087-88 Sur la prononciation du chéva en tête de mot

 

Précisions grammaticales de Rav Zecharia Zermati chlita

 

Sur la prononciation du chéva en tête de mot

Précisions du Razaz publiées dans le Tome 7 de la série LA VOIX de JACOB

Grammaire hébraïque, de Hillel Bakis (encadré, pages 87-88). Décembre 2013

 

"Aucune tradition réellement fondée sur les enseignements des maîtres du Judaïsme, tout horizons confondus, ne peut accepter le fait qu'un Chéwa  en tête de mot soit prononcé de la même façon qu'un Chéwa  na'h qui ne l'est pas. Chez les Séfaradim ceci est clair, contrairement à la pratique d’autres communautés et de ce que l’on entend dans la rue en Israël. On ne dira jamais Chmouel ou Z'charia mais bien Chémouel ou Zécharia.

Pourtant, de nos jours en Erets Israël, la majorité des grands Hazanim et spécialistes de la lecture de la Torah d'origine ashkénaze ne peuvent plus concevoir une lecture précise qui omet ou occulte la règle du Chéwa Na’ en particulier celui en tête de mot mais aussi pour bon nombre d'entre-eux celui se trouvant après une grande voyelle (Ténoua Guédola comme pour le mot  וֽישָׁרְת֑וּךָ).

Ainsi la question peut être posée: quelles sont les sources de la prononciation répandues dans les communautés ashkénazes ou le Chéwa na’ n'existe pas? Une des réponses, aussi provocante soit-elle, se trouve dans les paroles des plus grands décisionnaires ashkénazes reconnaissant dans une pleine honnêteté le fait que la grammaire hébraïque, la lecture précise du Tanakh et de façon plus générale ce que l'on dénomme comme 'Hokhmat Hadikdouk ne fut ni enseignée ni partie prenante du programme d'étude en Europe dans ces mêmes communautés, à l'encontre de la pratique courante voire indispensable dans toutes les Yéchivot ou Talmudei Torah sépharades d'Afrique du Nord par exemple. Voici, pour preuve, les conclusions de deux grands chercheurs dans ce domaine Goitein et Ben Sasson (סדרי חינוך בימי הגאונים ובית הרמב"ם ; publié par מכון בן צבי, תשכ"ב ע' יח) : la place prépondérante du Talmud - dans le programme d’étude journalier en usage dans les communautés ashkénazes - a entraîné une occultation de l'étude du Tanakh et, en conséquence, une moindre connaissance de l'hébreu, des règles grammaticales de cette langue et en particulier de celles relatives à une lecture précise.

Cette conclusion repose, entre autre sur les paroles du grand sage ashkénaze Rabbi Péta'hia Mereguénssbourg (de Regensbourg, 12ème s.) qui écrit à maintes reprises son admiration de la connaissance des juifs séfaradim en ce domaine. Il écrit: « je n'ai pas rencontré d'ignorants en ce domaine dans toutes ces communautés séfarades, ils ont un accent, une prononciation et une connaissance précise de la vocalisation de la langue hébraïque, pas simplement chez les Rabbanim mais aussi chez les juifs les plus simples de leurs communautés » [1].

Il est clair que cette affirmation n'est pas valable pour toutes les communautés ashkénazes, en tout endroit et en toute période, néanmoins elle constitue une des raisons de la déformation de certaines règles grammaticales comme celle du Chéwa Na’ que de nombreux maîtres européens ont bien vu comme une faiblesse à corriger, et non comme un minhag (coutume) ayant force de loi!"

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[1] Le RAZAZ précise qu’il n’a pas eu sous les yeux les paroles du sage, mais que son experience lui a montré que les sources des auteurs qui les ont rapportées sont très précises. De plus, c’est une mitsva d’indiquer la source d'une citation (ותאמר אסתר בשם מרדכי). 

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