Prénom du nouveau-né et… paix du ménage

PRENOM DU NOUVEAU-NE
ET… PAIX DU MENAGE

Autrefois, dans tout le Bassin Méditerranéen, le prénom du grand-père ou de la grand-mère était simultanément porté par plusieurs cousins ou cousines. Manque d’imagination ? Non ! Une solide logique dicte ces usages : éviter la perte des généalogies familiales en perpétuant le souvenir des filiations.

Sans exception, les descendants des Juifs d’Espagne donnèrent  à leurs enfants les noms de leurs parents, et ce, même pendant la vie de ces derniers.  Les règles sont les suivantes: le premier-né porte le nom du grand-père ou de la grand-mère paternels, le second celui du grand-père ou de la grand-mère maternels.

Habitude bi-millénaire, qui remonte aux temps de la Mishna, elle trouve son origine dans la destruction du Temple et l’interruption de l’enregistrement des noms dans les registres généalogiques nationaux (toldot). Dans les siècles ultérieurs, cette précaution s’est révélé très sage (mobilité et pogroms). La "mémoire vive" ainsi constituée fournit une aide précieuse au généalogiste amateur ou confirmé qui doit affronter à la fois les oublis de la mémoire familiale et la  rareté des archives. Mais cet usage ne fut pas adoptée partout :  les askenazim  évitent encore la transmission au nouveau-né  du prénom de personnes vivantes. Au Maghreb-même, les Juifs autochtones ne respectaient pas toujours la coutume des expulsés d’Espagne : ils craignaient de mourir pour avoir été doublés par un homonyme. 

Cette règle, toujours largement suivie, subit les coups portés aux traditions ancestrales par l'évolution de la société. Des couples ignorent les suggestions de leurs parents ou grand-parents, qui s’immiscent dans le choix du prénom des enfants… Jeunes et anciens ont pourtant la ferme conviction d’avoir le droit pour eux. 

Même lorsqu’il y a consensus, il est des cas où s’affrontent des "droits" inconciliables aussi légitimes qu’opposés : que faire lorsque l'un des grands-parents vient de tout juste de décéder… alors que ce n’est pas son tour d’être nommé ! Du fait de la baisse de la natalité, ces problèmes prennent un grand relief. 

Des solutions-miracle existent:

  • distinguer le prénom religieux (sauvegardant la généalogie) et le prénom d'usage courant (état-civil officiel)
  • attribuer au bébé deux prénoms (ou plus). Grands-parents, oncles, personnes honorées, rabbins miraculeux…. Les prénoms s’accumulent dans le berceau, tant et si bien qu’ils seront vite remplacés par un sympathique diminutif !

L'essentiel aura été sauvegardé : la paix du jeune ménage !

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