Gram. 10.3. Forme du nom – l’état construit

 

10.3. Forme du nom - L’état construit ( הַסְּמִיכוּת)
 
Il s’agit d’une forme qui n’a pas d’équivalent dans la langue française [1]. C’est un groupe de mots [2] composé de deux noms (parfois d’un adjectif et d’un nom [3] ; parfois par un nom et un autre état construit [4]).
Le second (dépendant, dit somèkh) vient préciser le premier (dit nismakh) sans l'aide d'une préposition [5]. C’est l’équivalent du complément du nom.
 
Les deux mots sont reliés dans une même unité phonétique. Ils ont été qualifiés de “composition de mots à liaison directe” [6]. « Lorsque deux ou plusieurs mots sont en liaison étroite en sorte qu’ils expriment une idée complexe, on dit que le ou les mots dépendants sont à l’état construit » [7].
 
L’état construit apporte des précisions sur le premier nom exprimant plusieurs sortes de relations.
Il peut indiquer [8]:
  • l’appartenance - Exemples le pays de nos pères (erets-aboténou - au lieu de haarets chel aboténou) ; la maison du roi  (bet-hamélekh); les enfants du kibbouts (yaldé-hakibouts) ;
  • la matière (composition) -  des tables de pierre (lou’hot avanim) ; une armoire de bois (aron-‘ets au lieu de aron mé’ets) ;
  • l’identité - le pays d’Egypte ;
  • la qualification du premier nom - ainsi : une guerre mondiale (mil’hémèt-ha’olam) ; une alliance éternelle (bérit-‘olam) ; pour une personne étant « guide » (moré-dérekh, littéralement le maître du chemin) ; pantoufles (na’alé-bayit) ; un livre d’étude (séfer-limoud). Ainsi en est-il pour בַּיִת(maison) auquel un deuxième mot vient préciser le sens  créant un nouveau mot composé בֵּית־סֵפֶר (école);
·         Un nom propre (ou un affixe possessif) peut se trouver en seconde place de l’état construit. Dans ce cas, le groupe de mot est défini de fait et n’a pas besoin d’article. Ainsi : béné-Yisrael = les enfants d’Israël ; har Sinaï = le mont Sinaï ; élohé Abraham = le Dieu d’Abraham ; Kol-Ya’akob = la voix de Jacob; bat Par’o = la fille de Pharaon ; yédé-‘Essaw = les mains de ‘Essaw.
 
Les deux mots sont considérés comme s’ils n’en faisaient qu’un [9]. Aussi :
·         ils sont théoriquement reliés par un makaf (tiret entre deux mots) comme dans: חַכְמֵי־לֵ֔ב(Chémot 28, 3)même si ce tiret est fréquemment omis comme dans  וּבְנֵ֖י אֲרָ֑ם"et les fils d'Aram" (Béréchit 10,23). En hébreu moderne ce tiret est fréquemment omis (dans la presse notamment);
·         les suffixes (possession) s’ajoutent toujours au deuxième nom (bet-‘havérénou, la maison de nos amis);
·         les verbes s’accordent (genre et nombre) avec le premier des deux noms. Exemple : les enfants du kibboutz jouent (yaldé-hakibouts mésa’akim) ;
·         les particules se placent devant le premier nom. Exemple ; dans une école (bébet-séfer). Rien ne peut s’interposer entre les deux noms (un adjectif vient après la construction mais l'article défini est placé devant le 2ème nom (yémé hachaboua' "les jours de la semaine").
  

10.3.2 Etat construit et modifications de la vocalisation

     Le nom dont le sens est précisé [10] (נִסְמָךְ  ) est placé en tête de la construction. Il n’a pas de besoin d’article défini [11]  car il est défini par le mot avec lequel il est en construction ;

  • Sa terminaison est souvent modifiée. Le נִסְמָךְ  est alors écourté phonétiquement (démarche visant à compenser l’allongement dû à l’adjonction du deuxième mot) ;
  • Le ton porte sur le deuxième nom, le premier perdant le ton principal. De ce fait, comme il y a changement de ton, des modifications vocaliques sont possibles : bayit à l’état absolu devient bet à l’état construit;
  •  Avec la formation duנִסְמָךְ  (premier nom desmotsàl'état construit) on note les transformations suivantes [12]. 

 
Devient

Exemples

Le נִסְמָךְ  à l'état construit devient

Le mot d’origine

La terminaison d’origine

ֵי

יִשְׂרָאֵל-בְּנֵי

בָּנִים

ִים  ou ַיִם

ֶה

צֹאן-רוֹעֵה

רוֹעֶה

ֵה

ַת  ou  ֶת

מֹשֶׁה- תּוֹרַת

תּוֹרָה

ָה 

עוגתגבינה

עוגה

בָּנוֹת 

בְּנוֹת לוֹט

בָּנוֹת 

וֹת  -
 
 

·         Sous l’influence du yiddish, l’état construit est devenu désuet en hébreu moderne.  Ainsi, au lieu d’entendre em-hayélèd (la mère de l’enfant) on entendra plutôt ha-ima chel hayélèd.

Hillel Bakis. editionsbakish.com

Posté le 31 mai 2012




[1] Mais qu’on retrouve en araméen, en arabe, en berbère, et même dans la langue de l’Egypte antique.
[2] Autrement dit : un syntagme.
[3] Dans ce cas, le nom apporte une précision : raide de nuque (= à la nuque raide).
[4] Comme dans : péri ‘ets hagan = le fruit de l’arbre du jardin ; chémot béné Yisraël =  les noms des enfants d’Israël.
[5] En anglais : possessive construction” ou PDC = “Possessive Dating Construction.
[6] Comme l’exprime Moché Cohen (5756, p.  11).
[7] Weingreen J. (2008), p. 51.
[8] Donnet-Guez B. (1995), p. 109-112 ; Kessler-Mesguish S. (2008), p. 71.
[9] Donnet-Guez B. (1995), p. 109-112; autres.
[10] Mais on le trouve cependant, notamment utilisé comme superlatif שִׁ֥יר הַשִּׁירִ֖ים(le chant des chants) ; kodech hakodachim (le Saint des Saints).
[11] Autrement dit : il est sémantiquement modifié.
[12] Moché Horowitz, 2000, p. 28.

 

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