158-159 Té’amim : erreurs courantes dans le Kiriat Chéma

 

 

Précisions grammaticales de Rav Zecharia Zermati chlita

 

 

 

Précisions grammaticales de Rav Zecharia Zermati chlita

 

Ponctuation des versets selon les Té’amim : trois erreurs trop courantes dans le Kiriat Chéma 

 

  Précisions publiées dans la "Grammaire hébraïque" de Hillel Bakis (encadré, pages  158-159),  Tome 7 de la série LA VOIX de JACOB. Décembre 2013 

 

 

L'importance de la ponctuation [1] des versets selon les Té’amim est primordiale dans la lecture du Chéma.

Voici deux erreurs représentatives d'une telle incompréhension des signes de lecture entraînant chez de nombreux ‘Hazanim;  trois énormes erreurs (pour eux, et pour ceux qui les écoutent).

La première erreur est commise à la lecture de אָֽנֹכִ֧י מְצַוְּךָ֛ הַיּ֖וֹם עַל־לְבָבֶֽךָ (Dévarim 6, 6). Les té’amim viennent bien préciser la décomposition du verset de la forme suivante : d’abord אָֽנֹכִ֧י מְצַוְּךָ֛  הַיּ֖וֹם   puis   עַל־לְבָבֶֽךָ. C’est-à-dire qu’une interruption doit être ménagée entre  les  mots « Je t'ordonne aujourd'hui », et le fait que cette ordonnance soit adressée « au cœur du juif ». Nombreux sont ceux qui lisent faussement d’abord אָֽנֹכִ֧י מְצַוְּךָ֛  puis   הַיּ֖וֹם עַל־לְבָבֶֽךָ. C’est-à-dire  "sur ton cœur aujourd'hui" ! La déformation du sens que cela entraîne est tout à fait claire. Si on chante le verset comme il est ponctué par les signes de lecture, on comprend que l'Eternel nous a ordonné, ce fameux « jour » = היום  une ordonnance dirigée vers notre cœur. Mais, si, D... nous en préserve, on ne chante pas le verset comme il est exactement ponctué, on comprendrait que cette mitsva a été transmise à notre cœur uniquement "aujourd'hui" (היום). Ce qui, dès ce "jour" passé, ferait perdre sa valeur ou sa validité à cette ordonnance dirigée vers notre cœur et qui consiste, entre autres choses,  au fait d'enseigner la Torah à nos enfants!

Toujours dans le Chéma’, la deuxième erreur est commise en ne décomposant pas de manière exacte le verset אֲשֶׁ֧ר אָֽנֹכִ֛י -  מְצַוֶּ֥ה אֶתְכֶ֖ם הַיּ֑וֹם -  לְאַֽהֲבָ֞ה (Dévarim 11,13). Nous avons séparé par des petits tirets les trois groupes de mots du verset, tels qu’indiqués clairement par les accents mélodiques. Ce verset enseigne que c'est bien aujourd'hui et chaque jour que D... fait, que nous avons l'obligation d'aimer le Créateur.  Pourtant certains font la lecture erronée suivante אֲשֶׁ֧ר אָֽנֹכִ֛י  מְצַוֶּ֥ה אֶתְכֶ֖ם -   הַיּ֑וֹם לְאַֽהֲבָ֞ה . L'ordonnance היום לאהבה devient alors limitée uniquement au jour où cette mitsva a été transmise.

Une troisième faute de lecture, la plus courante, porte sur le dernier Passouk du Chéma où il est dit  אֲנִ֖י יְי֥ ﭏהֵיכֶֽם׃ soit « Je suis : l'Eternel votre D... » et non pas ﭏהֵיכֶֽם -אֲנִי יי  (Je suis l’Eternel - votre D.); ce n'est pas un hasard si les 'Hakhamim ont ponctué le mot Ani (Je suis) par le signe de lecture Tar'ha ou Tip'ha qui est un Ta’am Mafsik (disjonctif), donnant un sens des plus importants au verset, celui d'exclure toutes possibilités d'autres divinités, seul l'Eternel: Ani = אני est votre D... En faussant la lecture par une telle erreur, le lecteur ou le chantre ne vient plus exclure la possibilité d'autres dieux, et dit un peu par mégarde « Je suis l'Eternel votre D..., il se peut qu'il y en ait d'autres!! » [2].

Voici une des raisons de l'extrême nécessité d'une lecture précise, chantée et ponctuée du Kiriat Chéma  et cela dès le plus jeune âge.

Dans le même sens, les élèves de Rabbeinou Yona expliquent que ce que reproche le Talmud (T.B. Bérakhot 56a) aux gens de la ville de Jéricho qui fautaient en ''liant le kiriat Chéma", c’était le fait qu'ils ne le lisaient pas avec précision et intonation. Selon de nombreux décisionnaires A'haronim, il vaut mieux, pour quelqu'un qui ne connaît pas de façon précise les Té’amim, lire le Kiriat Chéma sans le chanter!!

En résumé : il est vrai que le Choul’han ‘Aroukh  (62,1) a tranché                "אף על פי שמצוה לדקדק באותיותיה קראה ולא דקדק בהן יצא". Une personne lisant le chéma sans intonation correcte, s'en voit néanmoins exemptée. Le terme "יצא" reste en effet une expression utilisée par les décisionnaires comme description d'un acte considéré comme accompli (uniquement) a posteriori, et ce même si ces erreurs viennent changer le sens premier du verset jusqu'à venir s'y opposer.

Aucun Juif ne pourra se suffire cependant de l'accomplissement uniquement a posteriori de la seule Mitsva de la Torah présente dans le monde de la Téfila, celle de la lecture du Chéma. Il convient donc de s'empresser d'apprendre une lecture juste et chantée de ce que constitue l'essence première de l'expression juive : le Chéma Israël.

 

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NOTES

[1]  On parle de ponctuation pour la découpe de la phrase - ponts, virgules, etc.) et de vocalisation le son d’une consonne. Parle de « ponctuation » pour la manière de prononcer une consonne accompagnée de sa voyelle est une erreur. L’emploi erroné de « ponctuation » à la place de « vocalisation » par certains auteurs vient peut-être du fait que ce les massorètes ont précisé à la fois  la vocalisation (voyelles) et la ponctuation (signes mélodiques) ; du fait aussi, que les voyelles hébraïques sont représentées par des points et traits  (note de l’auteur).

 

[2] Ces exemples font partie d'un enseignement plus large tiré du livre de pensée juive de grande importance Yéssod Véchorech Ha ‘avoda (Chap. 3, 82).

 

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