Littérature rabbinique – Takanot

 

Les Takanot 

Toutes les communautés ont eu besoin d’édicter une réglementation. Ainsi, en 1233 Un grand Synode se tint à Mayence et il mit en place un ensemble de reglements connus comme “les Takanot ShUM” (שׁוּם) selon les initiales des  noms des trois villes d’où venaient les rabbins réunis lors ce ce Synode (Speyer, Worms, Mayence).

En 1432, la synagogue de Valladolid fut le siège d'une réunion où toutes les communautés de Castille étaient représentées. Abraham Bienveniste זצ"ל  parvint à ce que de cette réunion sorte la rédaction de statuts qui "devaient dorénavant servir comme normes de gouvernement pour toutes les juiveries du royaume". Ces statuts sont connus sous le nom de Takanot de Valladolid. Il s'agissait aussi d'unifier les différentes takanot pouvant avoir eu cours en Espagne, poursuivant et actualisant ainsi l'oeuvre d'Abraham Bienveniste זצ"ל.

Les Juifs de Castille exilés arrivèrent au Maroc avec un corps halachique constitué, outre les lois directement issues de la Torah et du Talmud. Les décréts rabbiniques ayant cours dans les communautés d'origine espagnole n'avaient pas toujours cours dans les communautés juives établies (tochavim) au Maroc avant l’arrivée des expulsés (mégorachim[ 1]. Par ailleurs, les décisionnaires des communautés espagnoles intallées au Maroc continuaient à produire des décisions juridiques (baté dinim). Les Castillans ont donc été amenés à fixer leur propre réglementation et à compiler les décisions des tribunaux (baté dinim) les régissant. Aussi, les rabbins marocains de ces communautés espagnoles, eurent-ils pour tâche d'établir une série d'ordonnances conformes à leurs traditions. Ils visaient, ce faisant, à unifier leurs propres règles, et à établir un cadre  réglementaire pour régir la vie communautaire des expulsés. Au fur et à mesure des besoins, ils adoptaient des dispositions particulières, en les soumettant d'abord à l'accord du "ma'amad" (conseil communautaire) et à la population réunie dans les synagogues. Le consensus universel se disait "'ijma[2]. L'ordonnance était alors signée par les rabbins et notables du conseil, et contre-signée par les greffiers du tribunal. Elle était transcrite dans le Registre des Ordonnances "Sepher hatakanot", entrait alors en vigueur et avait force de loi. Cette intense activité intellectuelle marocaine a donné lieu à l'établissement de décisions conservées dans un registre  manuscrit. Malgré le respect de la halakha traditionnelle, et des coutumes, les guides spirituels des communautés juives ont utilisé la possibilité de procéder à des modifications importantes de la législation par le moyen des takanot, promulguées avec le consentement unanime de la population ou de ses représentants. Littéralement, takana signifie règlement, amendement, et ce mot désigne les règles édictées par des rabbins compétents ou une autorité légiférant selon la loi juive, qui s'ajoutent aux règles contenues dans la Torah. En général, la promulgation d'une takana vise à remédier à une injustice flagrante ou à résoudre un problème que la législation antérieure n'avait pas traité [3].



[1] A propos de la bigamie : il n’est pas sûr que les rabbins castillans aient interdit la bigamie, puisque les Takanot des rabins castillans édictées à Fez essayent plutôt de la réglementer, de diminuer le nombre de cas, plutôt que de l'interdire.

[2] H. Zafrani, 1972, op. cit., p. 27.

[3].Les takanot recherchent en principe un effet positif (faciliter ou encourager l'observance d'une mitsva). Si elles visent un effet restrictif, cherchant à éviter une infraction à la Loi, elles sont plutôt appellées guezéroth. L'une des plus fameuses takanot est celle d'un des rabbins médiévaux d'Europe occidentale qui a interdit la polygamie (Herem de Rabbénou Guerchom). On parle aussi de takanot ha-kahal, lorsqu'il s'agit de décisions prises par les dirigeants de la communauté pour assurer son bon fonctionnement. Les grands-rabbins d'Erets Israël puis ceux de l'Etat d'Israël ont édicté des takanot, notamment "(cadre légal à l'adoption d'enfants ; droit des filles à hériter comme les garçons ; imposer aux parents l'entretien de leurs enfants jusqu'à quinze ans ; interdiction des unions précoces (jeunes filles de moins de 16 ans).

 



 

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