Littérature rabbinique – Compilations halakhiques avant le Choul’hane ‘aroukh

 

 

Les compilations halakhiques et leurs commentaires

 

Avant le choul’hane ‘aroukh

 

Au 11e siècle

  • R’ Yits’hak ben Ya’akov Alfassi ר' יצחק אלפסי– le RIF est originaire de l’Est algérien. Il vécut à Fès puis en Espagne. Il est l’auteur du ספר ההלכות Séfér hahalakhot. Cet ouvrage (appelé par le Rabad : Petit Talmud[1], sélectionne des extraits du Talmud de manière à ne retenir que les textes touchant à la halakha concrète : il s’agit des décisions légales pertinentes pour le temps de l’exil (il ne retient pas ce qui concerne précisément les lois de la Terre d’Israël, du Beth hamikdach). Tout ce qui, pour lui, n’est pas une loi concrète n’est pas cité [2]. Du fait de ce caractère, le RIF s’est intéressé à trois ordres (Mo’ed, Nachim, Nézikin) et à deux traités Bérakhot et ‘Houlin (soit au total : 24 traités). Les décisions sont transcrites sans les discussions dont elles font l’objet par les maîtres cités dans le Talmud, ni les passages aggadiques.   

 

Au 12e siècle

  • R’ Abraham ben Yits’hak de Narbonne ou Raavad II [3], tente d’améliorer la présentation des lois par matières dans Ha-Eshkol (Livre de l’Agrégat). Ce code de loi, écrit selon l’esprit de l’ouvrage du RIF fut très utilisé jusqu’à la rédaction de l’Arba'ah Tourim ;
  •  R’ Yits’hak ben Abba Mari (1122- v. 1193). Ce rabbin de Marseille a produit un code halakhique des plus importants : le  Ittur Soferim  [4]. Cependant, lorsque le code du Tour fut disponible, le  Ittur Soferim ne fut plus utilisé autant qu’auparavant.
  • RAMBAM - Le Michné Torah [5] (משנה תורה, "Répétition de la Torah") a été écrit pendant 10 ans (toute sa vie il a continué à réviser son ouvrage qu’il nommait "Sefer Mé’hokek"). Cet ouvrage imprimé en six volumes comprend 14 livres [6]. Ces livres traitent des sujets suivants : la connaissance ; amour ; époques ; femmes ; sainteté ; exceptions ; semences ; service ; sacrifices ; pureté ; dommages ; possession ; jugements ; juges.  - Le michné Torah a donné lieu à polémique en son temps, et, parmi les opposants les plus virulents furent R’ Chélomo de Montpellier et le Raavad (R’ Avraham ben David de Posquières dit aussi Ba’al Hahassagot, 1120-1198). Un des principaux reproches était notamment l’absence de références précises des lois compilées ; lacune comblée par R’ Vidal Yom Tov di Tolossa (14e s.) qui fournit  les sources de Maïmonide  dans son Maguid Michné.

- Rabbénou Yossef Caro  a également commenté au 16e s. le Michné Torah dans son Késséf Michné (imprimé en haut à gauche sur les pages imprimées du Michné Torah). Ce qu’il n’a pas traité a été commenté dans Lé'hém Michné  par R’ Abraham di Botone   de Salonique (1560-1606).

- Voici quelques commentaires sur le Michné Tora du Rambam. Notons que les éditions de cet ouvrage disposent le texte au centre de la page et quelques commentaires importants tout autour.  

R’ Méïr Haccohén de Rothenburg dit le Maharam (13e siècle)

Hagahot Maïmoniyote (en bas à droite sur certaines éditions du Michné Torah)

R’ Chém Tov ben R’ Abraham  (14e siècle);

 

Migdal ‘Oz (en bas à gauche sur certaines éditions du Michné Torah)

R’ Vidal di Tolossa (14e siècle)

 

Maguid  Michné (en haut à droite sur les éditions du Michné Torah)

R’ Yossef Karo, Marane (1478-1575)

Késséf Michné  (en haut à gauche sur les éditions du Michné Torah)

R’ Avraham di Botone (Salonique 1560-1606)

 

Lé'hém Michné  (sous le texte du Rambam, sur les éditions du Michné Torah).  Il complète le Késséf Michné de R’ Yossef Karo

Rosanés, R’ Yéhouda (Turquie 1657-1727) 

Michné la mélékh

Ayache, R’ Yéhouda (Médéa 1700-) Grand Rabbin et Ab Beth Din d’Alger

Léhèm Yéhouda

Schneerson, R’ Mena’hem Mendel (1902-1994 New York). Rabbi de Loubavitch.

Hadran al HaRambam. Commentaire du Michné Torah du Rambam

 

  • R’ Mochè ben Ya’akov de Coucy [7] (-1260) disciple de Rabbi Yéhouda Hé'hassid est l’auteur du  Séfèr Mitsvot Gadol (Grand livre des Mitsvot) d’où son nom SMaG. Il organise les lois en mitsvot positives et négatives. De cet ouvrage sera ensuite tiré le Sefer Mitsvot Katan (SMAK). Le rav donne une présentation des 613 mitsvot à la lumière notamment des enseignements du Talmud [8].

 

Aux 13e s. et 14e siècles

  • Eli’ézer ben Yoel Halévi (13e s. Allemagne), Séfer Rabia. Cet ouvrage présente des décisons, des ‘hidouchim et des réponses sur le Talmud. Ce livre est reconnu comme étant une source de plusieurs ouvrages ultérieurs : R’ Yits’hak Or Zaroua’, R’ Meir Rothenburg, R’ Acher ben Yé’hiel (voir ci-après, Le ROCH), R’ Mordékhaï ben Hillel (-1298 Nuremberg), Hagahot Maimouni, Arba’a Tourim [9].
  • Rabbi Acher ben Yé’hiel (1250-1328)  dit le ROCH : élève du Maharam de Rothenburg, auteur de Hilkhote Rabbénou Achér ou Hilkhote Achéri (venant du judaïsme achkénaze, il doit s’installer à Tolède, Castille ;

- R’ Ya’akov Ben Acher dit le TOUR (Allemagne 1260-v.1343 Espagne), fils du précédent. Auteur du : Arba'a Tourim, אַרְבָּעָ֖ה טוּרִ֣ים  - C’est du verset Chémot 28, 17 qu’est tiré le titre de cette œuvre halakhique majeure, Les quatre rangées souvent désignée par ‘Tour’. Ce rabbin de Tolède, appelé Ba'al Ha Tourim du nom de son  œuvre, a classé les lois selon leurs sujets. Il s’est appuyé sur le code établi par R’ Yits’hak Alfasi   (11e s.) ; sur le Michné torah ;  mais aussi sur les traditions nord-européennes de son père originaire d’Allemagne. Cependant, contrairement à Rambam dans le Michné torah, il n’a retenu que les lois en usage à son époque et n’a donc pas développé la législation relative au droit criminel et pénal, aux sacrifices et aux préceptes religieux ne pouvant être respectés qu’en Eretz Israël. Autre différence avec le Michné torah,  Arba'ah Tourim  compare les différents avis si un point donne lieu à discussion. Le titre  אַרְבָּעָ֖ה טוּרִ֣ים  renvoie aux quatre parties de cette œuvre: אֹרַח חַיִּים Ora’h ‘Hayim (‘La voie de la vie’ : Téhilim 16, 11). Réunit les lois relatives au culte, à l'observance rituelle à la maison et à la synagogue, pour la pratique quotidienne, celle du chabbat et des fêtes. יוֹרֶה דֵעָה  Yoreh De'ah ‘Enseignera le savoir’ (Yicha’yiahou  28, 9) - Réunit les lois relatives aux interdits rituels (cacheroute, impureté menstruelle) ; אֶבֶן הָעֵזֶר  Even Ha-'Ezer. ‘La pierre de l’aide’ (I Chémouel  5, 1) - Réunit les  lois relatives à la famille (mariage, du divorce, etc.);  חֹ֤שֶׁן מִשְׁפָּט֙ ‘Hoshen Mishpat ‘le Plastron du jugement’ (Chémot 28, 15). Réunit les  lois relatives à l'administration et à la loi civile.

 

Aux 15e s. et 16e siècles

  • Nimouqéï Yossef  de R’ Yossef bar 'Haviva (Espagne). Ce commentaire sur le Rif rapporte de nombreux avis d’auteurs séfarades et du Roch (il développe surtout les sujets des traités Sanhédrin, Makot, Yébamot).
  • Rabbénou Yossef Caro   - dit Marane (1488-1575) -  rédige à Tsfat un grand commentaire de l’ensemble du Arba Tourim : le  Bét Yossef, et, bien sûr le Choul’han ‘Aroukh (sur cet ouvrage, voir ci-après).
  • En Pologne : le rabbin polonais Moshe Isserles  , dit רמ"א Rama (1525/30 - 1572) rédige un commentaire sur le Arba Tourim selon la halakha ashkénaze : Darkhei Moché.
 


[1] C’est une compilation pratique, les anglo-saxons parleraient de Digest

[2] Ce qui ouvre des comparaisons et des discussions pour des lois qui ont été retenues comme telles par d’autres codificateurs.

[3] Raavad = Rabbenou Avraham Av Bet Din. RaAvD II  (probablement né à Montpellier en 1110 - Narbonne, 1179).

[5] Rambam – Michné Torah - Editions de מכון ממרא  Institut Mékhon Mamré, en ligne sur Mechon Mamré: http://www.mechon-mamre.org/i/0n.htm (2006). Voir aussi: http://kodesh.snunit.k12.il/i/00.htm.et suiv . Le  titre est une allusion à un verset : וְהָיָ֣ה כְשִׁבְתּ֔וֹ עַ֖ל כִּסֵּ֣א מַמְלַכְתּ֑וֹ וְכָ֨תַב ל֜וֹ אֶת־מִשְׁנֵ֨ה הַתּוֹרָ֤ה הַזֹּאת֙ עַל־סֵ֔פֶר מִלִּפְנֵ֖י הַכֹּֽהֲנִ֥ים הַלְוִיִּֽם׃ (Dévarim 17,18). Il est question de la copie de la Torah que doit écrire le roi lorsqu’il s’assoira sur son trône.

[6] D’où son appellation de Yad ha’hazaka, la guématria de yad (main) étant 14.

[7] Egalement appelé Sir de Coucy (ou Coucy-le-Château, ville de Picardie, France).

[8] Voir la fiche établie par http://www.fr.chabad.org/library.

[9] Voir Strack Hermann L. (1931), Introduction to the Talmud and Midrash, Meridian Books and The Jewish Publication Society (1959 réed. 1963), p. 165.

(c) Hillel Bakis

dernières modification: sept. 2013 

 

 

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