Renard et le loup qui voulait aider à la cuisine

  

  Renard et le Loup qui voulait aider à la cuisine

~ D’après une fable de Rabbi Meïr Baal Haness ~

 

Un loup voulait se venger de Renard. Trop souvent, il avait subi ses mauvais tours. Renard devinait les intentions du loup et avait décidé de lui enlever une fois pour toutes, l’envie de monter de tels projets contre lui.

Il allait se servir des habitants du village pour lui donner une bonne correction.

 Un jour, le loup cherchait de-ci de-là, quelque chose à manger. Il était prêt à tout avaler, même un simple petit moineau. Mais il n’avait hélas plus de force pour chasser, tant il était affamé. Renard, s’approchant, lui proposa un bon conseil afin de calmer sa faim.

C’était vendredi, et toutes les ménagères juives préparaient le repas de la sainte journée du chabbat. Aussi, il persuada le loup d’aller aider les Juifs à préparer le repas chabbatique. Renard en profiterait lui aussi, car, c’est bien connu, les Juifs aiment récompenser généreusement qui les aide.

 

Le loup était animé des meilleurs intentions du monde.  Il voulait très sincèrement, offrir son aide. Il ferait le ménage, lavant le carrelage, cirant le parquet des chambres, passant l’aspirateur sous les lits. Il mettrait une belle nappe blanche sur la table avant d’y disposer les assiettes de porcelaine, les verres de cristal et les couverts des jours de fête.

Mais, le loup, malgré ses bonnes intentions, dut vite déchanter.

 

Lorsqu’il s’approcha, un enfant le vit et donna l’alerte. Bientôt, alors qu’il tentait de s’introduire dans une maisons, les habitants du quartier se rassemblèrent en criant:

« Au loup!

- Voleur!

- Tiens! Prend ces coups de bâtons pour t’enlever l’envie de nous dévaliser! »

Ils le frappèrent tant et si fort, que le loup s’enfuit la queue entre les jambes, en direction de la forêt.

 

Il avait reçu tant de coups de bâton sur tout le corps qu’il se sentait de méchante humeur... Il avait senti de si bonnes odeurs près des cuisines, qu’il en était encore plus affamé...

 

Il décida de se venger du renard, à qui il devait toutes ses misères et la vive douleur qu’il sentait dans son dos:

« Renard est un bien mauvais compagnon!  Il m’a mal conseillé. Alors je vais lui faire passer l’envie de se moquer de moi une autre fois ».

 Mais Renard trouva les mots qu’il fallait pour retarder encore la vengeance du loup. Il lui expliqua la cause de tous ses malheurs:

« Ces villageois se sont souvenus de ce que leur avait fait ton père autrefois.

- Mon père!

- Oui! Une fois, il avait faim tout comme toi. Et il a fait mine de les aider à préparer chabbat. Les Juifs ont eu pitié de lui! Ils ont accepté son aide, et en échange, ils lui ont offert une bonne tranche de carpe farcie. Ils ont aussi ajouté  plusieurs boulettes de viande préparées pour accompagner le plat de couscous ».

Le loup, en ce moment, tout aussi affamé qu’au début de l’histoire,  souffrait durement en entendant les noms de ces plats délicieux. Renard poursuivit, impitoyable:

« Mais ton père n’a pas su se contenter de son salaire. Il a aussi dérobé tous les mets succulents destinés au repas, ne laissant à ses employeurs que les légumes, les fruits et les gâteaux. Mais ce n’était pas un acte de générosité de sa part. Il n’aimait pas cela, tout simplement.

- Quel vaurien! » pensa le loup. Mais, comme il s’agissait de son père, il n’osa pas, par respect, formuler à haute voix sa pensée.  « Et que lui est-il arrivé? » demanda-t-il?

« Il s’est enfui très vite, et personne ne l’a jamais capturé. Mais il semble avoir laissé un bien mauvais souvenir en ces lieux. C’est pourquoi les Juifs se sont vengés sur toi!

- Quoi ? C’est à cause des méfaits de mon père que j’ai si mal au dos ? En quoi suis-je donc responsable de ses mauvaises actions?

- C’est ainsi, répondit Renard. Si ton père avait laissé un meilleur souvenir, tu aurais hérité de sa bonne réputation et ils t’auraient donné un bon salaire: une bonne tranche de carpe farcie ou plusieurs boulettes de viande préparées pour accompagner le plat de couscous! Sache, cher ami, qu’une bonne réputation est la chose la plus précieuse au monde! ».

 

 

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