Comme le renouvellement de la lune

(c) Hillel Bakis, 2009-..... 

Sur la haftara du chabbat Roch 'Hodech 

 

Comme le nouvellement de la Lune

 

Des sacrifices sans la sincérité du cœur

Dans cette haftara, Yécha’yahou hanabi réprimande les enfants d’Israël de sa génération, car, ils vivaient en contradiction avec les commandements de la Tora tout en offrant des sacrifices au Bet hamikdach.

C’est par les mots suivants que commence le texte : כֹּ֚ה אָמַ֣ר יְיָ הַשָּׁמַ֣יִם כִּסְאִ֔י וְהָאָ֖רֶץ הֲדֹ֣ם רַגְלָ֑י אֵי־זֶ֥ה בַ֨יִת֙ אֲשֶׁ֣ר תִּבְנוּ־לִ֔י וְאֵי־זֶ֥ה מָק֖וֹם מְנֽוּחָתִֽי׃ « Ainsi parle Hachèm : le ciel est Mon trône, la terre Mon repose-pied. Quelle demeure voulez-vous Me construire, quel endroit (prévoyez-vous) pour Mon repos ? » (Yécha’yahou 66,1).

Hachèm fait remarquer qu’il n’a pas besoin d’une demeure au sens où l’entendent les êtres humains. Le bet hamikdach, une fois construit, contiendra la Présence divine, mais pas à la manière dont une maison contient ses résidents. Hachèm n’est pas limité à un palais : il emplit le ciel et la Terre. Le Radak enseigne que même ceci n'est qu'une image imparfaite : le ciel et la Terre ne suffisent pas à « contenir » Hachèm [1]. Le Radak, explique que cette demeure « est prévue pour que les fidèles, lorsqu'ils sont mus par la ferveur et la sincérité, viennent y prier, pour qu'ils y offrent des sacrifices afin de motiver leur cœur, de détruire les mauvaises pensées ou les idéologies erronées. » [2]

 

 C’est dire que ce qui est important, dans l’offre de sacrifices, n’est pas tant l’acte lui-même mais l’intention : il s’agit d’une volonté de changement vers le bien. Au contraire, l’offre de sacrifices au Bet hamikdach sans aucune intention de modifier son comportement, dans le sens des mitsvot de la Torah, n’est pas positive.

Hachèm demande notre humilité lors de l’offre de sacrifices au Bet hamikdach : en fait, Il a besoin de notre fidélité et non de sacrifices hypocrites [3]. Le prophète donne des exemples concrets de telles infidélités (Yécha’yahou 66, 3): certains immolent un bœuf en l’honneur de Hachèm, mais n’hésitent pas à assassiner leurs prochains ! D’autres peuvent à la fois sacrifier un agneau à Hachèm et offrir un chien, ou un pourceau, ou de l’encens en l'honneur d’idoles !

 

L’humilité de la Lune

Mais en quoi ce thème de l’humilité est-il relié à l’actualité de ce chabbat, premier du mois ?

Pour répondre à cette question, il faut se souvenir de ce qui est dit du Soleil et de la Lune dans le premier chapitre de la Torah.וַיַּ֣עַשׂ אֱלֹהִ֔ים אֶת־שְׁנֵ֥י הַמְּאֹרֹ֖ת הַגְּדֹלִ֑ים אֶת־הַמָּא֤וֹר הַגָּדֹל֙ לְמֶמְשֶׁ֣לֶת הַיּ֔וֹם וְאֶת־הַמָּא֤וֹר הַקָּטֹן֙ לְמֶמְשֶׁ֣לֶת הַלַּ֔יְלָה וְאֵ֖ת הַכּֽוֹכָבִֽים׃  « Dieu créa les deux grands luminaires : le grand pour le jour et le petit pour la nuit, et les étoiles » (Béréchit 1, 16).

On ne lit jamais assez bien les mots de versets qui semblent connus et ne présenter aucune difficulté. Ici on remarquera une contradiction, comme l’ont noté les Sages. Comment peut-on parler d’abord de שְׁנֵ֥י הַמְּאֹרֹ֖ת הַגְּדֹלִ֑ים « deux grands luminaires » puis d’indiquer qu’en fait, l’un est הַגָּדֹל֙ « grand pour le jour » mais l’autre est הַקָּטֹן֙ « petit pour la nuit ».  

Les Sages ont expliqué cela par une parabole : « Lorsque l'Eternel eut créé deux grand luminaires, la lune est venue se plaindre auprès du Maître du monde, lui faisant remarquer que "deux rois ne peuvent utiliser la même couronne", que deux luminaires de même grandeur ne peuvent coexister. Alors, le Saint, béni soit-il, lui a répondu : "Va, fais-toi un peu plus petite, même si tu es, toi aussi, "une grande" et tu verras que la coexistence sera tout à fait possible" » [4].

L'adoption de cette haftara à l'occasion du nouveau mois est liée, pour R’ Schwarz, au fait que « l'Eternel accorde sa considération à celui qui sait se conduire avec modestie et humilité » [5]. Ce conseil de Hachèm à la Lune, est une leçon pour tous. Une leçon explicitement exprimée par le verset suivant וְאֶל־זֶ֣ה אַבִּ֔יט אֶל־עָנִי֙ וּנְכֵה־ר֔וּחַ וְחָרֵ֖ד עַל־דְּבָרִֽי׃ « Voici pourtant ce que J'aime à embrasser de mes regards : les humbles, ceux qui ont le cœur contrit » [6], « qui tremble à Ma parole » (Yécha’yahou 66, 2).

 

Comme le renouvellement de la Lune…

Le thème de la Lune renvoie aussi à une constante astronomique : la renaissance de cet astre.

Une renaissance de l’astre lunaire que Yécha’yahou met prophétiquement en relation avec la renaissance d’Israël et la reconnaissance universelle de Hachèm. « Oui! Comme ces cieux nouveaux et comme cette terre nouvelle que Je ferai naître dureront devant Moi, dit Hachèm, ainsi subsisteront votre race et votre nom » (Yécha’yahou 66, 22) [7]. « Et il arrivera constamment, à chaque néoménie, à chaque sabbat, que toute chair viendra se prosterner devant Moi, dit Hachèm » (Yécha’yahou 66, 23) [8].

Le prophète réconforte les enfants d’Israël, en les assurant du renouvellement de leur nation. « Comme un fils que sa mère console, ainsi vous consolerai-Je ; et c'est dans Jérusalem que vous trouverez votre consolation » (Yécha’yahou 66, 13) [9].  Il ajoute : וּרְאִיתֶם֙ וְשָׂ֣שׂ לִבְּכֶ֔ם וְעַצְמֽוֹתֵיכֶ֖ם כַּדֶּ֣שֶׁא תִפְרַ֑חְנָה וְנֽוֹדְעָ֤ה יַד־יְיָ אֶת־עֲבָדָ֔יו וְזָעַ֖ם אֶת־אֹֽיְבָֽיו׃   « Vous le verrez, et votre cœur sera joyeux, et vos membres, comme l'herbe nouvelle, en seront rajeunis ; la main de Hachèm se signalera à Ses serviteurs, et Il fera peser Sa colère sur Ses ennemis » (Yécha’yahou 66, 14)

Les cinq premiers mots de ce verset sont gravés sur une des pierres du Mur occidental du Temple (Kotel hama’aravi), et, plus précisément sous l’arche de Robinson [10]. Suivons (en note ou sur son site [11]) le Rav Y. R. Dufour א’’שליט qui nous fait partager sa propre découverte. Le Rav Chélomo Aviner א’’שליט écrit au sujet de cette inscription : « Lorsque nous sommes revenus sur notre terre, cette pierre nous attendait avec ses propos de consolation. C'est comme si le prophète Yécha'yahou nous annonçait, au-delà des temps sa promesse réconfortante du retour tant espéré » [12].


[1] Cit. J. Kohn (1997), La Haftara commentée, voir pp. 174-175.                                                    

[2] Cit. J. Kohn (1997), La Haftara commentée, voir pp. 174-175.

[3] R’ J. Schwarz, Les haftarot, p. 403.

[4] R’ J. Schwarz, Les haftarot, p. 402.

[5] R’ J. Schwarz, Les haftarot, p. 402.

[6] Les versets suivants sont notamment traduits en s’inspirant de la traduction du Rabbinat français. Séfarim.org.

[7] כִּ֣י כַֽאֲשֶׁ֣ר הַשָּׁמַ֣יִם הַֽ֠חֲדָשִׁים וְהָאָ֨רֶץ הַֽחֲדָשָׁ֜ה אֲשֶׁ֨ר אֲנִ֥י עֹשֶׂ֛ה עֹֽמְדִ֥ים לְפָנַ֖י נְאֻם־יְיָ כֵּ֛ן יַֽעֲמֹ֥ד זַרְעֲכֶ֖ם וְשִׁמְכֶֽם׃

[8] וְהָיָ֗ה מִֽדֵּי־חֹ֨דֶשׁ֙ בְּחָדְשׁ֔וֹ וּמִדֵּ֥י שַׁבָּ֖ת בְּשַׁבַּתּ֑וֹ יָב֧וֹא כָל־בָּשָׂ֛ר לְהִשְׁתַּֽחֲו֥͏ֹת לְפָנַ֖י אָמַ֥ר יְיָ׃  

[9] כְּאִ֕ישׁ אֲשֶׁ֥ר אִמּ֖וֹ תְּנַֽחֲמֶ֑נּוּ כֵּ֤ן אָֽנֹכִי֙ אֲנַ֣חֶמְכֶ֔ם וּבִירֽוּשָׁלִַ֖ם תְּנֻחָֽמוּ׃

[10] L’inscription date du 4ème s. EC. Voir : Ben-Dov (1985), In the Shadow of the Temple, Keter, Jerusalem, pp. 219-223 (cit. S. G. Rosenberg, p. 220, reproduction).

[11] « J'ai lu quelque part qu'il y a une inscription sur ces pierres sous l'arche et comme vous l'avez vu pour les pierres du Kotel, j'ai trouvé, en cherchant à partir de photos du 19e et du début du 20e siècle, j'ai trouvé des inscriptions datant de ces époques du Temple, par le regard... Et, ensuite, les longues focales des appareils photos permettent de se rapprocher… soudain il me semble distinguer tout là-haut, au dessus de la petite touffe d'herbe quelques caractères hébraïques. Photo, zoom. Emotion! Exact. Je déchiffre en clignant les yeux: vav, reich, aleph, youd, tav samekh (ouréitem, et vous verrez) vav chine chine (vésas, et se réjouira), lamed,beit,kaf,mem sofite (libékhém, vos coeurs). Je passe à la ligne suivante : vav, ayine, tsadé, mem, vav, tav, kqf, mem sofit (véâtsémotékhem, et vos os) kaf, dalet, chine, aleph (kadéché, comme de l'herbe). C'est le verset d'Isaïe 66, 14: "Vous le verez et votre coeur se réjouira, et vos os comme l'herbe ». On sait que la suite du verset est : « seront rajeunis, la main de D.ieu se manifestera pour Ses serviteurs et Il fera peser Sa colère sur Ses ennemis ». Le Rav poursuit : « Evidemment, le Juif qui a écrit cela n'a pas mis ces derniers mots mais il a eu le courage de leur lancer cette imprécation et ce bon message dans la pierre. C'est pris du passage ‘Réjouissez-vous avec Jérusalem et soyez dans l'allégresse, vous tous qui l'aimez’. MAGNIFIQUE! Quelle émotion. Vous venez de lire avec moi ce message écrit pour vous dans la pierre il y a deux millénaires. »

http://www.modia.org/jerusalem/jerufouilles1.html

[12] R’ Ch. Aviner (5763), p. 187.

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