Préface

 Dernière mise à jour 2 juin 2017

Préface générale

Les volumes de cette anthologie

 

 Le premier volume de cette anthologie, avait pour titre Le fil du temps. Ce titre a été choisi pour deux raisons. Le temps est une dimension fondamentale du judaïsme : il se conjugue au présent, point mouvant sur un itinéraire. Ils se conjuguent au passé grâce à une mémoire fidèle (transmission de la Loi écrite et orale, souvenirs des périodes bibliques, historiques, depuis le départ d’Abraham d’Ur en Chaldée jusqu’aux toutes dernières migrations qui ont vu les Juifs maghrébins s’installer sous d’autres cieux: en France, au Canada, en Israël...). Ils se conjuguent également au futur, aboutissement d’un itinéraire avec la venue du Messie et la reconstruction du troisième Temple de Jérusalem, garantie de paix et bonheur pour les Juifs, mais aussi pour  l’humanité entière. Tel un « fil d’Ariane », la mémoire du passé conduit aux trésors des traditions et aux enseignements transmis par Moïse et les rabbins après lui. Mais la transmission est fragile ! C’est cette idée que vise à rendre le mot «  fil » inclus dans le  titre du volume consacré aux traditions. Aujourd’hui, plus encore que par le passé, la transmission d’une mémoire familiale aux jeunes générations est particulièrement aléatoire du fait des évolutions sociales et culturelles. Les causes sont multiples et anciennes ; elles se sont renforcées à la suite de l’émigration hors de l’Afrique du Nord : milieux fréquentés (profession, loisirs), nouveaux voisinages (automobile, habitat péri-urbain), culture des pays d’accueil et des grands médias. Le mot « fil » permet aussi de faire une allusion au « fil » téléphonique qui relie les parents malgré les distances. A l’ère des réseaux, d’Internet et de la société de l’information, la géographie des diasporas s’inscrit dans un contexte fait d’avantages potentiels nouveaux: partage de savoirs éparpillés, constitution de sites spécialisés, maintien du contact avec des communautés réelles ou virtuelles.

 

Dans les contes juifs d’Afrique du Nord en général, tout comme dans ceux du présent volume, le conteur déploie un imaginaire marqué par une foi religieuse profondément ancrée qui s’exprime par des exemples édifiants (voir le volume 1 : Le fil du temps, publié en 2000). Il ne manque pas une occasion pour délivrer un petit message de morale pratique, et d’espoir en l’intervention divine capable de modifier en un court instant la situation la plus désespérée. Car, dans les cours des quartiers juifs d’autrefois, lorsque enfants et grandes personnes se réunissaient autour du conteur, l’écho de la Torah était omniprésent : le conte juif d’Afrique du Nord n’est pas resté insensible à l’enchantement et la fantaisie de l’Orient, mais c’est la transmission de cette eau pure qui est  au cœur de la transmission culturelle. En général même les contes fantastiques (voir volume 2 : tomes 1 et 2) inspirés de ceux des peuples côtoyés à une époque - ou ceux du pays habitée par le conteur - sont réappropriés et servent de cadre à une morale traditionnelle : le croyant vertueux n’a rien à craindre dans ce monde et dans le monde futur. Quant à celui qui est  moins vertueux, il reste protégé par ses bonnes actions (même rarissimes) et  par les nombreux mérites de ses rabbins et ancêtres. Ainsi, les contes présentent une inestimable valeur pédagogique : dans un langage accessible (d’autant  plus accessible qu’il est toujours adapté par le conteur à son auditoire),  sous une forme plaisante et distrayante, ils transmettent des valeurs, une manière de voir le monde, et, au-delà, une culture populaire.

 

Le volume 2, tome 2 - ici mis à disposition sous forme électronique - vient compléter la sélection de contes relevant de l’étrange en développant certains thèmes peu développés publiée dans le tome 1 : Les Chemins du Ciel, 2005  (démons, ogres, magie, etc.).

 

Le volume 3 tente d’ouvrir « La porte du rire » : il aborde les thèmes de l’humour et de la fantaisie. Certes, une classification rigoureuse des différents contes (juifs ou non) est parfois difficile, car les thèmes y sont imbriqués et les genres s’y chevauchent. Les contes relevant de la fantaisie réunissent plusieurs ensembles distincts. Tout comme leurs voisins musulmans les Juifs racontaient de captivantes histoires orientales. Dans ces dernières on retrouve quelques ingrédients ayant leurs pendants dans les « Mille et une nuits » et autres récits d’Orient: magiciens [1], hommes habiles se tirant de situations difficiles [2], sagesse féminine [3], souverains orientaux[4],  etc. A côté de ces histoires orientales, d’autres contes présentent des ruses. On rapporte  des traits d’humour nés en Afrique du Nord, en France mais aussi en Israël dans les premiers temps difficiles de l’alia [5]. On tente de résoudre aussi des énigmes [6]... On met en scène aussi des animaux qui prennent la parole afin de divertir les enfants ou de délivrer un enseignement de morale traditionnelle [7].

 

Le volume 4 réunit des contes et récits qui permettent d’illustrer l’histoire juive. Il a pour titre : Le fusil du sultan. A travers l’histoire.

 

Les volumes II tome 2, III, IV et V sont en cours de publication sur ce site. Le lecteur pourra consulter aussi divers contes originaires d'Europe ou d'Orient dans une autre rubrique de ce site. 

 

 


[1] Voir : « L'élève magicien ».

[2] Voir : « L'apprenti voleur ».

[3] Voir : « Le gargotier et la femme du Sultan ».

[4] Voir : « Le poignard de Médine ».

[5] Voir : « Ben Gourion visite le bidonville ».

[6] Voir : « Les énigmes du Roi d'Espagne ».

[7] Les rabbins juifs d’Afrique du Nord, lecteurs du Talmud et des œuvres midrachiques, racontaient « Le Loup, Renard et le puits », « Renard et les Poissons », « L’Agneau et les soixante-dix loups » (voir  les fables 2, 3 et 12 de Hillel Bakis, « Renard et le loup...  et autres fables d’Israël », Editions Raphaël Jeunesse, Paris, 2000).

Voir également x : « Le dromadaire va à l’école » (Tunisie) pp. 161-166 ; « Rambam, le Grand Vizir et le Sultan des poissons » (Egypte) pp. 147-150, « Le marchand de volailles et le prince cruel » (Irak), pp. 151-159). (in Hillel Bakis et S. Weibach « La formule magique de Rabbi Shalom Chabazi… et autres histoires», Editions Raphaël Jeunesse, Paris, 2000). Voir aussi  la rubrique "Animaux" dans l'édition électronique (volume 3).

Laisser un commentaire