Cont&r JAfN – 4. Le courage de Wolfgand Pinner

 

Le courage de Wolfgand Pinner

Récit familial, Tripoli, Libye, vers 1939-40 [1]

 

Au début de la Seconde guerre mondiale, le gouverneur italien de Tripoli avait décidé que les boutiques juives devraient être ouvertes le samedi matin.  Il savait pourtant que les Juifs respectaient la sainte journée du chabbat, mais il fut inflexible.

Certains commerçants eurent peur et obtempérèrent.

Sion Barda et Nissim Nkhaïssi ne tinrent pas compte de la décision du gouverneur. Ils gardèrent leur rideau fermé et se rendirent à la synagogue, comme à leur habitude.

Cela attira les foudres des autorités italiennes qui les firent publiquement flageller dans un jardin public.

Les coups claquèrent longuement.

 

Soudain, de la foule, un cri de protestation s’éleva. Une voix protestait avec indignation: « Assez ! ».

C'était Wolfgand Pinner qui n'avait pu s'empêcher de crier son indignation.

Ce jeune homme était un Juif allemand dont le père avait quitté l'Allemagne nazie pour exercer la médecine en Libye. Il avait voulu mettre sa famille à l'abri des périls qu'il avait mesurés dès la promulgation des lois raciales. Wolfgang fut emporté par les soldats et mis dans un avion en direction de l'Allemagne, dit-on.

 

Depuis, personne n’a plus jamais entendu parler de ce courageux jeune homme.

 


[1] Récit collecté à Rome, en 1995, auprès de Sion Burbea qui avait une vingtaine d'années lors des faits relatés ci-dessus et habitait la ville de Tripoli. Ce même témoin m’a raconté par ailleurs la naissance et la circoncision d’un enfant juif de Tripoli dans le camp de Bergen Belsen où ses parents avaient été déportés (Contes et récits juifs d'Afrique du Nord. Vol. 1. Le fil du temps, A.J. Presse, 2000, pp. 131-134. 

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