Lion sauvé par une petite Souris

Fables d’Israël. Nouvelles fables

 

Lion sauvé par une petite Souris

 

Fable[1]

 

Cette fable fait allusion à la générosité divine envers les humains, même fautifs.

Elle vient surtout illustrer qu’il ne faut pas se comporter avec orgueil. Parmi les traits de caractères (midot) à travailler, la modestie doit être recherchée et toute tendance à l’orgueil doit être combattue.  

Même un puissant lion peut se retrouver impuissant, alors  qu’une toute petite souris qu’il méprisait auparavant est en mesure de lui sauver la vie. [2]

 

Une petite Souris grise était partie découvrir le monde. Elle trottait dans la garrigue, en fredonnant un air joyeux appris à l’école.

Non loin de là, dormait Sire Lion, couché de tout son long au fond d’une grotte. Il était paisible et rassasié. Une carcasse de gazelle gisait près de lui, car la journée de chasse Dame Lionne avait été couronnée de succès et il avait bien mangé ce jour-là. Il restait encore tant de viande qu’il pourrait même se nourrir copieusement les jours suivants.

La Souris était trop jeune pour se méfier du fauve endormi. Elle s’approcha de plus en plus près, attirée par un agréable parfum de viande rouge. Elle avait faim. Elle fit quelques pas de plus en direction du fond de la grotte, vers les morceaux de viande encore accrochés aux os de la gazelle.

Soudain, elle se trouva sur une masse souple et tiède. Etonnée, elle se demanda ce que cela pouvait être. Elle ne s’interrogea pas longtemps car ce sur quoi elle marchait se mit soudain à bouger.

Elle s’aplatit le mieux possible pour ne pas tomber. Elle n’avait donc pas grimpé sur un roc, comme elle l’avait pensé. Elle découvrit bien vite que c’était Lion qui se réveillait de sa sieste, en s’étirant comme un gros chat.

La Souris sauta à terre, et fit face à une énorme tête de fauve, qu’une épaisse crinière rendait plus gigantesque encore...

Le Lion décréta: « C’est donc toi qui m’a réveillé! Tu as osé! Je te croquerai donc! »

La Souris vit avec effroi, s’approcher d’elle des crocs pointus. Elle sut qu’elle devrait agir sans tarder. Elle plaida: « Noble Sire. Je n’ai pas agi dans une mauvaise intention à ton égard! Pardonne-moi donc. Même le Roi des Rois, le Dieu d’Israël, pardonne les transgressions involontaires.

- Non! Tu m’as réveillé! Tu seras punie! »

La Souris reprit: « Hélas! Que vas-tu faire! Une faible Souris ne fournit pas un glorieux trophée pour un champion tel que toi! Ah! Si j’avais été un tigre féroce, ou bien encore un léopard agile, toute la région aurait compris ta vengeance ».

Le Lion ne bougeait pas, écoutant la suite: « Je te demande humblement pardon pour ma faute involontaire due à mon inexpérience! Si tu me croques, quelle gloire vas-tu tirer de ce piètre exploit, alors que tu n’as même pas faim ? Il te reste encore beaucoup de cette gazelle que t'a ramenée Dame Lionne ! »

Lion, pensant au bon repas qui l’attendait se radoucit:

« Allez! Tu peux partir. Tu as si bien plaidé ta cause que je te laisse la vie! Mais ne grimpe plus sur ma toison pendant mon sommeil! »

La Souris après avoir exprimé ses remerciements, dit alors une chose étrange: « Je n’oublierai jamais ta bonté. Si l’occasion se présentait un jour, je te promets de te sauver la vie à mon tour ».

Cela fit beaucoup rire Sire Lion même s’il fut un peu vexé :

« Quelle prétention! Avez-vous vu cela? Une jeune Souris va me sauver la vie! Sache que je suis assez puissant pour me défendre et vaincre tous mes adversaires! Pars vite, avant que je ne change d’avis pour punir ton impertinence! ».

 

Or, l’année suivante, Lion fut pris dans un piège tendu par un habile chasseur. Pendant longtemps, le fauve se débattit pour essayer de s’en échapper, mais le filet était trop solide. Il rugit alors, pleurant de désespoir, sûr que l’heure de sa mort était venue.

Non loin de là, trottait la petite Souris qui recherchait du grain pour nourrir ses petits. Elle entendit le rugissement, et cela lui remit en mémoire son aventure dans la grotte.

Elle se dirigea vers la source du vacarme, reconnut Sire Lion, et s’approcha sans hésiter:

« Seigneur Lion, vous criez si fort, que vous m’avez réveillée dans mon profond sommeil! Souvenez-vous! Un jour, je vous ai réveillé moi aussi et nous sommes donc quitte à présent.

- Je t’en prie! Fais quelque chose pour moi!

- Peut-être avez-vous besoin d’un coussin moelleux ou bien d’un bon matelas? A moins que ce ne soit d’un drap bien propre ou d’une chaude couverture ? Faites-moi connaître vos besoins, et je ferais le nécessaire pour vous être agréable ».

Le Lion répondit:

« Je me souviens de toi car tu es toujours aussi bavarde! Tu as raison de te moquer de moi, car, par vanité, je me suis également moqué de toi.

Il se lamenta sur son sort:

« Bientôt, ma peau va être vendue au marché! Hélas! Je me croyais tout puissant et me voilà prisonnier. Je me croyais capable d’affronter victorieusement tous les problèmes de la vie, et me voilà à la merci du trop solide filet tendu par le chasseur.

- N’ayez crainte, Seigneur Lion. Je suis venue payer ma dette. Vous m’avez fait don de la vie, l’autre fois. A mon tour de vous sauver la vie. Mais ne perdons pas de temps en paroles, j’ai un travail à terminer au plus tôt... ».

Elle commença à ronger les cordes du filet. Elle parvint bientôt à ouvrir un trou assez large pour que le Lion puisse y passer et s’enfuir. Avant de s’éloigner, il exprima sa reconnaissance à la petite Souris:

 «C’est décidé ! Je ne serais plus jamais orgueilleux ! Lorsque tu es rentrée dans ma grotte l’autre jour, j’étais certain que tu ne pourrais jamais m’être d’aucun secours. Je me suis même moqué de toi. J’étais fou! Les crocs puissants dont j’étais si fier ne m’ont été d’aucune utilité. Ce sont tes dents minuscules qui m’ont sauvé la vie ! »


[1] D’après Wallich Moché, The book of fables, fable XVII, pp. 104-110, Frankfurt, 1697. Edition Eli Katz... Traduit du Yiddish. D’après Esope (Mos 15). Ce thème a également inspiré La Fontaine.

[2]  Texte au 8 décembre 2012.

 

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