Lion, le Chevreau et le Chacal

 

 

Lion, le Chevreau et Renard

 

Vous raconterais-je aujourd’hui l’histoire du jeune bouc qui échappa aux griffes du lion?

C’était un jour d’été, dans la montagne. Il faisait très chaud. Un jeune bouc, souffrant de la chaleur sous son épaisse toison de laine, chercha refuge dans une grotte.

Dès son entrée dans l’ombre de la cavité naturelle, l’animal apprécia la  fraîcheur des lieux. Il s’apprêtait à goûter quelques heures de tranquillité lorsqu’il devina un léger mouvement venant du fond de la grotte... Tout à coup un énorme rugissement retentit, prolongé par un écho sinistre!

Le chacal comprit quelle était sa malchance: il était entré dans la tanière d’un lion...

 

Le jeune bouc sentait sa dernière heure approcher. Est-il possible, pour un agneau, de vivre après avoir rencontré un féroce lion affamé?

Un chevreau entra dans une grotte, et eut la surprise de se retrouver devant un lion affamé. Au lieu de s’enfuir, il fit un grand effort pour se maîtriser. Au lieu de s’enfuir, terrorisé, il parvint à  dompter sa frayeur et se rappela ce que lisait à haute voix son berger qui étudiait la paracha. « Si on est menacé par quelqu’un, il faut prier, envoyer des cadeaux puis se défendre ».

Le bouc réfléchit à toute vitesse.  Ce qui était bon pour les hommes, était peut-être également bon pour les bêtes? Il allait utiliser la recette du berger pour ne pas servir de plat de résistance au redoutable félin. Car il voulait rester en vie...

Après avoir prié le D.ieu de son berger, il s’approcha du lion et lui dit :

« Je suis un ange du ciel envoyé par mon chef, l’ange de la mort, et je vais te faire cadeau de la vie ».

Lion était prêt à bondir. La gueule ouverte, menaçant, il montrait des crocs pointus... Il s’arrêta pour écouter ce que disait le chevreau qui n’éprouvait aucune peur face à lui. Ce n’était pas commun de voir un tel animal réagir comme cela. D’habitude les moutons, les chèvres, les gazelles, les antilopes fuyaient en le voyant. Même les vieux béliers et les boucs âgés n’osaient pas lui tenir tête. Or, là, un chevreau, restait debout sur ses frêles pattes, face à lui, en lui tenant un discours. Cela était étrange et méritait son attention. 

« L’ange de la mort, serviteur de Hachèm, m’a chargé d’une mission de confiance : je dois lui apporter les âmes de sept lions, de sept chacals et de sept hyènes. Mais toi, tu n’es pas encore assez vieux pour mourir ! Je viendrai donc te chercher dans une vingtaine d’années. En attendant, profite bien de ta vie ! ».

Après ces mots, le chevreau se dirigeant résolument vers la sortie. Sa ruse avait fut efficace et il sortit sans mal !

Mais il avait très peur. Il se préparait à entendre l’énorme rugissement du lion emplir la cavité de la grotte.  A chacun de ses pas, il s’attendait à recevoir contre lui la masse imposante du prédateur. Il craignait de sentir s’enfoncer dans sa tendre chair, les dents du félin... Mais rien de tel ne se produit. Il sortit en paix de la grotte et retrouva bientôt en plein soleil, étouffant de chaleur, mais toujours vivant. Il était heureux : sa ruse avait été efficace! Le lion avait cru qu’il était un ange !

 

Un peu plus tard, Renard vint rendre visite au lion encore tout ému par la visite du chevreau. Il raconta ce qui venait de lui arriver : « J’ai eu beaucoup de chance, l’ange de la mort s’était trompé. Il voulait prendre mon âme. Heureusement son messager a pu se rendre compte que je n’étais pas assez vieux ! Il m’a laissé en vie ! » Renard annonça au lion qu’il avait été trompé, le vexant tant et si bien, que tous deux partirent se venger de l’impertinent chevreau. Ce dernier jouait au bord d’une rivière. Tantôt courant après un papillon, tantôt grignotant un peu d’herbe verte. Insouciant, il était plein de joie, car il avait su échapper au cruel lion. Soudain il vit s’approcher les deux prédateurs et comprit de suite qu’après avoir prié et offert un cadeau, il allait devoir de défendre.

S’adressant à Renard, il cria : « Que fais-tu donc, stupide animal ! Je t’ai engagé pour attirer vers moi les vieux lions que l’ange de la mort me réclame aujourd’hui ! »

Lion regarda Renard avec une soudaine méfiance. Il s’arrêta pour mieux écouter la suite: « Ne vois-tu pas que ce lion-ci, le roi des animaux, est un jeune adulte ? Je t’ordonne de le laisser s’en aller en paix. Il n’est pas encore en âge de mourir de vieillesse! Je lui ai déjà  laissé tout à l’heure plus de vingt ans à vivre... »

Pour Lion la chose était claire : Renard l’avait attiré dans un traquenard. Sa colère éclata et il le mit en pièces. Après quoi, il s’éloigna aussi vite que possible de ce redoutable chevreau engagé par l’ange de la mort.

 

Le chevreau avait bien fait d’écouter son berger qui étudiait la Torah. Il avait appris qu’il ne faut jamais se décourager, même si la situation semble sans issue. Grâce à cela, il a eu l’idée de prier, puis de tenté d’amadouer Lion en lui offrant sa vie comme cadeau. Enfin, obligé de se défendre, il a engagé le combat contre Renard le méchant qui avait été puni parce qu’il avait voulu lui faire du mal.

C’est parce que Renard a été cruel envers le chevreau qu’il a été déchiqueté par Lion[1].

Quelques temps plus tard, le jeune bouc se maria avec une gentille chèvre. Ils furent très heureux, et nous aussi... [2]

 

Notes 


[1] Morale de la fable - Enseignement de Rabbi Yossé: « Que les intérêts de ton prochain te soient aussi chers que les tiens », Pirkey Abot, II-16.

[2] Fable composées d’après une histoire de chacal du folklore marocain (novembre 2013) à partir d'une autre version que nous avons publiée dans H. Bakis (2000), Renard et le loup... et autres fables d’Israël, Ed. E.R. Jeunesse (fable n° 11 - pp. 49-53).

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