Gram. 07.2 Position de l’accent

 

 

7.2. Position de l’accent: quelques points de repère

L’intonation porte le plus souvent sur la dernière syllabe (מִלְּרַע ou oxyton)[1]. Pour déterminer quand un mot doit être מִלְּעֵיל  ou מִלְּרַע, le plus simple est de trouver ce mot dans le Tanakh car l’accent est le plus souvent matérialisé par le ta’am (sur la syllabe accentuée). Mais attention, tous les signes musicaux ne sont pas positionnés sur la syllabe tonique : ainsi en est-il pour zarka, ségolta, tilcha [Télicha guedola- תלשא].

Les noms מִלְּעֵיל et מִלְּרַע portent la conception que les syllabes d’un mot sont « empilées » la première sur la seconde, etc. Ce qu’expriment les traductions araméennes des mots  מִלְּעֵיל « en dessus »  (donc avant dernière syllabe), ou מִלְּרַע « en dessous » (donc dernière syllabe). Nous encadrerons ici les syllabes accentuées pour mieux faciliter l’assimilation de ce sujet difficile. Malgré de nombreuses exceptions et des règles assez complexes, on peut souvent déterminer quand un mot doit être מִלְּעֵיל ou מִלְּרַע  - ce que nous exposons ci-après.

Il est cependant nécessaire de réunir des notions prérequises car, pour déterminer la position de l’accent, il faut apprendre à :

Reconnaître  les syllabes  

Distinguer les voyelles brèves (ou courtes) des voyelles longues car cela détermine le type d’accentuation

Reconnaître les té’amim (signes de cantilation): si le ton est posé sur la syllabe portant le ta’am ou non; té’amim de pose (dans certaines formes pausales, l'accent monte ou descend) ; bien que la majorité des signes de cantilation ont une position dans le mot qui correspond à l’accent, certains ont une position fixe (début, fin du mot) indépendante du ton ;

Tenir compte du makaf : le ou les mots reliés aux suivants par un trait d’union (makaf) perdent leur accentuation[2]. Exemple : אֶת־שֶׁ֣מֶן; יַם־סוּף֙;  אֶת־כָּל־הַמִּצְוָ֔ה; Cela même s’il peut exister un  ton secondaire sur le premier mot, indiqué par le ta’am  Mayéla מָֽאיְלָא [3] : וַיֵּצֵ֖א־נֹ֑חַ (Béréchit 8, 18).  

 

 

7.2.1. Mots dont l’accent est sur la dernière syllabe (מִלְּרַע  ou oxyton)

En hébreu, l’intonation porte le plus souvent sur la dernière syllabe : Exemple : צָפ֑וֹן יִשְׂרָאֵ֖ל.; מִקֵּ֣ץ ;  

C’est notamment le cas pour :

- SYLLABE LONGUE FERMEE [4] : « Les noms qui se terminent par une voyelle longue »[5]. Ex. בַחוּץ֙   ; הַמִּדְבָּ֔ר ; וַיְדַבֵּ֥ר ;

- mots se terminant par deux voyelles brèves séparées par un chéwa - [6]. Exemple : גַּלְגַּל   ;

- MOTS A UNE SEULE SYLLABE [7] : אֵ֣ין ; אֵ֖שׁ ; לֹ֣א ; עַ֥ד ;… mais aussi des mots qui ne forment qu’une syllabe contrairement à l’apparence (exemple : צְר֨וֹר ; Békhor, le chéwa n’intervient pas dans le compte des voyelles) ;

- voyelle LONGUE - les mots se terminant par une voyelle longue - מִנְחָ֖ה ; שָׁעָ֑ה; תַּרְדֵּמָ֛ה; הָֽאַהֲבָ֔ה; [8]

- voyelle LONGUE/ V. BREVE / LETTRE FINALE MUETTE - mots se terminant par une voyelle longue, une brève et une consonne muette. Exemple : אִשָּׁ֔ה; הַשָּׂדֶ֖ה

- Conjugaison : les terminaisons portent l’accent tonique[9] (« les suffixes lourds gardent toujours le ton »[10] :

..  כֶ֖ם   - אָזְנֵיכֶ֖ם ; אֶתְכֶ֖ם ;  בְּיֶדְכֶ֑ם ; לָכֶ֛ם; מֵֽרֻבְּכֶ֞ם ;

.. כֶן     -  בְּיַלֶּדְכֶן֙ ;

.. הֶם    -  אַֽחֲרֵיהֶֽם׃; וַאֲשֵֽׁירֵהֶם֙ ;  שְׁנֵיהֶם֙;

.. הֶן     -  אֲלֵיהֶֽן׃  ;

- VERBES : TERMINAISONS EN  תֶּן ET ם ַ תֶּportent l'accent [11];

.. הֶן     -  לֹֽא־תִתֵּ֣ן; תִתְחַתֵּ֖ן ;  

.. תֶּ ם   - וּקְרָאתֶ֤ם  ; הַיְדַעְתֶּ֗ם; לְקַחְתֶּ֧ם

 

 

7.2.2. Mots dont l’accent est sur l’avant-dernière syllabe (מִלְּעֵיל ou paroxyton)

L’accent est parfois placé sur l’avant-dernière syllabe. Voici quelques cas où l’accent est sur l’avant-dernière syllabe (nous ne tenons pas compte des exceptions) :

- LES MOTS A SUFFIXE. Terminaisons par suffixes (malgré l’ajout en dernière syllabe du suffixe, l'accent d’un mot מִלְּרַע / oxyton ne se déplace pas vers la nouvelle dernière syllabe)[12]:

     .. cela concerne certains suffixes possessifs. En ־ךָ ET ־נוּ  -  אָחִ֑יךָ; אִמֶּ֔ךָ; דֹּדֶ֖יךָ; וְאֵלֶ֨יךָ; מִנְחָתֶ֑ךָ; פָנֶֽיךָ ;

     .. cela concerne certaines terminaisons de verbes. en תִּי ET תָּ  - terminaisons de verbes conjugués :  אָהַבְתָּוְהִשְׁקִ֥יתָ  ; וְעָשִׂ֤יתָ ; נָטָֽרְתִּי ; 

- MOTS A DEUX SEGOL(famille de mots dits à ‘6 points’ - שש נקודות - , puisque se terminant par 2 ségol)  : Exemples :אֶ֖לֶף;דֶּ֛גֶל ;דֶּ֣לֶת  ; הַמֶּ֨לֶךְ֙; הֲטֶ֣רֶם ; טֶ֚רֶם; כֶּ֣רֶם; לָלֶ֥כֶת ;  לָשֶׁ֔בֶת; הַמֶּ֨לֶךְ֙ ; מִנֶּ֕גֶד; מִתְרַפֶּ֖קֶת; נֶ֛פֶשׁ ; שֶׁ֔מֶן;  שֶׁ֔קֶר.

- MOTS A DEUX PATA’HIM [13] - Exemples : וַיַּ֖עַשׂ  (Béréchit 6,22) ; מִמַּ֖עַל (Béréchit 22, 9); וְהַנַּ֔עַר (Béréchit 22, 5);  וַתַּ֖הַר (Béréchit 25, 21) ; וַיַּ֥עַל (Béréchit 26, 23) ; וַיַּ֥עַן (Béréchit 31, 31) ;  וּפַ֤חַד  (Béréchit 31, 42) ; שַׁ֣עַר  (Chémot 38, 31) ;  בְלִיַּ֣עַל (Téhilim 18, 5);   לַ֥עַג (Téhilim 44, 14);  לְמַ֣עַן  בְּבַ֣עַל ;  מִתַּ֨חַת֙  . On relève de nombreux mots à deux pata’him ne suivant pas la règle [14] ;

- voyelle LONGUE/ V. BREVE/ CONSONNE  FINALE NON MUETTE -- les mots terminés par une voyelle longue, une brève, et une consonne finale non muette. Exemples : אֹ֥הֶל ; וּשְׁלֹ֣שֶׁת;  לַחֹ֑דֶשׁ ; לִקְטֹ֔רֶת ; וְסֹ֣לֶת; קֹ֥דֶשׁ ;

- Consonne précédant CHEWA ET CHEWA COMPOSES [15]. Les consonnes portant un chéwa (ou les « voyelles » ’hatafim qui le remplacent) ne peuvent jamais porter l’accent tonique[16] qui passe à la consonne précédente. Exemples: וָמַ֖עְלָה ; קֵ֣דְמָה ; לְמַ֣חֲנֵה; גֵּרַ֨שְׁתָּ . Verbes. וַתֹּ֕אמֶר. ; וְתֵלַ֖דְנָה ; תֵאָכַ֖לְנָה ; שָׁמַ֨עְתִּי֙.

- CAS DES CONJUGAISONS : en général, l’accent tonique se trouve à la 2ème radicale (sauf pour les personnes dont la terminaison est en תֶּן et  תֶּם[17]. Exemple : תִּלְבַּֽשׁ

- AUTRES CAS:

. élé .  La position de l'accent apparaît grâce au ta'am (signe musical) : on le voit ici, c'est la première syllabe אֵ֣לֶּה ׀ (Béréchit 36,43) qui porte l'accent; mais ici   וְ֠אֵלֶּה (Béréchit 36,40) cela n'apparaît pas car on sait que ce ta'am Talcha n’indique pas la position de l’accent tonique (comme quelques autres - voir chapitre sur les signes musicaux, ci-après).

 

7.2.3. Mots dont l’accent est sur la syllabe qui précède l'avant-dernière syllabe (proparoxyton)

Les mots de ce type sont rarissimes dans la Bible. On en trouve cependant en hébreu moderne. Exemple: machéhou[18].





[1] Certaines syllabes portent une accentuation secondaire (moins marquée que l’accent principal) et notée par un petit trait vertical près de la voyelle ga'ya  גַּעְיָא  (= méteg  מֶתֶג). Exemple : הָֽאֲדָמָ֛ה ;

[2] Les grammairiens nomment ‘proclitiques’ les mot(s) sans ton placé(s) devant un mot qui, lui, est accentué.

[3] Ou Méayéla מְאַיְּלָא  Gesenius (1910), 61, 21

[4] R’Meyer Jaïs, 1979, Précis de grammaire hébraïque, ACIP, Paris, p. 7.

[5] R’ David Berdah, 3e Ed., p. 7. Voir R’ D. Settbon (2006), ‘Alé hadas, pp. 145-146.

[6] R’ David Berdah, 3e Ed., p.7.

[7] R’Meyer Jaïs, 1979, p. 7.  Cet auteur ajoute : SYLLABE COMMENCANT PAR CHEWA, avec syllabe précédente fermée : ex. yikchérou ;  SYLLABE FERMEE SUIVANT SYLLABE FERMEE: ex. Oukchartem. Par ailleurs est ajouté aussi : - voyelle BREVE / CHEWA/ V. BREVE - les mots se terminant par 2 brèves séparées par un chéva

[8] On relève des exceptions: mots de la famille de ri, yophi, ’holi,  ’hi,    רֹ֣עֵה. R’ D. Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 145.

[9] R’ David Berdah, 3e Ed., p.7.

[10] Jouon P., 1982, pp. 78.

[11] Mais « peuvent le céder (Yéob, 6,21) » Jouon P., 1982, p. 78.

[12] Ils ont été décrits comme « mots à suffixe non accentués » ( Moché Horowitz, 2000, p. 24).

[13] Moché Horowitz, 2000, p. 24.

[14] Voir la position du ta’am dans : הַאַ֤ף  (Béréchit 18, 24) le article défini qui prend en général patah devient ici kamats (car devant une lettre gutturale aleph – cela aurait aussi été le cas avec  , ‘ain et rech). Ici, le ha devant avoir kamats forme une syllabe complète. En conséquence par la règle des deux péta’him ;

כַּפַּ֛י (Béréchit 31, 37); אֲשַׁלַּ֥ח (Chémot 10, 10) ;  תְּשַׁלַּ֣ח (Téhilim 80, 12);  ici le daguèch complète la syllabe (cha) donc l’accent ne vient que si la syllabe n’est pas complétée ;

אַחַ֖י  (Béréchit 31, 37) ; אַחַ֣ר (Chir hachirim, 2, 9) ; אַחַ֥ת (Chir hachirim, 6, 9). Difficile de mettre un daguèch sur le ‘het

Communication orale  ‘Aram Abguil 2009. ‘Aram Abguil (2009), Sidour téphila zaka, ) p. 37

[15] Chéva invisible, porté sous la lettre, ou chéva  composé (chéva -pata’h, chéva -ségol, chéva -kamats).

[16] R’ David Berdah, 3e Ed., p. 7.

[17] R’ David Berdah, 3e Ed., p.7.

 

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