07. Le départ

 

Récits sélectionnés tirés du manuscrit de William Rahamim Belhassen, Toi mon Israël

 

07. Le départ

 

Notre aventure se fera à trois ; Zaïza devra arrêter ses activités et ce n’était pas du tout une chose facile pour elle car son métier était toute sa vie. Quant à mon père, il n’arrêtait pas de répéter : « Tout est voulu par l’Eternel ». Il envisageait de mettre en vente ses deux imprimeries et cela se fit plus tôt que prévu. Un soir à l’apéro avec des collègues, il raconta ce projet afin d’être prêt au moment du départ. Pour rire, ses amis lui dirent : « Eh bien, nous sommes acheteurs ! » Mon père se leva avec solennité et répondit qu’il n’attendait qu’une offre raisonnable. Un des hommes se leva et répondit, à haute et intelligible voix afin que tous puissent entendre ce qu’il annonçait. « Je t’offre, pour tes deux imprimeries et tout ce qu’elles contiennent, la somme au comptant de UN MILLION CINQ CENT MILLE francs ». « D’accord, c’est vendu » répondit mon père à haute voix. Et, en signe d’accord formel, il frappa la main de l’acheteur. Tous, restèrent bouche bée, y compris l’intéressé qui faisait la plus grosse affaire de sa vie. Car à eux seuls outillage et machines valaient cinq ou six fois plus, sans compter le fonds de commerce et la clientèle attitrée. Un membre de la famille suffoqua de rage en apprenant cette transaction : un beau-frère qui d’ailleurs travaillait encore chez mon père. Il alla le voir et essaya de lui faire entendre raison : des gens du métier étaient prêts à payer trois fois la somme qu’il s’apprêtait à recevoir de l’acheteur. « Je regrette, lui répondit mon père, j’ai donné ma parole d’honneur, l’affaire est close ».

Un jour, Zaïza réunie ses filles à la maison et leur parla en ces termes : « Mes enfants, ce soir je veux vous demander pardon de la décision que j’ai prise de vous quitter, vous tous qui êtes ma vie, afin de suivre le plus jeune d’entre vous, William. Oui, pour l’amour de lui, je vous quitte car, ne m’en voulez pas trop, il est après vous ma raison de vivre et il ne m’est pas possible de le laisser partir seul vers l’inconnu. Je ne pourrais y survivre. Moi qui vous ai promis de vous aimer et de veiller sur vous ma vie durant, voilà qu’il a suffit qu’il me menace de se suicider, pour que, sans hésiter, j’ai décidé de le suivre, sans penser à vous ». Ses filles s’approchèrent toutes de Maman Zaïza et l’assurèrent qu’elle n’avait rien à se faire pardonner. « Aucune mère au monde n’a fait ce que tu as fait pour nous. Grâce à ton grand cœur et à l’amour que tu nous as donné, nous vivons toutes heureuses avec le mari que nous nous sommes choisi et nos enfants. Si notre bonheur est complet, c’est à toi, Maman chérie que nous le devons, en grande partie et à notre très cher Père. Merci à toi pour tout, notre très chère Maman, aime-le et protège-le en le suivant avec notre papa et nous vous souhaitons tout le            bonheur du monde. Partez-en paix, nous vous suivrons très bientôt à notre tour, le temps de se préparer pour ce grand voyage afin d’être à nouveau tous réunis en Israël ».

Nous pleurâmes tous de ces belles paroles et le jour du grand départ arriva.

Petits et grands nous accompagnèrent au quai d’embarquement du « Ville d’Oran », paquebot de tourisme à destination de Marseille. Et parmi tous ceux qui nous souhaitaient un bon voyage, même le beau-frère qui n’avait pas apprécié la vente de l’imprimerie ravala sa rancune et avec les larmes plein les yeux vint embrasser son ex-patron et beau-père. Les adieux furent très émouvants, tout le monde pleurait et nous eurent de la peine de quitter les nôtres.

Mis en ligne sur editionsbakish.com, avril 2016 

© Hotssat Bakish et / ou © William Rahamim Belhassen.

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