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 Vers les royaumes chrétiens d'Espagne

Andalousie, Aragon, et Castille, 10e-12e siècles

 

En Andalousie, le peuplement juif bénéficia d'une importante immigration provenant d'Afrique du Nord et d'Orient. Dès le 10e siècle, les communautés juives étaient nombreuses et prospères comme en témoigne une importante créativité intellectuelle. Le courant de migration étant favorisé par le fait que le roi qui régnait à la fois sur l'Andalousie et le Maghreb, tenait aussi sous sa tutelle les Etats chrétiens du nord de la péninsule, comme c'est le cas d'Abd-al-Rahman III, jusqu'en 961.

Mais, après la disparition du Califat de Cordoue sous les coups d'une invasion berbère, le territoire se scinda en 23 royaumes différents, et ce fut la fin de la puissante communauté juive de la ville de Cordoue (1031). Les fugitifs ont rejoint le royaume maure de Grenade, mais ils ont aussi commencé  à s'installer en terres  chrétiennes où l'on y comptait déjà quelques petits noyaux de peuplement juif.

Dans les royaumes du nord, les Juifs étaient indispensables au maintien du maigre commerce extérieur, et leur expérience dans le domaine viticole semble avoir facilité leur accueil. Des Juifs émigrés d'Al-andalous, s'installèrent en Aragon, à Barcelone et à Gérone, ils achetèrent des terres, plantèrent des vignobles et ils les payèrent comptant.

En Castille, le roi Alphonse VI qui, en 1085, devait prendre Tolède aux Maures, avait besoin d'équipes gouvernementales, de grosses sommes d'argent et d'individus maîtrisant les problèmes fiscaux. Les Juifs présentaient toutes compétences, et, de plus, ils pouvaient introduire des biens meubles par suite de leurs achats de vignobles et de commerces [1].  A la fin du 11e siècle les alhamas castillanes les plus importantes étaient alors à Tolède, Léon et Burgos. D'autres Juifs étaient établis dans le comté de Barcelone, en Navarre, ou dans des localités de Castille comme Guadalajara.

En Andalousie, la situation devait encore empirer au 12e siècle avec la chute des Almoravides et les débuts du Califat almohade, encore plus rigoriste: pour les Juifs, le choix fut la conversion ou la mort. Cette période fut une grande catastrophe pour le judaïsme andalou et un mouvement d'émigration se fit en direction de la Provence et de la Catalogne où la politique occitane de Ramon Berenguer IV et d'Alphonse II favorisaient les activités commerciales. Mais ce fut en Castille que se dirigèrent surtout les exilés.

Plus nombreux et plus cultivés que les Juifs établis en Castille au cours du siècle précédent, les fugitifs d'Andalousie durent s'adapter à la société chrétienne. Mais les rois chrétiens tirèrent le plus grand profit de l'arrivée de cette population qui connaissait la langue arabe, et avaient des qualifications utiles dans le domaine financier et vinicole; ils  favorisèrent systématiquement leur installation, garante de revenus réguliers et de l'essor économique de leurs royaumes. En Castille comme en Aragon, des communautés juives obtiennent des privilèges, des fiefs ruraux, des quartiers intra-muros. Certains notables juifs reçurent le titre de Don.

 


[1] Luis Sanchez Fernandez (1983), Les juifs espagnols au moyen âge, Gallimard, p. 73.

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