Laissez-leur une place!

 

Laissez-leur une place! 

 

Hier matin, c'était Shabbat, et, en revenant de la synagogue, par une douce journée de septembre, je me suis mis à rêver. Plusieurs membres importants du « kahal » (communauté) s'étaient rassemblés sur le sommet d'une colline, l'air grave, autour d'une anisette ou d'une boukha, avec un petite kémia.

«Mes amis, déclara Schmouel, C'est bientôt Rosh HaChana ! Essayons donc de prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année. Evoquons un problème dont on ne parle jamais. Soyons franc : à l'office, c'est toujours nous, les vedettes ! Pourtant, les autres fidèles sont là aussi : ils sont gentils, ils répondent « amen » quand il faut, ils se font même gronder lorsque qu'ils discutent entre eux mais, reconnaissons-le, certains montent bien peu à la « téba », sur l'estrade centrale, pour réciter les bénédictions de la Paracha ou de la Haphtara ! »

« C'est de leur faute ! protesta l'impétueux Manassé. Qu'ils s'expriment ! »

« Nous ne nous sommes pas réunis pour critiquer nos frères, coupa sèche- ment Schmouel, mais pour remédier à la situation ! »

« A la réflexion, commença Joab, c'est vrai que nous, les gens fortunés, nous sommes gâtés. Comme, bien souvent, nous sommes généreux, on acquiert, toutes les « mitsvot » souhaitées ! C'est simple, dès qu'il y a 'concurrence', on fait grimper les enchères !»                                -

« Pour nous aussi, les érudits, c'est plus facile, convint Pinhas en se cares- sant la barbe. On a une parfaite maîtrise des textes, qu'on lit vite et bien ! Comme le respect va avec, dès qu'on veut intervenir, on nous met le tapis rouge ! »

« Moi aussi, je parlerai donc, soupira Yoni. Moi, avec mes frères, cousins, amis, on est une famille très étendue, D.ieu bénisse ! Comme on s'offre sou- vent des « mitsvot » entre nous, les 'isolés' n'ont qu'à bien se tenir ! »

Retirant le brin d'herbe qu'il avait entre les dents, Gad se mit alors à rire: « Moi, je ne suis ni riche, ni savant, ni d'un gros clan familial, mais j'ai une grosse voix ! Sur plusieurs octaves ! Le truc est simple : quand je veux, je place le ton à l'octave supérieure, et je monte le son ! Ma femme rigole en m'affirmant que, du balcon, on n'entend que moi ! »

« Mes frères, reprit Schmouel, l'Eternel nous a comblés : richesse, savoir rabbinique, clans puissants, facilité de parole, superbe voix ! Eh. bien, demandons-lui encore plus ! Prions pour qu'il fasse grandir en nous, toujours plus, notre amour du prochain, et notamment pour notre voisin, à la synagogue ! Laissez-lui une place! Qu'il occupe la pleine place qui lui revient!»

Le cœur léger, je suis rentré chez moi. Les offices seront encore plus beaux, l'année prochaine ! C'est presque sûr. ♦

Gilles Joseph Bakis (Val-de-Marne)

 

Initialement publié sous le titre "Bientôt Rosh HaShana!" dans Actualité juive N° 1177

Mis en ligne le 14 novembre 2015

 Gilles Joseph Bakis  et/ou © Hotsaat Bakish 

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