Le Tav d’Ezéchiel

 

Le Tav d'Ezéchiel 

par

Gilles Joseph BAKIS

 

Le prophète Ezéchiel vivait au 6ème siècle avant l’ère commune, à l’époque de la destruction du Temple de Jérusalem par les Babyloniens (vers - 586). Il annonce que l’Eternel ordonne à un ange de dessiner « un TAV (תו  ) sur le front des hommes » pieux destinés à être épargnés lors de l’invasion (chap. 9, 4-6).

Cette symbolique protectrice du TAV semble bien plus ancienne puisque D.ieu avait déjà placé un signe sur le fugitif Caïn pour le protéger (Béréchit 4, 15). Et il semble que ce signe ait été la lettre Tav car le mot « signe » se dit OT - אות  en hébreu, et il a une guématria de 407 (1). Cette valeur numérique est équivalente à celle du mot  TAV - תו , qui en guématria est égal à ת  (Tav = 400) + ו  (Vav = 6) = 406, ce qui avec le « 1 » du kollel, donne 407 ! (2).

On connait bien la lettre « TAV » de nos livres de prière, ou dans les écrits rabbiniques (3) en hébreu carré (écriture dite « achourit » par le Talmud Méguila, 18a (4). Mais il existe aussi une autre graphie hébraïque, appelée « ivrit » par le Talmud et « paléo-hébreu » par les historiens, et qu’on rencontre sur des inscriptions antiques, tessons, sceaux, parchemins, et pièces de monnaie. Et Tav apparaît donc ainsi dans cet alphabet paléo-hébreu, sous la forme x ou sous la forme  +. A ce sujet, soyons précis : pour être compris à la source et dans son vrai sens, ce sujet du TAV, mentionné dans le livre d'Ezéchiel, doit se référer à l'alphabet hébraïque ou paléo-hébraïque. Il faut faire très attention aux erreurs de traductions, voire aux interprétations abusives, qui se rencontrent parfois (5). 

La symbolique protectrice du תו - TAV, équivalent du אות - OT, apparaît mieux lorsque l’on considère d’autres cas où il est question justement de signe, deאות - OT.  Et là, le sens s’enrichit souvent par l’appellation de « signe d’alliance » et de protection ! Le premier cas, c’est l’ARC-EN-CIEL, « KéChèTe » - קשת ,  donné par l’Eternel au Patriarche NOAH, juste après le Déluge, comme « Signe de l’alliance », OT-HABERIT,  אות־הברית  (Béréchit, 9, 12-17). Et le second cas, c’est bien sûr du temps du Patriarche ABRAHAM, lorsque HaChem lui prescrit la circoncision en lui disant que ce sera un « signe d’alliance », LéOT-BERIT, לאות־ברית  (Béréchit, 17, 11). Et nous avons aussi le Téphiline du bras, qualifié de OT - אות (Chémot, 13,9, et Débarim, 6,5-9), le Chabbat qualifié de « signe perpétuel », de « OT Hi Lé’olam », אות  הוא  לעלם   (Chémot, 31, 16-17)… 

Tout au long de l’Histoire biblique, l’Eternel a donné à l’humanité en général des signes de protection et d’alliance (signe de Caïn, arc-en-ciel), et aussi, spécifiquement pour les Juifs, Il nous a offert notamment la circoncision, le  Chabbat, le Tav d’Ezéchiel, et les Téphilines du bras et de la tête, celui du bras étant qualifié de « OT ». Il nous a aussi fait adopter d’autres objets ou symboles spirituels très forts, comme notamment les Tables de la Loi, l’Arche d’Alliance, l’Etoile de David, la Ménorah, les Mézouzot, le Taleth et les Tsitsits, et aussi, bien sûr, Il nous a fait étudier le  Livre de l’Alliance (Chémot, 24,7) !... Soyons donc fidèles à l’Alliance que l’Eternel a bâtie pour nous et avec nous, la Torah, qui mentionne tous ces signes, et qui constitue pour nous à la fois un multiple sujet d’études et un cadre de vie !...

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NOTES

1) La Guématria donne une valeur numérique aux chiffres ; ainsi אות = 407 comme on le voit en additionnant la valeur numérique des lettres du mot. 

א (Alef = 1) + ו (Vav = 6) + (Tav = 400) = 1+6+400 = 407.

 

 2) Sur les procédés de la guématria, voir par exemple la synthèse de Hillel Bakis (2013), Interpréter la Torah, tome 6 de la série La voix de Jacob, Montpellier, pages 244-245.  

 

 3) La mystique juive s’est particulièrement intéressée à la lettre TAV, en tout cas dans la formulation usuelle en hébreu carré « achourit ». R' Abraham Aboulafia, le grand Kabbaliste juif du 13ème siècle, a développé une réflexion mystique sur cette lettre TAV, et il considère que « le signe « tu vivras » est un signe d’encre » ! Voir Moshé Idel (1989), L'expérience mystique d'Abraham Aboulafia, Editions du Cerf, Collection Patrimoines - Judaïsme, Paris, p. 112.  

 

 4) Page 18a 3 de l’édition française du traité Méguila du Talmud Babli (Edition Edmond J. Safra, Artscroll Series, Mesorah Publications). 

 

 5) Certaines traductions chrétiennes du Livre d’Ezéchiel ont remplacé le mot « TAV » par le mot « croix », ne reculant pas devant cet anachronisme de près de six siècles comme cela a été signalé par le Rav Yéochoua' Ra'hamim Dufour (vers 2008, sur Modia.org) et Hillel Bakis (Interpréter la Torah, tome 6 de la série La voix de Jacob, Montpellier, 2013, pages 35-36). En réalité, si les Chrétiens adoptèrent la croix comme symbole majeur, c’est comme représentation de la potence caractéristique sur laquelle les Romains du Procurateur Ponce Pilate exécutèrent Jésus, qu’ils accusaient d’être un rebelle juif à prétentions royales ! A cette époque, l’Empire romain avait envahi le Royaume juif de Judée. Les Romains réprimaient avec férocité, et dans certains cas par la crucifixion, tous ceux qu’ils considéraient mettre en péril leur implacable occupation du pays !... Ainsi, et malgré une supposée ressemblance graphique, il n’y a aucun lien entre la lettre « TAV » paléo-hébraïque et la croix des légions romaines !... 

© Gilles Joseph BAKIS (2017)

et/ou 

© Institut Rabbi Yesha'ya. Editions Bakish. 

Mise en ligne: le 22 février 2017, à Kiryat Ata, Israël.