Gram. 10 – Nom et groupe nominal

Chapitre 10  - Nom (שֵׁם־עֶֽצֶם) et groupe nominal  

 

Le groupe nominal comporte l’article, le nom (état absolu ou construit), les compléments de noms, les qualificatifs, démonstratifs, possessifs, la coordination… Certains éléments du groupe nominal apparaissent sous formes de particules, petits mots et préfixes utilisés notamment comme conjonction de coordination[1] et prépositions constituées d’une seule consonne[2].

Si la disparition d’une consonne (syncopée) est nécessaire à la construction d’un mot, sa voyelle subsiste.

 

10.1. Classes de noms

Les noms sont de trois classes[3] :

-         les noms ne provenant pas d’une dérivation connue : yad (main); ben (fils) ;

-         les noms dérivés à partir d’un verbe (les plus nombreux) : tikva (espoir) de kava (il espérait, li attendait);

-         les noms dérivés à partir d’un autre nom : Mitsri (Egyptien), de Mitsrayim (Egypte).

 

10.2. Forme du nom - L’état absolu (נפרד)

Le nom peut prendre deux formes selon qu’il est indépendant ou dépendant[4].

Indépendant, il est à l’état absolu, la forme simple (dite nifrad). Exemple : la maison (bayit). [5].

 

10.3. Forme du nom - L’état construit ( הַסְּמִיכוּת)

Il s’agit d’une forme qui n’a pas d’équivalent dans la langue française. C’est un groupe de deux noms. Le second (dépendant, dit somèkh) vient préciser le premier (dit nismakh) sans l'aide d'une préposition. Les deux mots sont reliés dans une même unité phonétique.  « Lorsque deux ou plusieurs mots sont en liaison étroite en sorte qu’ils expriment une idée complexe, on dit que le ou les mots dépendants sont à l’état construit »[6]. C’est l’équivalent du complément du nom.

L’état construit apporte des précisions sur le premier nom. Il peut indiquer [7]:

·         l’appartenance. Exemples : enfants d’Israël (béné-Yisrael) ; le pays de nos pères (erets-aboténou - au lieu de haarets chel aboténou) ; la maison du roi  (bet-hamélekh); la voix de Jacob (Kol-Ya’akob) ; les mains de ‘Essaw (yédé-‘Essaw) ; les enfants du kibbouts (yaldé-hakibouts) ;

·         la composition : Exemple : une armoire de bois (aron-‘ets au lieu de aron mé’ets) ;

·         la qualification du premier nom : ainsi : un livre d’étude (séfer-limoud) ; une guerre mondiale (mil’hémèt-ha’olam) ; une alliance éternelle (bérit-‘olam) ; pour une personne étant « guide » (moré-dérekh, littéralement le maître du chemin) ; pantoufles (na’alé-bayit).

 

10.3.1 Utilisation de l’état construit

Les deux mots sont considérés comme s’ils n’en faisaient qu’un[8]. Aussi,

·         ils sont théoriquement reliés par un makaf (tiret entre deux mots) comme dans: חַכְמֵי־לֵ֔ב (Chémot 28, 3). Pourtant, ce tiret est fréquemment omis comme dans  וּבְנֵ֖י אֲרָ֑ם"et les fils d'Aram" (Béréchit 10,23); ce tiret est fréquemment omis en hébreu moderne (presse notamment);

les suffixes (possession) s’ajoutent toujours au deuxième nom (bet-‘habérénou, la maison de nos amis);

·         les verbes s’accordent (genre et nombre) avec le premier des deux noms. Exemple : les enfants du kibboutz jouent (yaldé-hakibouts mésa’akim) ;

·         les particules se placent devant le premier nom. Exemple ; dans une école (bébet-séfer) ;

·         le ton porte sur le deuxième nom, le premier perdant le ton principal. De ce fait, comme il y a changement de ton, des modifications vocaliques sont possibles : bayit à l’état absolu devient bet à l’état construit;

·         l'article défini est placé devant le 2ème nom (yémé hachaboua' "les jours de la semaine");

 
10.3.2 Etat construit et déclinaison des substantifs

·         la terminaison du premier mot est modifiée[9] . Avec la formation duנִסְמָךְ  (premier nom des mots à l'état construit) on note les transformations suivantes[10]:

La terminaison

 

Devient

Exemples

Le mot

Le נִסְמָךְ  à l'état construit devient

ִים  ou  ַיִם

ֵי

יִשְׂרָאֵל-בְּנֵי

בָּנִים

ֵה

ֶה

צֹאן-רוֹעֵה

רוֹעֶה

ָה 

ַת  ou   ֶת

מֹשֶׁה- תּוֹרַת

תּוֹרָה

 

 

10.4. Le genre (הַמִּין)

 

10.4.1. Masculin (זָכָר)

 

Il n’y a pas de terminaison (désinence) caractéristique pour le masculin. La meilleure manière de les identifier, c’est la vérification dans un dictionnaire[11] ! OnMais, généralement, on peut distinguer cependantles catégories suivantes comme étant du genre masculin[12] :

·         les noms se terminant par ségol suivi de   (comme : מוֹרֶה maître) ;

·         les noms désignant des êtres de sexe masculin (comme :אָב  père ; בֵּן fils);

·         les noms désignant les parties du corps n’allant pas par paires sont du genre masculin ( bouche ; roch tête) [13];

·         les noms désignant des fleuves ou des montagnes (יַרְדֵּן  Jourdain ; סִינַי Sinaï) [14];

·         les noms désignant tout ce qui va par paire mais est fabriqué (comme : גַּרְבַּיִם chaussettes ; מִשְׁקָפַיִם lunettes ; à l’exception du mot chaussures qui est féminin, comme on le constate au vu de son pluriel na’alayim guédolot) [15] ;

·         les noms des mois[16];

·         et ceux ne relevant pas des catégories permettant de classer les noms comme étant féminins.

 

10.4.2. Féminin (נְקֵבָה)

Le féminin singulier, se reconnaît généralement à la terminaison kamats suivi de (syllabe accentuée[17]) et parfois taw. Mais nombreux sont les mots féminins qui ne se terminent pas ainsi et qui sont reconnus par la pratique de la langue.

Il existe cependant des indices permettant de reconnaître certains mots féminins. Sont féminins :

·         Les noms se terminant par ־ָה (ah), qu’il s’agisse de noms marquant la forme féminine de noms masculins (comme : fille ; néviahnévia prophétesse); ou de noms indépendants (comme : מִצוָה mitzva; מַדְרֵגָה marche d’escalier ; רָמָה niveau ; yabacha sol sec). L’accent tonique est sur leur dernière syllabe  n ; [18] 

·         les noms se terminant par un taw (n’appartenant pas à la racine) : finales  èt (כְּתֹבֶת adresse ; délètדֶלֶת  porte ; ‘èt temps) ; -out  (חֲנוּת magasin, boutique ; malkout royaume ; démout ressemblance) ;  -it  (מְכוֹנִית voiture) ; -at (‘hatat transgression ; da’at connaissance). En revanche les noms suivants sont masculins car le taw final appartient à la racine : mavèt (mort), chérout (service), zayit (olive) ou bayit (maison) [19] ;

·         les noms désignant les êtres ou animaux de sexe féminin (אֵם  mère ; aton ânesse ; עֵז chèvre ; בַּת  fille) [20];

·         les noms désignant les parties du corps allant par paire (יָד  main ; ‘ayin œil ; réguel pied ; בֶּרֶךְ genoux), ou en nombre (doigt  אֶצְבַּע ; שֵׁן  dent)[21];

·         les noms propres désignant des pays (צָרְפַת France) ou des villes (יְרוּשָׁלַיִם Jérusalem) ; ainsi que les noms communs désignant ces lieux (עִיר ville ; אֶרֶץ   pays) [22].

·         les noms des lettres de l’alphabet et le mot « lettre » (אוֹת) [23].

 

10.4.3. Masculin et femininMots à la fois masculins et feminins

Certains noms peuvent relever à la fois du masculin et du féminin même si l’usage fait qu’ils ont plutôt tendance à être utilisés au masculin.

Le mot chémèchExemples : שֶׁמֶשׁ   (soleil), דֶּרֶך  (chemin), רוּחַ (vent). Le mot שֶׁמֶשׁ  (soleil) est utilisé dans des contextes syntaxiques qui en font un mot féminin ou masculin dans des proportions semblables[24].

Certains mots non marqués morphologiquement (par un suffixe indiquant le genre) ni sémantiquement (parce que le nom désigne un être animé féminin) c'est le contexte qui révèle le genre: accord avec un autre mot de la phrase (verbe, adjectif, démonstratif). En l'absence de cet accord, on ne sait pas. Comme pour le mot kéter (diadème, couronne) qui est présent trois fois dans le livre d'Esther mais sans indication de genre. Il faut se référer à des textes plus tardifs pour savoir que ce mot est au masculin (hébreu postbiblique) [25]

Du fait de l’usage souvent féminin, leurs pluriels pourront étonner a priori. Ainsi : נֶפֶשׁ âme (pluriel néfachot) ; רוַּח vent (pl : rou’hot) ; דֶּרֶךְ chemin (pl. dérakhim) [26].

 

 

 

 

10.5. nombre (הַמִּסְפָּר)

 

L’hébreu a trois nombres : singulier, pluriel, duel

 

 

10.5.1. Singulier  (יָחִד)

pas de commentaire particulier pour le singulier.

 

10.5.2. Pluriel (רָבִּים)

En général le pluriel est formé par l’ajout de la terminaison ־ִים

Notons cependant que :

·         les noms se terminant par ségol suivi de   perdent le final et prennent la terminaison ־ִים ( מוֹרֶה maître, מוֹרים maîtres) [27];

·         des noms masculins ont un pluriel irrégulier. C’est le cas pour : ich (homme) dont le pluriel n’est pas ichim mais anachim ; kochi (difficulté) dont le pluriel est kéchayim[28] ;

·         certains noms ont un sens singulier même s’ils ne s’utilisent qu’au pluriel. Ainsi en est-il pour : ciel (chamayim) ; vie (‘hayim) ; mariage (nissouim) ; eau (mayim) ; divorce (guérouchim) ; compassionmiséricorde (ra’hamim) ; jeunesse (né’ourim); visage (פָּנִים panim).

·         de très nombreuxdes noms masculins ont un pluriel en וֹת (ot). C’est le cas pour : אָב (אָבוֹת , pères) ; sod (secret) dont le pluriel n’est pas sodim mais sodot ;

·         des nombreux noms féminis ont un pluriel en ִים (im). C’est le cas pour : שָׁנָה   (chana, année) dont le pluriel n’est pas chanot mais שָׁנִים   chanim ;

·         Lorsque le pluriel du nom n’est pas  logique portant une terminaison « masculin  pluriel » pour un nom féminin (nachim pour femmes) l’adjectif s’accorde bien au féminin (nachim guédolot). Ainsi, l’accord des adjectifs (ou des verbes) l’accompagnant tient compte du genre réél[29] et non de la terminaison donnant l’illusion que le nom est d’un autre genre.

·         Certains parlent aussi de pluriel d’excellence (pluralis excellentiae) : le fait de traiter le mot au pluriel (en le "pluralisant" pourrait-on dire), exprime la grandeur de ce nom. Exemples : Dieu qui est Unique est appelé Elo-him[30].  

 

 

10.5.3. Duel ( זּוּגִי )

Le duel désigne les paires de quelques noms : il se marque par la terminaison accentuée ayim (ַיִם ) tant pour le masculin que pour le féminin. Son emploi revient à dire « une paire de jambes » pour « des jambes ». 

 

 

 

 

 

10.6 adjectif qualificatif  (שֵׁם־הַתֹּֽאַר)

 

L’adjectif qualificatif est :

- Epithète.

Il se place toujours à gauche en caractères hébraïques, après ce nom. Si le nom est défini, l’adjectif est également défini (ha-ich hané’hmad, l’homme aimable). Exemple : bon dans אֶת־הָאָ֣רֶץ הַטּוֹבָ֔ה le bon pays ; grand dans hamelekh hagadol, « le grand roi ».

- Attribu.

Exemple : bon dans hamelekh gadol, « le roi (est) bon ».

 

Terminaisons

L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qualifié.

- terminaison d’un nom féminin (singulier) : “ah”  ָה   comme   יַלְדָח טוֹבָה

ou ת  comme עֲבוֹדָה מְעַנְיֶנֶת  ; (pluriel) : “ot”    וֹת comme יְלָדוֹת טוֹבוֹת

- terminaison d’un nom masculin (pluriel): “im”  ִים  comme   יַלְדִים טוֹבִים

                                                               

- terminaison d’un nom de forme irrégulière - L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qualifié. Exemples : nom féminin irrégulier (עָרִים יָפוֹת); nom masculin irrégulier (מְקוֹמוֹת מְעַנְיְנִים ; choul'hanot guédolim).

- terminaison d’une suite de noms de genres différents - Si l’adjctif qualifie une suite de plusieurs noms (certains masculins, d’autres féminins), il s’accorde au masculin comme en français[31].

 

 

 

10.7. Les noms des nombres (מספרים)

 

Un nombre (מִסְפָּר) s'accorde avec le nom avec lequel il est en rapport - en nombre et en genre. Contrairement à ce qui est la norme usuelle, la terminaison ah”  ָה    (kamats sur l'avant-dernière lettre, suivi de ) est la marque du masculin pour les nombres de 3 à 10. Au contraire, l'absence de suffixe est la marque du féminin.

Ce sont les nombres féminins qui sont utilisés lorsque l'on compte 1, 2, 3.... 

 

masculin

féminin

nombres

éh'ad

ex. :  yélèd ‘éh'ad  (un garçon)

a’hat  אחת

ex. :  yalda ‘ahat (une fille)

1

chnyim

chney yéladim (deux garçons)

chtayim שתים

chtey yéladote (deux filles)

2

 chlocha  

chlocha yéladim

chaloch שלוש

chaloch yéladote

3

arba'a

arba'a yéladim

arba’  ארבע

arba’yéladote

4

‘hamicha  

yéladim

‘hamèch  חמש

‘hamèch yéladote

5

chicha  

chicha yéladim

chéch  שש

chéch yéladote

6

                           chiv'a  

chiv'a yéladim

chéva’ שבע

chéva’ yéladote

7

chmona  

chmona yéladim

chmoné שמונה

chmoné yéladote

8

tich'a  

tich'a yéladim

técha’ תשע

técha’yéladote

9

‘assara

‘assara yéladim

‘ésser עשר

ésser  yéladote

10

Autres : אחת עשרה (11) ; שתים עשרה (12) ; etc. ; עשרים ‘essrim (20) ; מאה méa (100) ; אלף aleph (1000) .

Nombres ordinaux: ראשון (1er), שני (2ème), שלישי (3ème), רביעי (4ème),  חמישי (5ème)...

 

 

10.8. Pronom personnel (הַכִּנּוּי הַאִישִׁי)

On distingue les pronoms personnels

- ordinaires (ani, ata, at, hou, hi, ana'hnou, atèm, atén, hém, hén); mais aussi des formes emphatique (אָנֹכִי anokhi); abrégées (formes dites apocopées telles  anou  אָֽנוּ ;  na'hnou נַֽחְנוּ) : et allongées (dites paragogiques, telles הֵֽמָּה  héma ; ou הֵֽנָּה héna)[32].

 

10.9. le possessif

 

 

L'adjectif possessif (תָּאֳרַי־הַקִּנְיָן)

 

La possession s’exprime comme suit :

1 - avec le mot chel décliné (hayélèd chéli) ;

 

2 - par la déclinaison du nom désignant l’objet possédé (yaldi ; yaldékha). L’adjectif possessif se rend par l’ajout de suffixes au nom.

Ces suffixes dérivent du pronom personnel ; on les désigne du terme grammatical ‘kinouyim’ (כִּנּוּיִים) construit avec les lettres qui forment les suffixes. Les suffixes de l’adjectif possessif s’accordent (masculin, féminin, singulier, pluriel). On distingue plusieurs types de suffixes personnels du nom :

 

 

 

types

suffixes

ton

exemples

Légers

V

(voyelle)

וֹ ־ ;    ִי ־

Accentués

 

 

VC

(voyelle sur avant-dernière lettre + consonne finale)

 

־ָה ;  ־ָהּ

Accentués

 

 

 

Cv

(consonne + voyelle)

־נוּ ;  ־ךָ ;  ־הָ

Non-accentués

Sauf : [33].  

  סוּסֵנוּ

 

C

(consonne)

־ךְ[34];  ־ו

 

Non-accentués

  

LOURDS

CvC

(consonne, voyelle, consonne)

־הֶן ; ־הֶם

־כֶם   ;  ־כֶן

Toujours accentués

 Liés au nom par un chéwa

סוּסְכֶם  סוּסְכֶן 

 

 Les suffixes ךְ; ךָ-  ; כֶם - כֶן ne prennent pas le daguèch léger [35].

 

 

 

3 - par la combinaison des deux formes ci-dessus. C’est une tournure littéraire (ainsi : nachaw chel hamélekh, les femmes du roi).

 

Pronoms possessifs ( כִּנּוּיֵי־הַקִּנְיָן )

Des suffixes pronominaux sont ajoutés au nom. Ainsi à chalom on ajoute: khaf final kamats (chélomékha, ta paix- possesseur masculin); khaf final chéwa (chélomékh, ta paix- possesseur féminin).

Ces petites terminaisons indiquant le pronom personnel jouent le rôle d'adjectif possessif et s'accordent avec le possesseur.

 

Le mot chel est pronom possessif. Il se décline par l’ajout de suffixes pronominaux en fonction du genre et du nombre du nom accompagné: hayélèd chéli (mon enfant) ; chélkha (ton…), שׁלי chéli (mon) [36].

 

Suffixes

 

En hébreu, il existe plusieurs dizaines de suffixes différents. 'Tous les suffixes, quels qu'ils soient, s'assemblent aux mots selon les mêmes procédés"[37]. Sans en faire une liste exhaustive, relevons la nature des grandes catégories[38]:

- les désinences du nom indiquant le genre et le nombre

- les désinences du verbe à l'impératif et à l'inaccompli, indiquant le genre et le nombre

- les pronoms personnels sujets du verbe à l'accompli

- les pronoms compléments (possessifs) du nom

-  les pronoms compléments du verbe (ou sujets de l'infinitif), qui sont à peu près les mêmes que les pronoms compléments du nom

- autres : le kamats suivi de hé pour indiquer la direction, ou pour indiquer l'impératif; ou d'autres encore.

 

L'étude des suffixes est tout particulièrement important pour lire correctement la Torah et le Sidour. En effet si le suffixe ajoute une syllabe au mot qu'il complète, cela va avoir des conséquences. Il va alors entraîner une tendance à la compensation de cet allongement par la modification des voyelles du mot.

En présence de suffixes, il convient d'être attentif aux modifications possibles de l'accent tonique. On se posera les questions suivantes[39]:

- le suffixe commence-t-il par une voyelle ou bien par une consonne ?

 

- forme-t-il une syllabe tonique ? S'il comporte une voyelle il peut porter l'accent tonique du mot.

 

De ce point de vue, voici les trois types de suffixes qui prennent presque toujours l'accent tonique.

 



Suffixes et accent tonique

Type

Structure

Description

Parmi les plus courants

1

[-v]

suffixes constitués uniquement d'une voyelle (voyelle longue suivie d'une mère de lecture).

ִי, וֹ, ָה, וּ, ֹה

2

[-vC]

suffixes constitués d'une voyelle (longue) suivie d'une consonne finale (et sans voyelle).

ִים, וֹת, ִי, ָו, ָיו, ָהּ, ָם, ָן, ִין

 

3

[-CvC]

suffixes "lourds" constitués d'une consonne avec sa voyelle, et d'une seconde consonne (finale sans voyelle).

Si le mot se termine par une consonne, cette dernière prend un chéwa.

הֶן, הֶם, כֶן, תֶן, תֶם

 

Un autre type ne prend presque jamais l'accent tonique.

4

[-Cv]

suffixes "lourds" constitués d'une consonne avec sa voyelle (longue suivie ou non d'une mère de lecture). Ils forment une syllabe ouverte et, hors exceptions, ne prennent pas l'accent tonique.

Si le mot se termine par une consonne, cette dernière prend une voyelle de liaison (é, è, ou a).

 הָ, הוּ

כָה, ךָ, ךְ, כִי

מוֹ

נוּ, נָה, נִי, נוֹ

תִי, תָ, תְ

 

 

Enfin, le dernier type n'est pas concerné par l'accent

 5

[-C]

suffixes constitués d'une consonne sans voyelle. De ce fait si cette consonne se trouve dans une syllabe tonique ce n'est pas de son fait puisque sans voyelle elle ne forme pas une syllabe isolément. 

Ils s'associent à la voyelle finale du mot pour former une syllabe.

ן, ם, ו

 

 
 
 
 
 
 
Suffixes pronominaux (kinouyim)

 

au singulier (masc. ou fém.)

au pluriel (masc. ou fém.)

    

 

[40]

 

Les suffixes personnels viennent en remplacement des pronoms personnels compléments (du français) et sont utilisés tant pour la flexion des prépositions que pour celle des noms communs. 

 

tous les suffixes, quels qu'ils soient, s'assemblent aux mots

selon les mêmes procédés, e

 

 

 

 

 

10.10. demonstratif

 

Ont le rôle de démonstratifs: זֶה זֹאת הוּא הִיא אֵלֶּה הֵם הֵמָּה הֵן הֵנָּה .

A la fois adjectifs et pronoms, ces mots servent à désigner la proximité ou l’éloignement de quelqu’un ou quelque chose (dans le temps ou l’espace).  Ils s'accordent en genre et en nombre avec le nom avec lequel il sont en rapport.

 

Adjectifs demonstratifs (הַתְּאָרִים־הַרוֹמְזִים)

En tant qu’adjectif, l’adjectif démonstratif se place après le nom (il est dit épithète). Il s’accorde toujours adoptant le genre et le nombre du nom.

Si le nom est défini, l’adjectif démonstratif est précédé de l’article. Exemples : hé’arim haélé soit, littéralement, « les villes, les celles-ci » ; bayamim hahem « en-les-jours, les ceux-là » ; bayom hahou « en ce jour-là » [41] ; bayamim hahém (Béréchit 6,4) ; hamitswot haélé (ces commandements).

Si un adjectif qualificatif épithète accompagne le nom, l’adjectif démonstratif se place après l’adjectif qualificatif : Ainsi : הָֽאֲדָמָ֤ה הַטּוֹבָה֙ הַזֹּ֔את (Yéochoua’ 23,13). Il en va de même si plusieurs accompagnent le nom (comme pour : hachanim hatovot habahot haélé « ces bonnes années à venir : litt : « les années les bonnes les venant les celles-ci)[42].

 

 

 

Pronoms démonstratifs (הַכִּנּוּיִים־הַרוֹמְזִים)

Le pronom démonstratif suit le nom et il est précédé de l’article. Le pronom personnel à la 3ème personne peut être utilisé comme pronon démonstratif. Le tableau suivant présente des exemples: Béréchit 41, 28; 34,2; 10, 12 [43].

 

 

 

Singulier

Pluriel

Proximité 

Masculin

Ce, cet, celui-ci

זֶה

Zé chémédabèr « celui qui parle »

 

Ces, ceux-ci, celles-ci

 

אֵלֶּה

Elé hadébarim (Débarim 1,1)

 

Féminin

Cette, celle-ci

זֹאת

זֹ֣את הָאָ֗רֶץ  

zot haharets « c’est le pays » (Bamidbar 34, 2).

Eloignement

Masculin

Ce, cet, celui-là

הוּא

ה֣וּא הַדָּבָ֔ר 

Hou hadabar (Béréchit 41, 28)

Ces, ceux-là

הֵם הֵמָּה

 

 

Féminin

Cette, celle-là

הִיא;

הִ֖וא הָעִ֥יר הַגְּדֹלָֽה׃ Hi ha‘ir haguédola (Béréchit 10, 12)

Ces, celles-là

הֵן  

 הֵנָּה

 

Notons que la forme plurielle (élé) n’a pas de rapport étymologique avec la forme singulière (zé, zot).

 

 



 

10.11. La ponctuation de l’interrogatif

 

Le ‘hé’ interrogatif (ה הַשְׁאֵלָה)

On a signalé déjà le "" interrogatif (hé hachééla) qui se met en début de pharase.  Il est normalement vocalisé d'un chéwa pata'h (‘hataf pata’h) mais également pata’h et ségol.

 

La ponctuation du hé’ interrogatif

Voyelle

Règles

Exemples

 

‘hataf pata’h

En principe  

  ? ... הֲיֵשׁ לְךָ

As-tu...?

הֲ

Pata’h

Devant une des gutturales א, ה, ח, ע

 

  ? ... הַחוֹשֵׁב אַתָּה

Penses-tu...?

הַ

Pata’h

Devant une lettre ponctuée chéwa:

 

 

הַ

Ségol

Devant אָ, הָ, חָ, עָ

? הֶאָכַלְתָּ כְּבָר

As-tu déjà mangé?

 

הֶ

 

Pronom interrogatif (כִּנּוּי־הַשְּׁאֵלָה)

Lequel (אֵיזֶה); laquelle (אֵיזוֹ); lesquels, lesquelles (אֵילוּ).

Pour les personne: מִי  mi invariable.

Pour les choses: מַה  - ou מֶה  [44]

La ponctuation du pronomמה  [45]

 

Voyelle

Règles

Exemples

 

pata’h

En principe מַה

? מָה הַשָׁעָה

מַה

kamats

Devant une des gutturales aleph,

rech, ‘ayin:

le pata’h de מַה  s’allonge en kamats

 ? מָה אַתָּה עוֹשֶׂה

?  מַה אַתָּה קוֹרֵא

מָה

kamats

En position posale (à la fin ou au milieu de la phrase)

? אַתָּא הוֹלךְ,  מָה

Quoi, tu t’en vas?     

מָה

ségol

Si le mot suivant commence par הָ  חָ עָ, il estgénéralement  pointé par un ségol 

?  עָשִֽׂתָה מֶה

מֶה

 

 

 



[1]  Waw (et).

[2]  Bet (dans, à, avec) ; Lamed (vers, pour, à) ; Kaf (comme) ; Mem (dans le cas de Min préposition indiquant la provenance, et dont la seconde consonne ‘noun’ disparaît, s’assimilant à la consonne qui suit ; un daguèch  témoigne du redoublement – exemple : mitsiyon).

[3] Kelley (1992), p. 36.

[4] A. Tichit (2007), p. 25-26.

[5] Voir le tableau de mots à l’état absolu et à l’état construit dans Weingreen J. (2008), pp. 54-55.

[6] « On dit aussi que le mot (à l’état absolu) dont dépendent le ou les mots à l’état construit, est au génitif ». Weingreen J. (2008), p. 51.

[7] Donnet-Guez B. (1995), p. 109-112.

[8] Donnet-Guez B. (1995), p. 109-112; autres.

[9] Voir : Riklis (v. 1960), pp. 292-300.

[10] Moché Horowitz, 2000, p. 28.

[11] Comme le note Kelley P. H. avec humour (1992), p. 36.

[12] Donnet-Guez B. (1995), p. 101.

[13] Weingreen J. (2008), p. 44.

[14] Tubiana Benyamin (1996), Le dikdouk facile, BibliEurope, Paris (4eme édition), leçon 7.

[15] Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[16] Tubiana Benyamin (1996), Le dikdouk facile, BibliEurope, Paris (4eme édition), leçon 7.

[17] La terminaison atone kamats hé n’indique pas le féminin. Elle concerne soit un mot masculin (comme dans : layla: la syllabe accentuée est l’avant-dernière), soit l’indication  « vers » comme dans מִצְרַ֨יְמָה֙ vers l’Egypte: la syllabe accentuée est l’avant-dernière).

[18] Kessler-Mesguish (2008), p. 172 ; Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[19] Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[20] Weingreen J. (2008), p. 44; Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[21] Weingreen J. (2008), p. 44; Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[22] Weingreen J. (2008), p. 44; Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[23]  Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[24] S. Kessler-Mesguich (2008), p. 62.

[25] S. Kessler-Mesguich (2008), p. 61-62.

[26]  Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[27]  Donnet-Guez B. (1995), p. 104.

[28]  Donnet-Guez B. (1995), p. 104.

[29]  Donnet-Guez B. (1995), p. 104.

[30]  Autre exemple : alors que le mot béhéma (animal domestique, bête) est au singulier, le livre de Iyob mentionne un animal  de grande puissance dit « béhémot » (Iyob 40, 15-24). Cela n’exprime pas le pluriel ordinaire, mais le fait que cet animal extraordinaire est la plus grande et puissante créature terrestre.

[31] Moché Horowitz, 2000, p. 38.

[32] Moché Horowitz, 2000, p. 41.

[33] Prend l'accent (hors pause) derrière un chéva mobile ou moyen.

[34] Noter une forme rare:  כַּפֶּֽכָה "ta main" (Téhilim 139, 5).

[35] R’ David Berdah, 3e Ed., p. 5.

[36] Noter que dans ces deux derniers cas on a affaire à des mots composés exclusivement d'un préfixe suivi d'un suffixe.

[37] F. Boulanger (2006), Cours de grammaire, p. 68.

[38] Nous utilisons ici la synthèse effectuée par F. Boulanger (2006), Cours de grammaire, http://home.nordnet.fr/~fraboulanger/Cours%20Grammaire/cours%20Grammaire%20assemble.pdf, p. 68.

[39] Comme le précise F. Boulanger (2006), Cours de grammaire, p. 68.

[40] D’après Kelley (1992), pp. 71-72.

[41] A. Tichit  (2007), p. 28.

[42] A. Tichit  (2007), p. 29.

[43] P. H. Kelley (1992), pp. 53-54 ; A. Tichit  (2007), pp. 28-29.

[44] Voir Horowitz (2000), pp. 43-44.

[45] Le pronom מה  peut aussi être utilisé pour l’interrogation mais aussi pour l’exclamation : « Que la lumière est forte dans la pièce ! » (! מָה רַב הָאוֹר בַּחֶדֶר); « Comme nous avons été émus lorsque... » (! מֶה הָמָה הַלֵב כַּאֲשֶׁר). 

Chapitre 10  - nom (שֵׁם־עֶֽצֶם) et groupe nominal  

 

Le groupe nominal comporte l’article, le nom (état absolu ou construit), les compléments de noms, les qualificatifs, démonstratifs, possessifs, la coordination… Certains éléments du groupe nominal apparaissent sous formes de particules, petits mots et préfixes utilisés notamment comme conjonction de coordination[1] et prépositions constituées d’une seule consonne[2].

Si la disparition d’une consonne (syncopée) est nécessaire à la construction d’un mot, sa voyelle subsiste.

 

10.1. Classes de noms

Les noms sont de trois classes[3] :

-         les noms ne provenant pas d’une dérivation connue : yad (main); ben (fils) ;

-         les noms dérivés à partir d’un verbe (les plus nombreux) : tikva (espoir) de kava (il espérait, li attendait);

-         les noms dérivés à partir d’un autre nom : Mitsri (Egyptien), de Mitsrayim (Egypte).

 

10.2. Forme du nom - L’état absolu (נפרד)

Le nom peut prendre deux formes selon qu’il est indépendant ou dépendant[4].

Indépendant, il est à l’état absolu, la forme simple (dite nifrad). Exemple : la maison (bayit). [5].

 

10.3. Forme du nom - L’état construit ( הַסְּמִיכוּת)

Il s’agit d’une forme qui n’a pas d’équivalent dans la langue française. C’est un groupe de deux noms. Le second (dépendant, dit somèkh) vient préciser le premier (dit nismakh) sans l'aide d'une préposition. Les deux mots sont reliés dans une même unité phonétique.  « Lorsque deux ou plusieurs mots sont en liaison étroite en sorte qu’ils expriment une idée complexe, on dit que le ou les mots dépendants sont à l’état construit »[6]. C’est l’équivalent du complément du nom.

L’état construit apporte des précisions sur le premier nom. Il peut indiquer [7]:

·         l’appartenance. Exemples : enfants d’Israël (béné-Yisrael) ; le pays de nos pères (erets-aboténou - au lieu de haarets chel aboténou) ; la maison du roi  (bet-hamélekh); la voix de Jacob (Kol-Ya’akob) ; les mains de ‘Essaw (yédé-‘Essaw) ; les enfants du kibbouts (yaldé-hakibouts) ;

·         la composition : Exemple : une armoire de bois (aron-‘ets au lieu de aron mé’ets) ;

·         la qualification du premier nom : ainsi : un livre d’étude (séfer-limoud) ; une guerre mondiale (mil’hémèt-ha’olam) ; une alliance éternelle (bérit-‘olam) ; pour une personne étant « guide » (moré-dérekh, littéralement le maître du chemin) ; pantoufles (na’alé-bayit).

 

10.3.1 Utilisation de l’état construit

Les deux mots sont considérés comme s’ils n’en faisaient qu’un[8]. Aussi,

·         ils sont théoriquement reliés par un makaf (tiret entre deux mots) comme dans: חַכְמֵי־לֵ֔ב (Chémot 28, 3). Pourtant, ce tiret est fréquemment omis comme dans  וּבְנֵ֖י אֲרָ֑ם"et les fils d'Aram" (Béréchit 10,23); ce tiret est fréquemment omis en hébreu moderne (presse notamment);

les suffixes (possession) s’ajoutent toujours au deuxième nom (bet-‘habérénou, la maison de nos amis);

·         les verbes s’accordent (genre et nombre) avec le premier des deux noms. Exemple : les enfants du kibboutz jouent (yaldé-hakibouts mésa’akim) ;

·         les particules se placent devant le premier nom. Exemple ; dans une école (bébet-séfer) ;

·         le ton porte sur le deuxième nom, le premier perdant le ton principal. De ce fait, comme il y a changement de ton, des modifications vocaliques sont possibles : bayit à l’état absolu devient bet à l’état construit;

·         l'article défini est placé devant le 2ème nom (yémé hachaboua' "les jours de la semaine");

 
10.3.2 Etat construit et déclinaison des substantifs

·         la terminaison du premier mot est modifiée[9] . Avec la formation duנִסְמָךְ  (premier nom des mots à l'état construit) on note les transformations suivantes[10]:

La terminaison

 

Devient

Exemples

Le mot

Le נִסְמָךְ  à l'état construit devient

ִים  ou  ַיִם

ֵי

יִשְׂרָאֵל-בְּנֵי

בָּנִים

ֵה

ֶה

צֹאן-רוֹעֵה

רוֹעֶה

ָה 

ַת  ou   ֶת

מֹשֶׁה- תּוֹרַת

תּוֹרָה

 

 

10.4. Le genre (הַמִּין)

 

10.4.1. Masculin (זָכָר)

 

Il n’y a pas de terminaison (désinence) caractéristique pour le masculin. La meilleure manière de les identifier, c’est la vérification dans un dictionnaire[11] ! OnMais, généralement, on peut distinguer cependantles catégories suivantes comme étant du genre masculin[12] :

·         les noms se terminant par ségol suivi de   (comme : מוֹרֶה maître) ;

·         les noms désignant des êtres de sexe masculin (comme :אָב  père ; בֵּן fils);

·         les noms désignant les parties du corps n’allant pas par paires sont du genre masculin ( bouche ; roch tête) [13];

·         les noms désignant des fleuves ou des montagnes (יַרְדֵּן  Jourdain ; סִינַי Sinaï) [14];

·         les noms désignant tout ce qui va par paire mais est fabriqué (comme : גַּרְבַּיִם chaussettes ; מִשְׁקָפַיִם lunettes ; à l’exception du mot chaussures qui est féminin, comme on le constate au vu de son pluriel na’alayim guédolot) [15] ;

·         les noms des mois[16];

·         et ceux ne relevant pas des catégories permettant de classer les noms comme étant féminins.

 

10.4.2. Féminin (נְקֵבָה)

Le féminin singulier, se reconnaît généralement à la terminaison kamats suivi de (syllabe accentuée[17]) et parfois taw. Mais nombreux sont les mots féminins qui ne se terminent pas ainsi et qui sont reconnus par la pratique de la langue.

Il existe cependant des indices permettant de reconnaître certains mots féminins. Sont féminins :

·         Les noms se terminant par ־ָה (ah), qu’il s’agisse de noms marquant la forme féminine de noms masculins (comme : fille ; néviahnévia prophétesse); ou de noms indépendants (comme : מִצוָה mitzva; מַדְרֵגָה marche d’escalier ; רָמָה niveau ; yabacha sol sec). L’accent tonique est sur leur dernière syllabe  n ; [18] 

·         les noms se terminant par un taw (n’appartenant pas à la racine) : finales  èt (כְּתֹבֶת adresse ; délètדֶלֶת  porte ; ‘èt temps) ; -out  (חֲנוּת magasin, boutique ; malkout royaume ; démout ressemblance) ;  -it  (מְכוֹנִית voiture) ; -at (‘hatat transgression ; da’at connaissance). En revanche les noms suivants sont masculins car le taw final appartient à la racine : mavèt (mort), chérout (service), zayit (olive) ou bayit (maison) [19] ;

·         les noms désignant les êtres ou animaux de sexe féminin (אֵם  mère ; aton ânesse ; עֵז chèvre ; בַּת  fille) [20];

·         les noms désignant les parties du corps allant par paire (יָד  main ; ‘ayin œil ; réguel pied ; בֶּרֶךְ genoux), ou en nombre (doigt  אֶצְבַּע ; שֵׁן  dent)[21];

·         les noms propres désignant des pays (צָרְפַת France) ou des villes (יְרוּשָׁלַיִם Jérusalem) ; ainsi que les noms communs désignant ces lieux (עִיר ville ; אֶרֶץ   pays) [22].

·         les noms des lettres de l’alphabet et le mot « lettre » (אוֹת) [23].

 

10.4.3. Masculin et femininMots à la fois masculins et feminins

Certains noms peuvent relever à la fois du masculin et du féminin même si l’usage fait qu’ils ont plutôt tendance à être utilisés au masculin.

Le mot chémèchExemples : שֶׁמֶשׁ   (soleil), דֶּרֶך  (chemin), רוּחַ (vent). Le mot שֶׁמֶשׁ  (soleil) est utilisé dans des contextes syntaxiques qui en font un mot féminin ou masculin dans des proportions semblables[24].

Certains mots non marqués morphologiquement (par un suffixe indiquant le genre) ni sémantiquement (parce que le nom désigne un être animé féminin) c'est le contexte qui révèle le genre: accord avec un autre mot de la phrase (verbe, adjectif, démonstratif). En l'absence de cet accord, on ne sait pas. Comme pour le mot kéter (diadème, couronne) qui est présent trois fois dans le livre d'Esther mais sans indication de genre. Il faut se référer à des textes plus tardifs pour savoir que ce mot est au masculin (hébreu postbiblique) [25]

Du fait de l’usage souvent féminin, leurs pluriels pourront étonner a priori. Ainsi : נֶפֶשׁ âme (pluriel néfachot) ; רוַּח vent (pl : rou’hot) ; דֶּרֶךְ chemin (pl. dérakhim) [26].

 

 

 

 

10.5. nombre (הַמִּסְפָּר)

 

L’hébreu a trois nombres : singulier, pluriel, duel

 

 

10.5.1. Singulier  (יָחִד)

pas de commentaire particulier pour le singulier.

 

10.5.2. Pluriel (רָבִּים)

En général le pluriel est formé par l’ajout de la terminaison ־ִים

Notons cependant que :

·         les noms se terminant par ségol suivi de   perdent le final et prennent la terminaison ־ִים ( מוֹרֶה maître, מוֹרים maîtres) [27];

·         des noms masculins ont un pluriel irrégulier. C’est le cas pour : ich (homme) dont le pluriel n’est pas ichim mais anachim ; kochi (difficulté) dont le pluriel est kéchayim[28] ;

·         certains noms ont un sens singulier même s’ils ne s’utilisent qu’au pluriel. Ainsi en est-il pour : ciel (chamayim) ; vie (‘hayim) ; mariage (nissouim) ; eau (mayim) ; divorce (guérouchim) ; compassionmiséricorde (ra’hamim) ; jeunesse (né’ourim); visage (פָּנִים panim).

·         de très nombreuxdes noms masculins ont un pluriel en וֹת (ot). C’est le cas pour : אָב (אָבוֹת , pères) ; sod (secret) dont le pluriel n’est pas sodim mais sodot ;

·         des nombreux noms féminis ont un pluriel en ִים (im). C’est le cas pour : שָׁנָה   (chana, année) dont le pluriel n’est pas chanot mais שָׁנִים   chanim ;

·         Lorsque le pluriel du nom n’est pas  logique portant une terminaison « masculin  pluriel » pour un nom féminin (nachim pour femmes) l’adjectif s’accorde bien au féminin (nachim guédolot). Ainsi, l’accord des adjectifs (ou des verbes) l’accompagnant tient compte du genre réél[29] et non de la terminaison donnant l’illusion que le nom est d’un autre genre.

·         Certains parlent aussi de pluriel d’excellence (pluralis excellentiae) : le fait de traiter le mot au pluriel (en le "pluralisant" pourrait-on dire), exprime la grandeur de ce nom. Exemples : Dieu qui est Unique est appelé Elo-him[30].  

 

 

10.5.3. Duel ( זּוּגִי )

Le duel désigne les paires de quelques noms : il se marque par la terminaison accentuée ayim (ַיִם ) tant pour le masculin que pour le féminin. Son emploi revient à dire « une paire de jambes » pour « des jambes ». 

 

 

 

 

 

10.6 adjectif qualificatif  (שֵׁם־הַתֹּֽאַר)

 

L’adjectif qualificatif est :

- Epithète.

Il se place toujours à gauche en caractères hébraïques, après ce nom. Si le nom est défini, l’adjectif est également défini (ha-ich hané’hmad, l’homme aimable). Exemple : bon dans אֶת־הָאָ֣רֶץ הַטּוֹבָ֔ה le bon pays ; grand dans hamelekh hagadol, « le grand roi ».

- Attribu.

Exemple : bon dans hamelekh gadol, « le roi (est) bon ».

 

Terminaisons

L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qualifié.

- terminaison d’un nom féminin (singulier) : “ah”  ָה   comme   יַלְדָח טוֹבָה

ou ת  comme עֲבוֹדָה מְעַנְיֶנֶת  ; (pluriel) : “ot”    וֹת comme יְלָדוֹת טוֹבוֹת

- terminaison d’un nom masculin (pluriel): “im”  ִים  comme   יַלְדִים טוֹבִים

                                                               

- terminaison d’un nom de forme irrégulière - L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qualifié. Exemples : nom féminin irrégulier (עָרִים יָפוֹת); nom masculin irrégulier (מְקוֹמוֹת מְעַנְיְנִים ; choul'hanot guédolim).

- terminaison d’une suite de noms de genres différents - Si l’adjctif qualifie une suite de plusieurs noms (certains masculins, d’autres féminins), il s’accorde au masculin comme en français[31].

 

 

 

10.7. Les noms des nombres (מספרים)

 

Un nombre (מִסְפָּר) s'accorde avec le nom avec lequel il est en rapport - en nombre et en genre. Contrairement à ce qui est la norme usuelle, la terminaison ah”  ָה    (kamats sur l'avant-dernière lettre, suivi de ) est la marque du masculin pour les nombres de 3 à 10. Au contraire, l'absence de suffixe est la marque du féminin.

Ce sont les nombres féminins qui sont utilisés lorsque l'on compte 1, 2, 3.... 

 

masculin

féminin

nombres

éh'ad

ex. :  yélèd ‘éh'ad  (un garçon)

a’hat  אחת

ex. :  yalda ‘ahat (une fille)

1

chnyim

chney yéladim (deux garçons)

chtayim שתים

chtey yéladote (deux filles)

2

 chlocha  

chlocha yéladim

chaloch שלוש

chaloch yéladote

3

arba'a

arba'a yéladim

arba’  ארבע

arba’yéladote

4

‘hamicha  

yéladim

‘hamèch  חמש

‘hamèch yéladote

5

chicha  

chicha yéladim

chéch  שש

chéch yéladote

6

                           chiv'a  

chiv'a yéladim

chéva’ שבע

chéva’ yéladote

7

chmona  

chmona yéladim

chmoné שמונה

chmoné yéladote

8

tich'a  

tich'a yéladim

técha’ תשע

técha’yéladote

9

‘assara

‘assara yéladim

‘ésser עשר

ésser  yéladote

10

Autres : אחת עשרה (11) ; שתים עשרה (12) ; etc. ; עשרים ‘essrim (20) ; מאה méa (100) ; אלף aleph (1000) .

Nombres ordinaux: ראשון (1er), שני (2ème), שלישי (3ème), רביעי (4ème),  חמישי (5ème)...

 

 

10.8. Pronom personnel (הַכִּנּוּי הַאִישִׁי)

On distingue les pronoms personnels

- ordinaires (ani, ata, at, hou, hi, ana'hnou, atèm, atén, hém, hén); mais aussi des formes emphatique (אָנֹכִי anokhi); abrégées (formes dites apocopées telles  anou  אָֽנוּ ;  na'hnou נַֽחְנוּ) : et allongées (dites paragogiques, telles הֵֽמָּה  héma ; ou הֵֽנָּה héna)[32].

 

10.9. le possessif

 

 

L'adjectif possessif (תָּאֳרַי־הַקִּנְיָן)

 

La possession s’exprime comme suit :

1 - avec le mot chel décliné (hayélèd chéli) ;

 

2 - par la déclinaison du nom désignant l’objet possédé (yaldi ; yaldékha). L’adjectif possessif se rend par l’ajout de suffixes au nom.

Ces suffixes dérivent du pronom personnel ; on les désigne du terme grammatical ‘kinouyim’ (כִּנּוּיִים) construit avec les lettres qui forment les suffixes. Les suffixes de l’adjectif possessif s’accordent (masculin, féminin, singulier, pluriel). On distingue plusieurs types de suffixes personnels du nom :

 

 

 

types

suffixes

ton

exemples

Légers

V

(voyelle)

וֹ ־ ;    ִי ־

Accentués

 

 

VC

(voyelle sur avant-dernière lettre + consonne finale)

 

־ָה ;  ־ָהּ

Accentués

 

 

 

Cv

(consonne + voyelle)

־נוּ ;  ־ךָ ;  ־הָ

Non-accentués

Sauf : [33].  

  סוּסֵנוּ

 

C

(consonne)

־ךְ[34];  ־ו

 

Non-accentués

  

LOURDS

CvC

(consonne, voyelle, consonne)

־הֶן ; ־הֶם

־כֶם   ;  ־כֶן

Toujours accentués

 Liés au nom par un chéwa

סוּסְכֶם  סוּסְכֶן 

 

 Les suffixes ךְ; ךָ-  ; כֶם - כֶן ne prennent pas le daguèch léger [35].

 

 

 

3 - par la combinaison des deux formes ci-dessus. C’est une tournure littéraire (ainsi : nachaw chel hamélekh, les femmes du roi).

 

Pronoms possessifs ( כִּנּוּיֵי־הַקִּנְיָן )

Des suffixes pronominaux sont ajoutés au nom. Ainsi à chalom on ajoute: khaf final kamats (chélomékha, ta paix- possesseur masculin); khaf final chéwa (chélomékh, ta paix- possesseur féminin).

Ces petites terminaisons indiquant le pronom personnel jouent le rôle d'adjectif possessif et s'accordent avec le possesseur.

 

Le mot chel est pronom possessif. Il se décline par l’ajout de suffixes pronominaux en fonction du genre et du nombre du nom accompagné: hayélèd chéli (mon enfant) ; chélkha (ton…), שׁלי chéli (mon) [36].

 

 

 

 



[1]  Waw (et).

[2]  Bet (dans, à, avec) ; Lamed (vers, pour, à) ; Kaf (comme) ; Mem (dans le cas de Min préposition indiquant la provenance, et dont la seconde consonne ‘noun’ disparaît, s’assimilant à la consonne qui suit ; un daguèch  témoigne du redoublement – exemple : mitsiyon).

[3] Kelley (1992), p. 36.

[4] A. Tichit (2007), p. 25-26.

[5] Voir le tableau de mots à l’état absolu et à l’état construit dans Weingreen J. (2008), pp. 54-55.

[6] « On dit aussi que le mot (à l’état absolu) dont dépendent le ou les mots à l’état construit, est au génitif ». Weingreen J. (2008), p. 51.

[7] Donnet-Guez B. (1995), p. 109-112.

[8] Donnet-Guez B. (1995), p. 109-112; autres.

[9] Voir : Riklis (v. 1960), pp. 292-300.

[10] Moché Horowitz, 2000, p. 28.

[11] Comme le note Kelley P. H. avec humour (1992), p. 36.

[12] Donnet-Guez B. (1995), p. 101.

[13] Weingreen J. (2008), p. 44.

[14] Tubiana Benyamin (1996), Le dikdouk facile, BibliEurope, Paris (4eme édition), leçon 7.

[15] Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[16] Tubiana Benyamin (1996), Le dikdouk facile, BibliEurope, Paris (4eme édition), leçon 7.

[17] La terminaison atone kamats hé n’indique pas le féminin. Elle concerne soit un mot masculin (comme dans : layla: la syllabe accentuée est l’avant-dernière), soit l’indication  « vers » comme dans מִצְרַ֨יְמָה֙ vers l’Egypte: la syllabe accentuée est l’avant-dernière).

[18] Kessler-Mesguish (2008), p. 172 ; Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[19] Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[20] Weingreen J. (2008), p. 44; Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[21] Weingreen J. (2008), p. 44; Donnet-Guez B. (1995), p. 102.

[22] Weingreen J. (2008), p. 44; Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[23]  Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[24] S. Kessler-Mesguich (2008), p. 62.

[25] S. Kessler-Mesguich (2008), p. 61-62.

[26]  Donnet-Guez B. (1995), p. 103.

[27]  Donnet-Guez B. (1995), p. 104.

[28]  Donnet-Guez B. (1995), p. 104.

[29]  Donnet-Guez B. (1995), p. 104.

[30]  Autre exemple : alors que le mot béhéma (animal domestique, bête) est au singulier, le livre de Iyob mentionne un animal  de grande puissance dit « béhémot » (Iyob 40, 15-24). Cela n’exprime pas le pluriel ordinaire, mais le fait que cet animal extraordinaire est la plus grande et puissante créature terrestre.

[31] Moché Horowitz, 2000, p. 38.

[32] Moché Horowitz, 2000, p. 41.

[33] Prend l'accent (hors pause) derrière un chéva mobile ou moyen.

[34] Noter une forme rare:  כַּפֶּֽכָה "ta main" (Téhilim 139, 5).

[35] R’ David Berdah, 3e Ed., p. 5.

[36] Noter que dans ces deux derniers cas on a affaire à des mots composés exclusivement d'un préfixe suivi d'un suffixe.

[37] F. Boulanger (2006), Cours de grammaire, p. 68.

[38] Nous utilisons ici la synthèse effectuée par F. Boulanger (2006), Cours de grammaire, http://home.nordnet.fr/~fraboulanger/Cours%20Grammaire/cours%20Grammaire%20assemble.pdf, p. 68.

[39] Comme le précise F. Boulanger (2006), Cours de grammaire, p. 68.

[40] D’après Kelley (1992), pp. 71-72.

[41] A. Tichit  (2007), p. 28.

[42] A. Tichit  (2007), p. 29.

[43] P. H. Kelley (1992), pp. 53-54 ; A. Tichit  (2007), pp. 28-29.

[44] Voir Horowitz (2000), pp. 43-44.

[45] Le pronom מה  peut aussi être utilisé pour l’interrogation mais aussi pour l’exclamation : « Que la lumière est forte dans la pièce ! » (! מָה רַב הָאוֹר בַּחֶדֶר); « Comme nous avons été émus lorsque... » (! מֶה הָמָה הַלֵב כַּאֲשֶׁר).

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