Des actes symboliques

(c) Hillel Bakis - Ouvrage en cours de rédaction. Texte non définitif (draft)

 

II-11* Chabbat WAYIGACHE  

 

Haftara commune aux  différentes coutumes

(Yé'hezkel 37, 15-28)

 

וַיְהִ֥י דְבַר־ יְיָ

 

 

 Des actes symboliques

Une fois de plus, la haftara nous montre un prophète accomplissant un acte symbolique : ici, à la demande de Hachèm, Yé'hézkèl réunit deux morceaux de bois en un seul. 

On se souvient d’autres démarches similaires des Prophètes[1] dans les haftarot (voir les tableaux suivants).

 

Prophètes

Actes symboliques

Explications

Références

haftara des chabbats

Yé'hézkèl (Ezéchiel)

Il réunit deux morceaux de bois en un seul.

La réunion des enfants d'Israël qui étaient répartis en deux royaumes : celui d'Israël (dix tribus perdues depuis l'exil), et celui du royaume de Yéhouda

Yé'hézkèl 37, 16-22

Vayigach

Yécha’ya (Isaïe)

Le prophète se fait accompagner par un de ses fils (Chéar-Yachouv[2]) dont le nom signifie « le rescapé se repentira ».

  

Yécha’ya 7, 3 

Yitro

(selon certaines coutumes)

Yirméya (Jérémie)

Achat d’une propriété foncière alors que l’armée de Babel s’apprête à occuper le royaume, détruire le Temple et exiler la population.

Cette acquisition foncière est une action symbolique voulue par Hachem qui n’abandonne pas Son peuple. Malgré les viscicitudes historiques, le peuple choisi par Hachem reviendra habiter sa terre dans l’avenir.

Yirméya 32, 6-14

Béhar

Chémouel hanavi

Il saisit le pan du manteau du roi Chaoul. Celui-ci se déchire.

Le prophète dit au roi que Hachèm lui retire la royauté et l’a donne à un autre (littéralement : « a déchiré sur toi aujourd’hui la royauté d’Israël ».)

 

Chémouel 15, 27-28

Avant la haftara de Zakhor ;

 

Avant la haftara de Pourim

 

Il existe d’autres exemples de prophète accomplissant un acte symbolique dans les livres des prophètes en dehors des textes servant d’haftarot.

 

A'hiya hachiloni

Déchirer un vêtement[3] en douze morceaux

Le prophète dit au futur roi d'Israël que Hachèm lui annonce par ce geste : dix de ces morceaux sont à toi; Hachèm a déchiré le royaume de Chélomo en deux royaumes, et tu régneras sur dix tribus; il ne restera que deux tribus pour le descendant de David[4].

I Mélakhim 11, 29-30

Yirméya (Jérémie)

Se rendre chez le potier qui faisait son ouvrage sur son tour.

 

Le  vase ne fut pas réussi et le potier en fit un autre. Hachèm se sert de cela pour comparer Israël a « l’argile dans la main du potier ».

Yirméya 18, 1-11

 

 

Yirméya (Jérémie)

« Va, et achète un vase de potier » ; « Et tu briseras le vase »

 

« Je briserai ainsi ce peuple et cette ville, comme on brise un vase de potier qui ne peut être raccommodé »

Yirméya

19, 1 / 19,10-11

    

Yécha’ya (Isaïe)

Aller dévêtu et déchaussé ; ce qu'il fit pendant trois ans

De même les captifs d'Egypte et les exilés d'Ethiopie jeunes et vieux, seront emmenés comme captifs par le roi d'Assyrie. Ils seront alors dévêtus et déchaussés.

Yécha’ya 20, 2-4

Hochéa' (Osée)

S'unir à une femme  de mauvaise vie et en avoir des enfants

Car "ce pays se prostitue" en délaissant Hachèm.

Hochéa' 1

 

Zékharia (Zacharie)

Prendre de l'argent et de l'or, et d'en faire des couronnes. Ces dernières seront posées sur la tête du Kohen[5] fils du le grand-prêtre[6].

Ces couronnes, représentent-elles l’union de la prêtrise et de la royauté au temps du Machia'h ? [7]

Zékharia  6, 11-14

Yirméya (Jérémie)

Acheter une ceinture de lin et de la porter.  Après quelques jours, Hachèm lui ordonne d'aller au bord de l’Euphrate et d'y cacher la ceinture. Au bout de quelques temps il retourna la chercher mais elle s'était gâtée (au contact de l'humidité des lieux probablement).

Comme une ceinture s’attache aux reins d’un homme, ainsi Hachèm S'est attaché toute la maison d’Israël et toute la maison de Juda pour être Son peuple ; "mais ils n’ont pas écouté".

Yirméya 13, 1-8 (acte symbolique); et 9-12  (explication de l'acte symbolique)

Yirméya (Jérémie)

Mentionner dans un livre les calamités qui devaient atteindre Babylone dans le futur. En donner lecture, puis, après y avoir attaché une pierre, jeter le livre dans l'Euphrate.

En joignant la parole au geste Yirméya devait dire alors :

"Ainsi s'effondrera Babel, pour ne plus se relever. Par l'effet de la calamité que je fais fondre sur elle, ils [les babyloniens] périront d’épuisement !"

Yirméya 51, 60-64

 

 

On peut se demander pourquoi Hachèm demande à Ses prophètes d'avoir recours à des actes précis servant de symbole ?

La première réponse tient à l'impression créée sur l'auditeur, l'illustration matérielle d'une idée rend plus fort le message et en facilite sa compréhension. La seconde réponse se situe à un autre niveau. Il faut savoir que toute prophétie de Hachèm ne se réalise pas nécessairement : elle est conditionnelle, sous-entendant "si vous ne déméritez pas" (pour les prophéties favorables) ou si vous gagnez du mérite (les malheurs annoncés par les prophéties défavorables sont annulés par la téchouva).

La seconde réponse se situe à un autre niveau. Une prophétie expriment la parole de Hachèm ; on peut en déduire qu'elle se réalisera. Pourtant, Hachèm peut modifier son jugement selon le comportement des êtres humains. Sans cela le repentir n'aurait pas la force qu'on lui connaît. La prophétie est dite pour se réaliser si les êtres humains ne changent pas de comportement. D'une certaine manière on peut considérer que la prophétie est "conditionnelle", sous-entendant "si vous ne déméritez pas" (en cas de prophétie favorable) ou "si vous gagnez du mérite" (lorsque des malheurs sont annoncés par les prophéties défavorables, ils peuvent être annulés lorsque le êtres humains font téchouva. Voir le livre de Yona/Jonas).

Mais parfois la prophétie est irréversible : Ramban enseigne que telle est le cas lorsque que le prophète appuie son message d'un acte[8].

La haftara de cette semaine apporte donc une grande consolation depuis sa formulation. Le prophète annonce la future réunion de l'ensemble des tribus issues de Ya'akob. Et ici, cette prophétie est de la catégorie des prophéties irréversibles. Elle n'est en rien conditionnelle comme c'est parfois le cas.

De solides raisons d'espérer sont donc données par Yé'hézkèl, comme on va le voir ci-après dans la dracha suivante sur la même haftara : « La réunion de deux pièces de bois ».

 


[1] Voir:  G. R' Alain Goldmann (2008), Le prophète Ezéchiel. La réunion des deux royaumes frères". Vidéo de 25 mn, Séfarim, Paris (et le document 1, posté sur http://www.akadem.org/sommaire/series/module_5066.php).

[2] צֵא־נָא֙ לִקְרַ֣את אָחָ֔ז אַתָּ֕ה וּשְׁאָ֖ר יָשׁ֣וּב בְּנֶ֑ךָ. « Va donc à la rencontre de A’haz, toi et Chear Yachouv ton fils ».

[3] On lit: וַיִּתְפֹּ֣שׂ אֲחִיָּ֔ה בַּשַּׂלְמָ֥ה הַֽחֲדָשָׁ֖ה אֲשֶׁ֣ר עָלָ֑יו וַיִּ֨קְרָעֶ֔הָ שְׁנֵ֥ים עָשָׂ֖ר קְרָעִֽים  (I Mélakhim 1, 30). S'agit-il de sa propre tunique ou celle de Yarob'am (יָֽרָבְעָ֖ם  , Jéroboram 1er ; Yéravam)? Les avis sont partagés.

[4] L'un comprenant dix tribus, l'autre deux tribus restant sous la souveraineté d'un descendant de David.

[5] Egalement nommé royaume d’Ephraïm ou royaume du Nord.

[6] Que le grand-prêtre soit couronné est étonnant. Réunir sur une même tête la couronne royale et celle de la prêtrise n'est pas conforme: même si les Maccabées le firent après leur révolte au lieu de rendre la royauté à un descendant de Yéhouda; même si le roi Osia de Yéhouda pénétra dans le Temple pour offrir des parfums sur l’autel des parfums (les Kohanim menés par 'Azariahou vinrent lui reprocher son acte de révolte, mais le roi se mit en colère. Alors Hachèm le frappa de lèpre qu'il conserva jusqu'au jour de sa mort (II Dibré hayamim / Chroniques 26,16-21).

[7] Cette union des deux fonctions est contraire à la Loi, mais elle est suggèrée, pour l'époque du Messie, par le verset: שְֽׁמַֽע־נָ֞א יְהוֹשֻׁ֣עַ ׀ הַכֹּהֵ֣ן הַגָּד֗וֹל אַתָּה֙ וְרֵעֶ֨יךָ֙ הַיֹּֽשְׁבִ֣ים לְפָנֶ֔יךָ כִּֽי־אַנְשֵׁ֥י מוֹפֵ֖ת הֵ֑מָּה כִּֽי־הִנְנִ֥י מֵבִ֛יא אֶת־עַבְדִּ֖י צֶֽמַח׃  "Ecoute bien, Yéhochoua', le grand-prêtre, toi et tes collègues qui se tiennent devant Moi, car vous êtes des hommes [qui servent] de signes [de préfiguration]. Car voici, Je ferai venir mon serviteur, Tséma'h" (Zacharie 3.8).

[8] Ramban, צוארי שלל, cit. R' Weissman Moché (1993), The Midrach says on the weekly haftaros, Vol. 1, sur Wayigach, p. 284 et  p. 442 (note 11).

 

juin 2015

 

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