2001 – Sur les poésies de R’ David Ben Hassine

 

Hillel Bakis (2001),

« Une œuvre majeure restituée au public »

Sur les poésies de R’ David Ben Hassine co-éditées par le Pr. André E. Elbaz.

Rubrique : Patrimoine. Littérature. Actualité juive, n° 697, 29 mars, p. 58. 

 

Alors que les Juifs originaires d’Afrique du Nord manifestent un intérêt grandissant pour leur patrimoine culturel, une œuvre majeure vient d’être restituée au grand public. André Elbaz, Professeur à l’Université de Toronto, vient de co-signer deux ensembles de textes de David Ben Hassine (1727-1792) et ces études systématiques sont heureusement replacées dans leur contexte historique et littéraire.

C’était indispensable : les éditions précédentes datent du début du XIXe siècle (Amsterdam) et de 1931 (Casablanca). Le succès a rendu ces exemplaires imprimés très vite introuvables et leur usage intensif a fini par en rendre la lecture difficile. Diverses pièces ont très tôt circulé sous forme manuscrite ou grâce à des anthologies variées (y compris à Calcutta en 1842, et au Yémen).

Ce digne continuateur de l’École classique espagnole à Meknès jouit d’une grande popularité dans les communautés maghrébines et orientales. Qu’on en juge ! Le fameux chant d’allégresse « vé-sim-man tov vé-hatslaha » entonné dans les fêtes judéo-marocaines, n’est autre que le couplet d’un poème nuptial de Ben Hassine. Certains de ses piyyoutim sont chantés lors des circoncisions, à Souccot ou à la sortie de shabbat. L’un de ses poèmes, peut-être le plus connu, chante la gloire de la ville de Tibériade et de ses justes.

Sa complainte sur les persécutions de 1790 dont les violences meurtrières parties de Tétouan se sont prolongées dans tout le Maroc éveille des échos douloureux dans la mémoire juive du monde entier. « J’en appelle à vous, passants ! Qui jamais entendit parler d’un tel forfait ? Qui a vu venir semblable ignominie ? Jamais on ne vit une telle calamité. Ils défoncèrent les portes, Et les mirent en pièces. Des rouleaux de la Thora jonchaient le sol, Jetés comme des paillassons. Oui ! Nous avons vu tout cela de nos yeux. »

Plusieurs poèmes choisis sont traduits. Tous ont été soigneusement édités (voyelles) et commentés. Grâce à ce travail d’érudition, les amateurs de piyyoutim seront comblés. Ils le seront d’autant plus lorsque cette restitution donnera naissance à un ouvrage destiné à une plus large diffusion vers les lecteurs francophones, car la poésie judéo-marocaine mériterait cet effort supplémentaire : traduction intégrale de tous les poèmes, mise en page des textes hébreu et français face à face, indication des mélodies utilisées (reproduction de partition ou enregistrement). Avis aux éditeurs !

Hillel Bakis

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Notes:

* D. Ben Hassine (1999), «Téhilla lé David», édition André E. Elbaz & Ephraïm Hazan, Univ. Bar Ilan & Orot Yahdout Hamaghreb, près de 1000 p. dont 193 en français.

** D. Ben Hassine (2000), «Azharot, Téphilla lé David», édition André E. Elbaz & Benyamin Bar-Tikqva, Institut Européen des Études Hébraïques, Univ. Paris VIII, 68 p. (Fr.) & 73 p. (Héb.).

 

 

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