Pourquoi rester coi ?

 

Pourquoi rester coi ?

 

 La grande manifestation du dimanche 26 février 2006, pour témoigner de notre compassion et de notre solidarité avec le jeune martyr Ilan Halimi et sa famille, a donc réuni des dizaines de milliers de personnes sur le pavé parisien, de la « République » à la « Nation ».

Mais, si l’appel contre le racisme et l’antisémitisme a été vigoureusement clamé avec nos pieds, il n’a pu pleinement l’être avec notre bouche ! Car certains des organisateurs ont eu une idée assez étrange : nous persuader de garder le silence, et nous contraindre à retenir l’expression de notre douleur, de notre révolte, de notre colère !

En effet, certains ont voulu – et en gros, ils ont réussi ! – à nous réduire au silence ! Dans notre marche, sur des kilomètres de boulevards parisiens, transis de froid dans cette fin février glaciale, on nous a poussé au mutisme relatif ! Pourquoi rester coi ? Et pourquoi ne pas alors défiler le doigt sur la bouche, ou stationner les mains derrière le dos, dans un coin, à chaque carrefour des avenues traversées ? Pourquoi cette punition ? La dignité et le respect résident-ils dans le silence et la discrétion ? Nous, les Juifs, et peut-être notamment nous les Juifs « Pieds noirs » d’Algérie, gens du soleil méditerranéen, serions-nous devenus enclins à fermer notre grande bouche ? Au contraire, on a la réputation d’avoir le verbe haut, et souvent, quand le ton monte un peu et qu’on nous regarde avec anxiété devant une poussée d’adrénaline, il nous faut rassurer l’entourage en nous écriant : « Mais non, je ne me dispute pas, je parle ! ».

Voilà que certaines associations ont voulu limiter notre droit à la prise de parole ! Qu’on le sache, nous sommes le peuple du Livre mais aussi de la Parole. Pourquoi certains se sont-ils permis de contraindre notre droit d’expression ? Quand on a mal, il faut en parler ! Il faut dire, crier même ce que l’on ressent, certes au moyen de slogans respectueux des valeurs républicaines, mais capables aussi d’exprimer avec esprit, avec ironie, et avec force ce que l’on pense des événements qui nous touchent ou nous frappent !

Messieurs les censeurs, vous avez eu, je n’en doute presque pas, d’excellentes intentions ! Mais la prochaine fois, qu’ils fouleront pacifiquement le pavé parisien, laissez donc les manifestants juifs exprimer à voix haute, et dans le cadre des valeurs républicaines, ce qu’ils ont sur le cœur !

Gilles Joseph Bakis (Val-de-Marne)

 

Initialement publié dans Actualité juive N° 926 - Jeudi 9 mars 2006, p. 8

Mis en ligne le 13 novembre 2015

© Gilles Joseph Bakis  et/ou © Hotsaat Bakish 

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