Le Pessa’h du roi Yochiyahou (Josias)

 

 

Haftara commune a plusieurs rites

(II Mélakhim  23, 1-9)

 

וַיִּשְׁלַ֖ח הַמֶּ֑לֶךְ

 

Le pessa’h du roi Yochiyahou (Josias)

 

Cette haftara parle d’une époque caractérisée par un très faible attachement à Hachèm. Malgré l’existence du premier Temple, une décadence spirituelle avait balayé tout espoir de téchouva. Cette période suit en effet le long règne du roi Ménaché (Ménassé), roi qui avait permis - et même promu- le développement des cultes idolâtres au détriment du service de Hachèm.

A sa mort, c’est son petit fils qui lui succéda, Yochiyahou  [1] (Josias) qui n’avait que huit ans lors de son accession au trône. Le nouveau roi, comme tant de se ses sujets, ignorait presque tout de la Torah et n’avait pas appris l’importance du respect de ses prescriptions ! Car, depuis des décennies, l'étude de la Torah avait été contrariée. Heureusement, malgré les consignes du roi Ménaché en vue de la destruction des rouleaux de la Loi, un rouleau avait caché dans le Temple et il sa découverte eut lieu sous le règne du roi Yochyahou.

Cette haftara comprend neuf versets consécutifs, puis un autre groupe de versets du même chapitre.

Les sept premiers versets du chapitre 22 sont lus par les Yéménites. On y apprend que des réparations ont été ordonnées par le roi dans le Bet hamikdach. Dans la 18ème année de son règne, il envoie un ordre au grand prêtre pour « renforcer l’entretien de la maison ». Dans ce but, il destine une somme d’argent «   aux artisans, aux bâtisseurs, à ceux qui montent les cloisons, pour acheter des bois, des pierres de taille, pour consolider la maison » (6). Au cours de ces réparations le rouleau de la Loi caché dans le Temple fut découvert par le kohen gadol Hilkiyahou [2]  .

Les autres versets du chapitre 22 ne font pas partie du texte de la haftara mais il est utile de les résumer. Une véritable révolution spirituelle de tout le peuple, sous la conduite du nouveau roi, alors âgé de vingt-six ans, va résulter de la découverte du sepher caché dans le Temple  [3]. Apprenant cette découverte il s’intéressa à ce séfer. Lorsqu’on le lui lu, il prit conscience de la distance qui séparait la situation spirituelle de son royaume des attentes divines exprimées dans la Torah.

Le roi comprit que son royaume était au bord du gouffre et qu’il était nécessaire d’inverser le cours des choses aggravées par Ménaché son père. כִּֽי־גְדוֹלָ֞ה חֲמַ֣ת יְיָ אֲשֶׁר־הִיא֙ נִצְּתָ֣ה בָ֔נוּ עַל֩ אֲשֶׁ֨ר לֹֽא־שָׁמְע֜וּ אֲבֹתֵ֗ינוּ עַל־דִּבְרֵי֙ הַסֵּ֣פֶר הַזֶּ֔ה לַֽעֲשׂ֖וֹת כְּכָל־הַכָּת֥וּב עָלֵֽינוּ׃ « Car grande est la fièvre de Hachèm qui est attisée contre nous parce que nos pères n’ont pas entendu les paroles de cet livre pour accomplir tout ce qui est écrit pour nous. » (II Mélakhim  22, 13). Cette lecture fut donc salutaire : le roi éprouva un vif désir de revenir à D.ieu et d’un faire retourner aussi tout son peuple.וַֽיְהִי֙ כִּשְׁמֹ֣עַ הַמֶּ֔לֶךְ אֶת־דִּבְרֵ֖י סֵ֣פֶר הַתּוֹרָ֑ה וַיִּקְרַ֖ע אֶת־בְּגָדָֽיו׃  « Lorsque le roi entendit les paroles du rouleau de la Torah, il déchira ses habits » (II Mélakhim  22, 11). Il ordonna : לְכוּ֩ דִרְשׁ֨וּ אֶת־יְיָ בַּֽעֲדִ֣י וּבְעַד־הָעָ֗ם וּבְעַד֙ כָּל־יְהוּדָ֔ה עַל־דִּבְרֵ֛י הַסֵּ֥פֶר הַנִּמְצָ֖א הַזֶּ֑ה « Allez, consultez Hachèm pour moi, et pour le peuple, et pour tout Yéhouda, sur les paroles de ce sépher trouvé » (II Mélakhim  22, 13).

Sur ses consignes le grand prêtre et d’autres dignitaires allèrent consulter ‘Houlda la prophétesse  [4] qui habitait Jérusalem (II Mélakhim  22, 14-20). On peut se demander pourquoi c’est elle qui fut consultée et non l’autre prophète de ce temps-là, Yirméyahou ? Une réponse est fournie par les Sages : le roi préféra s’adresser à elle car en tant que femme, elle accepterait peut-être plus volontiers que Yirméyahou d’intercéder en priant Hachèm. 

Les paroles de ‘Houla hanévia furent dures  [5] : כֹּ֚ה אָמַ֣ר יְיָ הִנְנִ֨י מֵבִ֥יא רָעָ֛ה אֶל־הַמָּק֥וֹם הַזֶּ֖ה וְעַל־יֹֽשְׁבָ֑יו אֵ֚ת כָּל־דִּבְרֵ֣י הַסֵּ֔פֶר אֲשֶׁ֥ר קָרָ֖א מֶ֥לֶךְ יְהוּדָֽה׃  «  Ainsi dit Hachèm: Me voici ! Je fais venir le malheur sur ce lieu et sur ses habitants, toutes les paroles de l’acte que le roi de Yéhouda a lues. » Or, le roi avait été particulièrement impressionné par la paracha Ki Tavo et l’annonce des malédictions qui ne manqueraient pas de suivre la violation de l'alliance. ‘Houlda ajouta : תַּ֣חַת ׀ אֲשֶׁ֣ר עֲזָב֗וּנִי וַֽיְקַטְּרוּ֙ לֵֽא׳לֹהִ֣ים אֲחֵרִ֔ים לְמַ֨עַן֙ הַכְעִיסֵ֔נִי בְּכֹ֖ל מַֽעֲשֵׂ֣ה יְדֵיהֶ֑ם וְנִצְּתָ֧ה חֲמָתִ֛י בַּמָּק֥וֹם הַזֶּ֖ה וְלֹ֥א תִכְבֶּֽה׃   Parce qu’ils M’ont abandonné et font des sacrifices d’encens à d’autres dieux pour M’irriter avec toute l’oeuvre de leurs mains, ma fièvre est attisée contre ce lieu, elle ne s’éteindra pas » (II Mélakhim  22, 17).  

Cette annonce de malheurs à venir sera vérifiée lorsqu’ils s’abattront après le règne de Yochiyahou, roi juste qui avait rétabli le culte de Hachèm. Cependant les mauvaises actions du roi Ménaché furent telles (et celles des successeurs de Yochiyahou) qu’elles ne suffirent pas à annuler le châtiment : אַ֣ךְ ׀ לֹא־שָׁ֣ב יְיָ מֵֽחֲר֤וֹן אַפּוֹ֙ הַגָּד֔וֹל אֲשֶׁר־חָרָ֥ה אַפּ֖וֹ בִּֽיהוּדָ֑ה עַ֚ל כָּל־הַכְּעָסִ֔ים אֲשֶׁ֥ר הִכְעִיס֖וֹ מְנַשֶּֽׁה׃  «  Mais Hachèm ne revient pas de Sa grande colère qui brûlait contre Yéhouda, pour toutes les irritations dont Menashè l’avait irrité » (II Mélakhim  23, 2).

Le règne de Yochiyahou fut cependant préservé de tout mal car fut renouvelé le Pacte de la relation de Hachèm avec les enfants d’israël. Ce derniers ont commencé un « nettoyage de Pessa’h » radical dans le Temple afin de le rendre apte, de nouveau, au service de Hachèm.

Au début du chapitre 23, le roi réunit les anciens de Yéhouda et de Jérusalem.et tout le peuple. Il réussit à faire en sorte que le peuple fasse téchouva.  Certains versets ne sont pas lus dans la plupart des rites : seul le rite d’Europe orientale  [6] les inclut. Ils rendent compte des actions immédiates prises contre les idoles et leurs prêtres : le roi ordonna de faire sortir du Temple de Hachèm tous les objets faits pour le service des idoles (Ba‘al, Achéra, etc.) et de les incinérer hors de Jérusalem (23, 4-5). Il supprima aussi les prêtres qui assuraient le service de ces idoles (23, 5). Il fit sortir l’achéra du Temple et de Jérusalem  [7]. Il prolongea le travail de purification contre le culte de « Tophèt qui était dans le Val-de-Bèn-Hinôm, pour que nul homme ne fasse plus passer au feu son fils ou sa fille pour Molèkh  [8] » (23,10) ; contre le culte du Soleil (23,11). Il fait détruire les autels édifiés par les rois A’haz, Menaché et même Chélomo (23, 12-13).

 Yochiyahou mena avec succès une téchouva complète et ce revirement royal positif était sans précédent dans les annales, comme on le lira plus loin, dans le dernier verset de cette haftara. וְכָמֹהוּ֩ לֹֽא־הָיָ֨ה לְפָנָ֜יו מֶ֗לֶךְ אֲשֶׁר־שָׁ֤ב אֶל־יְיָ בְּכָל־לְבָב֤וֹ וּבְכָל־נַפְשׁוֹ֙ וּבְכָל־מְאֹד֔וֹ כְּכֹ֖ל תּוֹרַ֣ת מֹשֶׁ֑ה וְאַֽחֲרָ֖יו לֹא־קָ֥ם כָּמֹֽהוּ׃ « et, comme lui, il n’y eut pas de roi auparavant, qui soit retourné vers Hachèm, de tout son cœur, de tout son âme et de toute sa puissance, selon la Torah de Moché. Et, après lui il ne s’en est pas levé de semblable » (II Mélakhim  23,25).

Eprouvant un sincère repentir, il a réussi à entraîner le peuple entier au repentir et au retour à la Torah. Cette révolution spirituelle va connaître son paroxysme après le renouvellement de l’alliance entre le peuple et son D.ieu. Pessa'h fut fêtée de nouveau à Jérusalem, et le korban pessa’h fut consommé, comme dans le passé dans la ferveur.

Ce sujet du sacrifice pascal fournit d’ailleurs le lien direct entre le contenu de la haftara et la fête de Pessa’h. Mais on peut trouver un autre lien: au temps de la sortie d’Egypte, les enfants d’Israël ont constitué un peuple. De la même manière, pendant le règne de Yochiyahou, c’est à une nouvelle naissance que l’on assiste : le resserrement de liens distendus pendant un demi-siècle entre Israël et Hachèm.

En lisant cette haftara, on est pris d’optimisme : l’immense force de la téchouva est démontrée, puisqu’elle est parvenue alors à ne pas déclencher le terrible châtiment annoncé par ‘Houlda. 

Ce chatiment n'aurait pu ne jamais intervenir si les rois et le peuple des périodes suivantes avaient continué dans la voie juste indiquée par Yochiyahou.

Mais ce ne fut pas le cas, hélas !

 


[1] Autre orthographe: Yoshiyahu.

[2] Autres orthographes: 'Hilkiahou, 'Hilkiahu, 'Hilkiah.

[3] En l’an 621 AEC (selon R’ J. Schwarz, 1996, p. 457).

[4] חֻלְדָּ֨ה הַנְּבִיאָ֜ה . Autres orthographes : ‘Hulda, ‘Huldah, ‘Houldah. Elle est, avec Déborah, l’une des deux prophétesses nommées dans les livres des prophètes (d’autres femmes furent également prophétesses). ‘Houlda descendait de Yéochoua’ et de Ra’hab, tout comme Yirméyahou. L’un et l’autre tentaient de faire naître le repentir parmi les enfants d’Israël, Yirméyahou parmi les hommes, ‘Houlda parmi les femmes

[5] Notons aussi :   elle destina la réponse de Hachèm à « l’homme qui vous envoie à moi » ‘Houlda s’adressa aux messagers וַתֹּ֣אמֶר אֲלֵיהֶ֔ם כֹּֽה־אָמַ֥ר יְיָהֵ֣י יִשְׂרָאֵ֑ל אִמְר֣וּ לָאִ֔ישׁ אֲשֶׁר־שָׁלַ֥ח אֶתְכֶ֖ם אֵלָֽי׃ (II Mélakhim 22, 15) !  Etait-ce encore ‘Houlda qui parlait, auquel cas, elle s’adressait sans aucune cérémonie à Yochiyahou, roi de Yéhouda ; mais peut-être était-ce déjà Hachèm qui répondait au roi, et alors aucune cérémonie n’était nécessaire et il faudrait même traduire : « l’homme qui vous envoie à Moi ».

[6] Noussa’h sfarde (polonais, russe, biélorusse, ukrainien, certains ‘hassidim, etc.).

[7] וַיֹּצֵ֣א אֶת־הָֽאֲשֵׁרָה֩ מִבֵּ֨ית יְיָ מִח֤וּץ לִירֽוּשָׁלִַ֨ם֙ (23, 5).

[8] Autres orthographes : Molok, Moloch, Molock, Moloc, Molokh, Molek, Molech.  Son culte était pratiqué par les Cananéens et les Phéniciens qui faisaient passer leurs enfants par le feu (parfois par des Hébreux tombés dans d’idolâtrie). La Torah met en garde en des termes très forts: וּמִֽזַּרְעֲךָ֥ לֹֽא־תִתֵּ֖ן לְהַֽעֲבִ֣יר לַמֹּ֑לֶךְ וְלֹ֧א תְחַלֵּ֛ל אֶת־שֵׁ֥ם הֶ֖יךָ אֲנִ֥י יְיָ ׃  « Et tes enfants tu ne les passera pas par le feu pour Molèkh » (Vayikra 18, 21).

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