339-341 Le sens d’un daguech dans la lettre aleph

 

 

 

Précisions grammaticales 

de Rav Zecharia Zermati chlita

 

Comprendre

la présence exceptionnelle

d’un aleph dégoucha (lettre aleph contenant un daguech) dans Vayikra 23, 17 

 

Précisions du Raza''z publiées dans le Tome 7 de la série LA VOIX de JACOB

Grammaire hébraïque, de Hillel Bakis (encadré, pages 339-341) 

Décembre 2013 

 

 

Observons le verset suivant

 מִמּוֹשְׁבֹ֨תֵיכֶ֜ם תָּבִ֣יאּוּ ׀ לֶ֣חֶם תְּנוּפָ֗ה שְׁ֚תַּיִם שְׁנֵ֣י עֶשְׂרֹנִ֔ים סֹ֣לֶת תִּֽהְיֶ֔ינָה חָמֵ֖ץ תֵּֽאָפֶ֑ינָה בִּכּוּרִ֖ים לַֽיְיָ ׃ 

Le fait que la lettre aleph de וַיָּבִ֥יאּוּ (Vayikra / Lévitique 23, 17) [1] contienne un daguèch (comme c’est aussi le cas du aleph de  תָּבִ֣יאּוּ  dans Béréchit / Genèse 43, 26) va à l'encontre des lois de la grammaire. Comme l'enseigne la tradition rabbinique, rien n'est superflu dans la Torah: tout est signifiant. Il convient donc de rechercher la raison de ce point intérieur se trouvant dans une lettre gutturale qui, comme toutes les lettres gutturales hébraïques, ne devrait jamais comporter de daguèch (HB)

 

Le Raza''z explique à ce sujet:

 

Les kabbalistes  expliquent cela [1] en s'appuyant sur la composition de la lettre aleph. Cette lettre comprend trois sous-parties de lettres (deux petites lettres Youd de part et d’autre d’un Vav, ce qui correspond à l’équivalent (10+10+6) de la valeur numérique du Tétragramme (= 26). Or, ce Nom de Hachèm fait allusion à la vertu de Miséricorde (midat hara’hamin).

Cela [2] renvoie au secret du "pain" et à la possibilité d'adoucir la vertu de Justice (midat hadin)  que le pain (hamets) peut symboliser. Cet adoucissement est  réalisable dès lors  que cette lettre Aleph faisant partie du verbe qui ordonne le fait d'apporter ce "pain" est dégoucha, c'est un peu l'action spirituelle réalisée sur le Hamets à l'occasion de la fête de Pessah! 

On peut résumer cette explication comme suit : « on pourrait exprimer le sens du Daguèch dans cet Aleph  en énonçant "Amenez ce pain, mais que la valeur du Aleph soit prépondérante ». C’est-à-dire : que la miséricorde soit prépondérante sur la justice.

Rav Pin'has Wolf écrit dans son livre [3]: האלף דגושה  .כדי להדגיש שגם בין שתי תנועות  האל״ף נשארת אות, Cela à propos de Vayavihou, l’occurrence précédente du aleph dégoucha du verset  וַיָּבֹ֤א יוֹסֵף֙ הַבַּ֔יְתָה וַיָּבִ֥יאּוּ ל֛וֹ אֶת־הַמִּנְחָ֥ה אֲשֶׁר־בְּיָדָ֖ם הַבָּ֑יְתָה וַיִּשְׁתַּחֲווּ־ל֖וֹ אָֽרְצָה׃  (Béréchit 43, 26).

L'objectif du Daguèch dans la lettre Aleph comme pour le verbe תָּבִ֣יאּוּ  tavihou cité ci-dessus, est de souligner qu'entre les deux syllabes (Tnouot), la lettre aleph garde sa consistance de lettre sans être annulée; car elle se doit de préserver sa valeur de lettre (à savoir de ne pas avoir qu'une simple présence silencieuse). En cela, elle ne fait pas partie de la même syllabe que celle de la lettre Youd qui la précède, pour ne pas être prononcée comme les mots אחִיו, אבִיו  jusqu'à devenir ויבִיו avec disparition complète du aleph.

 

Dans trois des quatre aleph dégoucha de la Torah, la racine du verbe vient du mot venir בא, dans le 4ème figurant dans le livre de Iyob / Job on rencontre la racine du mot "voir" ראה. On peut déceler un lien entre ces 4 exceptions, en effet concernant celui de la paracha de Mikets, les frères de Yossef se sentent tout à fait coupables de tout ce qui leur arrive en Egypte, ils tentent vainement de "réparer" en se pliant au bon vouloir de Yossef qu'ils prennent pour celui qui est à la tête de ce pays, chaque frère tente de donner sa contribution dans la réparation de leur faute commune. D'un autre côté dans le livre de Vayikra, le Aleph Dégoucha est utilisé à propos des "pains" du Beth Hamikdach. Selon la tradition ces "pains" sont un témoignage et une expression de la nécessité que chaque individu prenne part en s'associant à la richesse commune de la nation toute entière que ces pains symbolisent. La troisième utilisation se trouve dans le livre de ‘Ezra, on y parle de la mission de ramener des Léviim en Terre d'Israël; chaque envoyé se voit attribué la responsabilité personnelle de réussir dans cette mission afin de renforcer les travaux divins effectués au Beth Hamikdach.

Ainsi dans ces trois cas le Aleph Dégoucha vient souligner la force du "Ani" ( le "moi" engagé pour le bien de la nation), au sein de "l'individu" se trouve la force de se repentir et de s'élever aux exigences plus générales de la Torah universelle. C'est aussi ce que vient exprimer la quatrième citation dans le livre de Job

יִ֣כֶל בְּשָׂר֣וֹ מֵרֹ֑אִי    ושפי (וְשֻׁפּ֥וּ) עַ֝צְמֹתָ֗יו לֹ֣א רֻאּֽוּ׃

 « Sa chair se consume et disparaît à la vue; ses os, qui étaient invisibles, deviennent saillants »  (Iyob 33,21).

 

L'Eternel refuse de nous guérir de nos maux personnels, si cette guérison ne concerne pas la totalité du peuple juif.

 

En résumé le Aleph Dégoucha vient souligner la responsabilité et l'engagement de l'individu face à sa société".

 

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NOTES

[1] Rav Yitshak Yéhouda Yéhiel Safron écrit : « il y a ici un secret dans le fait que cette lettre Aleph soit Dégoucha; à l'encontre des lois de la grammaire, en effet la lettre Aleph est constituée de trois sous-parties de lettres, deux petites lettres Youd et un Vav; c'est ce qui est dit "de vos maisons emmenez le pain", ces trois parties constituent le secret du "pain" et de cela en dépend  la possibilité d'adoucir la vertu de la justice... ceci est réalisable lorsque la lettre Aleph  est dégoucha et vient elle-même amoindrir la teneur du Din, comme cela se réalise durant la fête de Pessa'h avec le 'Hamets"  - Rav Y. Y. Y. Safron, dans son commentaire de la Torah basé sur la Kabbale du Ari zal et les sources Hassidiques du Baal Chem Tov, cité par le Raza''z  - HB.

[2] « Pour des raisons que nous ne pouvons expliquer dans le cadre de cet ouvrage ».

[3] Rav Pin’has Wolf (1957), דיוקים על התורה /Diyoukim al ha-Tora/ Précisions sur la Torah, 767 p. , http://www.hebrewbooks.org/39754 (p. 665).

 

Mis en ligne le 21 juin 2015.

 

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