Des lois plus rigoureuses…

(c) Hillel Bakis - Ouvrage en cours de rédaction. Texte non définitif (draft)
 
II-31   Emor - Dracha 2 

 

Des lois plus rigoureuses pour les Kohanim 
à l’époque messianique ?

 

A propos du temple du futur, le prophète aborde des lois relatives aux Cohen. Mais elles paraissent quelque peu différentes - plus rigoureuses - que celles prescrites par la Torah (notamment dans la paracha Emor). Comment expliquer ces exigences plus grandes ? Le Malbim apporte une réponse : leur niveau de saintété étant plus élevé que celui du simple Cohen, ils sont sujets en effet à des exigences plus grandes ('houmrot) de ce qu’impose la stricte halakha pour les Cohanim [1]

 

Le prophète Yé’hézkèl indique quelles seront ces exigences supplémentaires dans la suite du texte lu cette semaine dans la Torah (Emor). Elles concernent quatre catégories de prescriptions :

-  Sur les vêtements - Les Cohen porteront des vêtements de lin comparables à ceux que portait le Cohen gadol le jour de Kippour pour pénétrer dans le « le Saint des Saints ». Ils ne porteront donc pas de laine du tout. Les indications données dans ce texte le montent bien. וְהָיָ֗ה בְּבוֹאָם֙ אֶֽל־שַׁעֲרֵי֙ הֶֽחָצֵ֣ר הַפְּנִימִ֔ית בִּגְדֵ֥י פִשְׁתִּ֖ים יִלְבָּ֑שׁוּ « Et il arrivera que, quand ils entreront dans les portes du parvis intérieur, ils se revêtiront de vêtements de lin… » פַּֽאֲרֵ֤י פִשְׁתִּים֙ יִֽהְי֣וּ עַל־רֹאשָׁ֔ם וּמִכְנְסֵ֣י פִשְׁתִּ֔ים יִֽהְי֖וּ עַל־מָתְנֵיהֶ֑ם לֹ֥א יַחְגְּר֖וּ בַּיָּֽזַע׃  « Des toques de lin seront sur leur tête, des caleçons de lin seront sur leurs reins. Ils ne ils ne se ceindront pas avec ce qui fait transpirer. » (Yé’hézkel 47,17-18). Il y a donc là une réelle différence avec le texte de la Torah car les habits des prêtres contenaient de la laine. Ainsi, l’ephod (sorte de tablier fermé devant, attaché à la ceinture et par des bretelles) était tissé de fils de laine et de lin ainsi que de fils d’or. Le mé’il (cape sans manches ouverte sur les côtés) était en laine bleue (Chémot 28, 4-6) [2].

- Sur les lois matrimoniales  -  Elles sont plus strictes que ne l’étaient celles des simple Cohen. Ils ne pourront épouser ni une divorcée ni une veuve (à l’exception d’une veuve dont le mari était un Cohen)[3]. La femme divorcée était déjà interdite au Cohen par la Torah comme il est écrit אִשָּׁ֨ה זֹנָ֤ה וַֽחֲלָלָה֙ לֹ֣א יִקָּ֔חוּ וְאִשָּׁ֛ה גְּרוּשָׁ֥ה מֵֽאִישָׁ֖הּ לֹ֣א יִקָּ֑חוּ כִּֽי־קָדֹ֥שׁ ה֖וּא לֵֽﭏהָֽיו ׃ (Wayikra 21,7), mais toute veuve, en revanche, lui était permise. Dans le Temple du futur, Yé’hézkèl indiqe ici qu’une restriction des lois matrimoniales des prêtres s’appliquera puisque les veuves ne seront permises qu’à la condition suivante : elles devront être veuves d’un Cohen [4].

- Sur les lois relatives au contact avec la mort  - Selon la Torah un Cohen ne peut s’impurifier pour un mort, à l’exception de parents très proches de lui, père, mère, fils, fille, frère, ou soeur célibataire) [5]. L’épouse est comprise dans les exceptions grâce à l’indication “très proches de lui” (comme le remarque Rachi). Mais le Cohen du temple du futur ne pourra bénéficier de cette exception [6].  

- Sur les lois alimentaires  -  Les Kohanim, même à ceux non astreints au service, seront l’objet de restrictions supplémentaires quant à leur alimentation: en matière de consommation de vin (Yéhézkèl 44, 21) [7] ou de viande [8].  

  

On peut être troublé par les différences entre les lois sur les obligations de Kohanim. On sait que les prophètes ne sont pas habilités à ajouter à la Loi telle qu’elle est exprimée dans la Torah. Alors comment comprendre l’ajout d’obligations pour les Kohanim lors de l’époque messianique ?

De fait, ce point a posé problème aux maîtres du Talmud qui ont discuté du statut du livre de Yé’hézèl, envisageant même de l’exclure du Nakh pour cette raison notamment [9]. Quant aux différences de ce livre avec la Torah, elles n’ont pas été considérées comme méritant de rejeter le livre du Nakh, car elles des solutions ont été trouvées pour réconcilier les deux textes. Une anecdote est rapportée à cette occasion : les Rabbins ont donné 300 mesures d’huile d’éclairage à R’ ‘Hananiah ben ‘Hézkiah pour le dédommager de ses dépenses d’éclairage (il a beaucoup veillé pour trouver les dites solutions) [10].

Le recours aux explications midrachiques est adopté par Rachi dans des cas similaires, là où des versets semblent avancer des prescriptions contraires à la halakha établie. Ici, ces différences ne devraient pas être prises dans leur sens littéral mais renveraient à l’interprétation homélitique (drach) : « l’époque messianique étant entourée de mystères, le sens simple de ce passage doit rester caché jusqu’à ce que... le prophète Elie vienne et nous le révèle » [11].

Une autre solution est apportée par le Radak: comme il ne peut y avoir d’annulation du moindre commandement de la Torah par les prophètes, il avance que les différences constatées témoigneraient d’une importante élévation spirituelle à l’époque messianique : il en découlerait une plus grande exigence par les Cohen eux-mêmes dans leur niveau d’observance de la Loi [12].

 


[1] Le Malbim cit. par J. Kohn (1997).

[2] Le cha’atnez est un interdit de la Torah (Wayikra 19, 19 ; « Tu ne te vêtiras pas d'une étoffe mixte, laine et lin ensemble » (Débarim 22, 11). Il était cependant permis (et même prescrit) dans les habits des grands prêtres du michkane et des deux premiers Temples. Il disparaîtra avec le Temple du futur (selon le texte de la haftara tirée du livre de Yé’hézkèl). 

[3] וְאַלְמָנָה֙ וּגְרוּשָׁ֔ה לֹֽא־יִקְח֥וּ לָהֶ֖ם לְנָשִׁ֑ים כִּ֣י אִם־בְּתוּלֹ֗ת מִזֶּ֨רַע֙ בֵּ֣ית יִשְׂרָאֵ֔ל וְהָֽאַלְמָנָה֙ אֲשֶׁ֣ר תִּֽהְיֶ֣ה אַלְמָנָ֔ה מִכֹּהֵ֖ן יִקָּֽחוּ׃  « une veuve ou une divorcée, ils ne prendront pas pour eux comme femme mais seulement des vierges de la semence de la maison d’Israël. Et la veuve qui sera veuve d’un Cohen, ils la prendront. » (Yéhézkel 47, 22).

[4] Cette interdiction ne concernait que le Cohen gadol qui allait faire la avoda.

[5] כִּ֚י אִם־לִשְׁאֵר֔וֹ הַקָּרֹ֖ב אֵלָ֑יו לְאִמּ֣וֹ וּלְאָבִ֔יו וְלִבְנ֥וֹ וּלְבִתּ֖וֹ וּלְאָחִֽיו׃  (Wayikra 21,2)

[6] Cette précision étant absente du verset : וְאֶל־מֵ֣ת אָדָ֔ם לֹ֥א יָב֖וֹא לְטָמְאָ֑ה כִּ֣י אִם־לְאָ֡ב וּ֠לְאֵם וּלְבֵ֨ן וּלְבַ֜ת לְאָ֗ח וּלְאָח֛וֹת אֲשֶֽׁר־לֹא־הָיְתָ֥ה לְאִ֖ישׁ יִטַּמָּֽאוּ׃  (Yé’hézkel 44, 25).

[7] וְיַ֥יִן לֹֽא־יִשְׁתּ֖וּ כָּל־כֹּהֵ֑ן בְּבוֹאָ֖ם אֶל־הֶֽחָצֵ֥ר הַפְּנִימִֽית׃ « Ils ne boiront pas de vin, tout Cohen, lorsqu’ils pénètreront dans la Cour intérieure »

[8] Le prophète prescrit au Cohen de ne pas consommer la viande d’un animal mort naturellement ou déchiré, cela avec la précision suivante : "oiseau ou animal" (Yé’hézkel 44, 31). On est tenté de penser qu’il s’agit là d’une prohibition inutile puisque ce genre de viande (charogne) est prohibé à tous les enfants d’Israël, qu’ils soient Cohen ou non (Wayikra 22, 8). Mais l’apparente répétition inutile n’en est cependant pas une : Yé’hézkèl apporte une information supplémentaire pour les prêtres. Comme indiqué en T.B. Ména’hot 45a. Cit. S. G. Rosenberg (2000), p. 128.

[9] La seconde raison tenait à ce que ce livre était le seul du Nakh à avoir été écrit en-dehors d’Erets Israël (argument rejeté car il avait été commencé à Jérusalem avant l’exil du prophète, puis avait mobilisé l’attention des hommes de la Grande Assemblée qui l’avaient édité (T. B. Baba Batra 15B). Selon S. G. Rosenberg (2000), p. 129.

[10] Les quatre points mentionnés ici ne sont en effet qu’une partie des différences entre le livre du prophète et la Torah, mais ces solutions n’ont pas été enregistrées dans la source rapportant cette annecdote. T. B. Chabbat 13b  (Cit. S. G. Rosenberg, 2000, p. 129). Cependant d’autres pages talmudiques suggèrent que le problème reste posé et ne sera résolu que grâce à la solution qu’en donnera Eliyahou hanabi, au début des temps messianiques (T. B. Mena’hot 45a).

[11] ’Houmach Safra, p. 1244.

[12] ’Houmach Safra, p. 1244.

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