi sont des Lévites, à exception de ceux d’Aharon fils de ‘Amram fils de Kéhat (qui sont Cohen).

[3] Elitsafan s’est vu confier une charge honorifique (direction des fils de Kéhat). R’ Munk, kol hatorah (sur  Bamidbar 16, 1), p. 160.

[4] Voir R’ E. Munk, Kol hatorah (sur  Bamidbar 16, 3) p. 162.

[5] Autre exemple où de mauvaises raisons sont présentées dans un discours les présentant comme plus honorables. Lorsque les  Hébreux ont demandé à Moché d’envoyer des explorateurs,  ils ont avancé des prétextes alors qu’en fait, ils étaient mus par leur manque de foi. Ils ont avancé plusieurs raisons logiques :

- dans le désert, nous sommes protégés par les nuées mais « elles nous abandonnerons après notre entrée en Kéna’an ; nous désirons savoir comment est le pays » ;

- les Cananéens ont caché leurs trésors craignant une attaque de notre part ; il nous faut en découvrir la cachette ;

- une idole qui n’est plus l’objet d’un culte peut être utilisé, mais en cas contraire, elle doit être détruite « nous désirons savoir quelles idoles adorent les Cananéens et lesquelles n’ont plus de culte ».

Voir R’ E. Munk, Kol hatorah (sur  Bamidbar 13, 2) p. 127.

 

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