Livr. 4. Midrach

 

Le Midrach

 

La racine du mot Midrach (מדרש ; midrachim au pluriel)  vient de דרש  (par exemple verbe darach = deman­der,  chercher). Ce mot est mentionné dans le Tanakh [1]. Il est utilisé pour rendre  les mots livre [2], étude [3], interprétation, écrit exégétique [4].

 

Quand on parle de Midrach, on désigne plusieurs catégories d’ouvrages:

- le midrach halakha (législatif) a pour premiers objectifs la présentation de la doctrine légale et la justification biblique de la halakha (même si ses auteurs ont pu ici ou là faire des digressions aggadiques) ;

- le midrach aggada (narratif) a pour premiers objectifs l’exposé d’enseignements moraux et religieux. Il s’agit de commentaires homélitiques et allégoriques de Livres du Tanakh autour de sujets narratifs. Des recueils de drachot (homélies) sont réunis dans le même esprit (même si on peut trouver des développements halakhiques ici ou là) [5]. Par ailleurs, il existe des ouvrages réunissant divers midrachim, plus ou moins connus [6] ;

- le midrach kabbalistiques dont relèvent le Midrach Hanéélam ou le  Zohar 'Hadach. Ces textes font partie du Zohar hakadoch.

 

Quand on parle de midrach, on parle en général du midrach législatif et du midrach narratif. A propos des textes midrachiques se pose la question de leur datation précise : ils peuvent contenir des parties plus anciennes.

La datation de la forme définitive des ouvrages n’est pas évidente car la notion d’auteur est inadéquate : ces texte ont été préparés et finalisés par des maîtres porteurs d’une longue tradition (le maître considéré comme étant l’auteur est généralement celui qui a « terminé » la mise par écrit de l’ouvrage[7], ou celui dont les propos sont rapportés en premier).

 

Cette question se pose également pour toute la littérature rabbinique ancienne. L’inexistence de citations d’un ouvrage dans un autre considéré comme plus récent ne suffit pas pour affirmer que l’un est antérieur à l’autre. Ainsi, ni le Talmud de Jérusalem, ni le Talmud de Babylone ne citent les midrachim halakhiques. Mais il n’est pas possible d’en tirer la conclusion que les Amoraim ne connaissaient pas ces midrachim. On ne peut non plus affirmer sur cette base que ces derniers seraient postérieurs au Talmud [8].  

 

Ce sujet est détaillé dans le chapitre 4 du Tome 6 de La voix de Jacob (publié en décembre 2013).

 

 


[1] Voir les versets suivants de Dibrey hayamim (Les Chroniques) qui mentionnent :

- « le Midrach du prophète Iddo »  וְיֶ֨תֶר֙ דִּבְרֵ֣י אֲבִיָּ֔ה וּדְרָכָ֖יו וּדְבָרָ֑יו כְּתוּבִ֕ים בְּמִדְרַ֖שׁ הַנָּבִ֥יא עִדּֽוֹ׃   (II Dibrey hayamim 13, 22);

- « le Midrach du livre des Rois » וּבָנָ֞יו ורב (יִ֧רֶב) הַמַּשָּׂ֣א עָלָ֗יו וִיסוֹד֙ בֵּ֣ית הָֽﭏֱהִ֔ים הִנָּ֣ם כְּתוּבִ֔ים עַל־מִדְרַ֖שׁ סֵ֣פֶר הַמְּלָכִ֑ים וַיִּמְלֹ֛ךְ אֲמַצְיָ֥הוּ בְנ֖וֹ תַּחְתָּֽיו׃  (II Dibrey hayamim 24, 27).   

[2] La Septante traduit : biblion, graphi. La Vulgate traduit : liber.

[3] L’expression bet hamidrash (maison d’étude) apparaît dans le Talmud, par exemple : היה יושב בבית המדרש  (T.B. Pessa’him 7 a). Egalement dans le Siracide (51, 23).

[4] זה המדרש דרש  (Michna Kétoubot 4, 6). א"ר הילא כל מדרש ומדרש בעניינו תמיד של שחר בכלל מאוחר היה מה  (Talmud de Jérusalem Yoma, דף טז,א פרק ג הלכה ה). Dans les manuscrits de la mer Morte (Qumran) ce terme avait aussi le sens d’analyser, d’interpréter.

[5] Sur la littérature des Sages :

- Strack Hermann Leberecht (1963), Introduction to the Talmud and Midrash, 3ème Éd. Meridian Boooks and The Jewish Publication Society, (1ère Éd. 1931), 372 pages ;

- Safrai Shmuel, Safrai Zev, Schwartz Joshua, Tomson Peter J.  (2006), The Literature of the Sages, Second Part : Midrash and Targoum, … p. 193, Royal van Gorcum & Fortress Press.  Voir notamment les textes de : Kahana Menahem (2006), « The Halakhic Midrashim », Section 1, chap. 1, pp. 1-106 ; Hirshman Marc (2006), « The Aggadic Midrash », Section 1, chap. 2, pp. 107- 132;  Lerner Myron B. (2006), « The Works of Aggadic Midrash and Esther Midrashim », Section 1, chap. 3, pp. 133-230.

[6] Ainsi : - Anonyme (1881), Agudat agadot אגדת אגודת או קובץ מדרשים קטנים90 p., Berlin (http://www.hebrewbooks.org/43825) ;

- Eisenstein Yehudah Dovid (1915),  Otzar Midrashim Vol 1, אוצר מדרשים א, New York, 294  p. Bibliotheca midrachica (http://www.hebrewbooks.org/2603);

- Eisenstein Yehudah Dovid (1915),  Otzar Midrashim Vol 2אוצר מדרשים ב, New York, 332 p., Bibliotheca midrachica (http://www.hebrewbooks.org/2585).

[7] On fait ainsi de Rabbi le rédacteur de la Michna ; de R’ Hiya celui de la Tossefta ; de R’ Yo’hanan celui du du Talmud de Jérusalem; de R’ Achi et Rabina ceux du Talmud de Babylone.

[8] De fait, la tradition attribue ces midrachim halakhiques aux Tanaïm qui précédèrent les Amoraïm (à qui on doit les deux Talmuds). Les passages parallèles entre beraïtot cités dans le Talmud et les midrachim halakhiques ont été expliqués par une source commune. Voir: Strack H. L. & Stemberger G. (2007), pp. 75-77.  

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