Cont&r JAfN – 3. La vache qui n’avait pas de lait

 

 La vache qui n'avait pas de lait

Mostaganem, Algérie, vers 1950  [1]

 

C’était longtemps avant l’Indépendance algérienne. Un fermier arabe vint trouver son ami juif.  Il avait un grave problème : son unique vache ne donnait plus de lait. C’était une catastrophe, car, évidemment, il avait besoin de ce lait pour nourrir sa famille et disposer d’un peu d’argent grâce à la vente des surplus.

Son ami lui dit:

« Que veux tu que je fasse? Je ne suis pas vétérinaire! »

Le fermier répondit avec assurance.

« Tu es mon seul ami juif. Alors je suis venu te trouver pour que tu changes cette situation.

- Mais comment ?

- C’est simple. Je sais que les Juifs sont aimés de D.ieu. Alors, demande à un rabbin d’écrire une amulette et ma vache donnera du lait de nouveau ! ».

 

Le Juif amusé accepta cette mission de confiance mais il décida de ne pas déranger son rabbin pour cela: puisque son ami plaçait sa confiance en D.ieu, ses difficultés allaient sûrement disparaître bientôt, pensa-t-il. 

Il demanda à son jeune fils de griffonner des signes quelconques sur une feuille quadrillée arrachée de son cahier d’écolier.

Le lendemain lorsque le fermier revint le voir plein d’espoir, il lui remit le papier soigneusement plié, puis, avec une certaine solennité, il ajouta:

« Voilà ce que m’as demandé. Sois tranquille ! Ta vache va bientôt retrouver son lait. Mais attention! Il ne faut pas lire ce qui est écrit sur cette amulette. Tu dois allumer un canoun [2] et lorsque les braises seront prêtes, tu devras jeter ce papier au milieu du feu.

- C’est tout!

- Oui ! Cela suffira ! ».

 

La semaine suivante, ce même paysan se rendit chez son ami, suivi d’un portefaix chargé d’une grande jarre d’huile d’olive. 

« Qu’est-ce que tu fais, habibi [3]!

- Je viens te remercier. J’ai fait comme tu me l'as expliqué. J’ai brûlé ton papier magique sur les braises du canoun. Dès le lendemain, ma vache était guérie. Et de nouveau, elle produit du bon lait ! Alors l’huile que je t'apporte, c’est pour te remercier ! ».

L’Arabe avait mis sa confiance en D.ieu : sa prière avait été exaucée [4].

 


[1] D’après Mazal Tob Z. (entendu du protagoniste de ce récit - « le fils »). Collecté en mars 2000, Région parisienne.

[2] Brasero de terre cuite.

[3] Mon ami.

[4] Certains verront dans ce récit un citadin se moquer du naïf agriculteur; d'autres penseront que, pour être résolu, il fallait juste un peu de temps. Mais l'agriculteur aussi bien que le citadin reconnurent un miracle. 

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